Société
Le Maroc 1er exportateur de vaccins en Afrique?
08/07/2021 - 13:41
Khaoula Benhaddou
Le projet de fabrication et de mise en seringue au Maroc du vaccin anti-Covid19 et autres vaccins permet au Royaume de faire partie du club très restreint des producteurs des vaccins. Ce projet qui a pour but d’assurer l’autosuffisance du Maroc permettra également d’exporter le sésame au continent africain. Le Royaume peut-il devenir un hub pour l’Afrique dans la lutte contre la Covid-19 ? A-t-on les infrastructures nécessaires pour réussir ce méga-chantier ? Réponses.
"La production du vaccin est un projet d’envergure qui permettra de renforcer la résilience sanitaire des peuples du Royaume et d’Afrique" . Tels sont les propos de Lio Jingzhen, PDG du groupe Sinopharm, qui s’est exprimé en visioconférence lors de la cérémonie royale du 5 juillet.
Grâce à ce projet, le Royaume sera le premier pays en Afrique à produire son propre vaccin, à assurer son autosuffisance, mais également à exporter le sérum en Afrique exclue de la course aux vaccins. "Le continent africain vit actuellement une grande injustice concernant l’approvisionnement en vaccin anti-Covid. Alors que les campagnes de vaccination vont bon train dans plusieurs pays, 2% seulement de la population africaine sont vaccinées. Pour cela l’initiative royale vient à point nommé pour permettre à nos frères africains de lutter contre cette pandémie", explique Layla Laassel Sentissi, directrice exécutive de la Fédération marocaine de l’industrie et de l’innovation pharmaceutiques (FMIIP).
Même son de cloche chez Jaafar Heikel, épidémiologiste et économiste de la santé. Il explique : "la planète a un besoin urgent de 9 milliards de doses. Aujourd’hui on est qu’à 2.9 milliards donc très loin de notre objectif à l’échelle mondiale. Si nous voulons continuer à avoir les échanges socio-économiques internationaux, nous devons tous se mobiliser pour vacciner les populations des pays africains. En exportant le vaccin à nos voisins, le Maroc va d’abord anticiper des nouvelles vagues pandémiques et va également confirmer sa position de leader dans le continent africain", a-t-il avancé.
Quid de l’impact sur l’économie nationale ?
Le méga-projet de la production de vaccins s'appuiera sur une enveloppe de 500 millions de dollars. Dans un premier temps, le Royaume commence par 5 millions de doses de vaccin anti-Covid avant de passer à la vitesse supérieure et créer un vaccin 100% marocain. "Le Maroc se prépare depuis plusieurs années à devenir un acteur actif dans le développent des vaccins. Nous avons un secteur pharmaceutique bien réglementé et rigoureux qui répond aux normes de qualité internationales avec une maîtrise pratiquement totale des technologies les plus pointues", précise Ali Sedrati, président de l'Association marocaine de l'industrie pharmaceutique. Et d’ajouter qu'"avec ce nouveau projet, nous réalisons un pas de plus sur le plan scientifique, ce qui nous permettra d’améliorer le système sanitaire non seulement au Maroc, mais au niveau du continent africain. Ce projet va tirer tout le secteur vers le haut".
À part les avancées scientifiques, le Royaume pourra tirer des bénéfices sur le plan économique. "Il s’agit d’un investissement d’envergure qui aura un impact socioéconomique important notamment en matière de création d’emploi et du développement du secteur de l’industrie biotechnologique. Les chiffres seront satisfaisants dans les quelques mois à venir", explique encore Layla Sentissi.
Pour sa part, Jaafar Heikel précise que la production nationale du vaccin réduira les charges de l’État. "La production des vaccins au Maroc coûtera moins cher. Je rappelle que notre pays a fait des efforts exceptionnels et a investi pour offrir gracieusement le vaccin aux Marocains et aux étrangers résidant au Maroc. C’est une lourde charge pour l’État qui réalisera des économies en produisant notre vaccin ou même en faisant du fill&Finish. Un autre point positif ; en exportant notre vaccin, nous allons d’une manière indirecte protéger notre population", estime-t-il. Et à lui d'ajouter : "J’ai fait un calcul simple : une personne atteinte de Covid coûte pendant les 10 jours de traitement entre 15.000 et 18.000 dirhams. Une personne admise en réanimation coûte entre 45 à 65.000 dhs/10 jours. Si on multiplie ce chiffre par les dizaines de milliers que nous allons éviter cela permettra de réaliser des économies énormes à notre pays".
Le spécialiste n’omet pas de préciser que les doses administrées ne seront peut-être pas suffisantes pour une protection définitive contre la Covid-19. "Le Maroc s’inscrit dans la planification stratégique et se prépare pour protéger la population dans les prochains mois ou les prochaines années. Il s'agit d'un nouveau virus et nous ne savons toujours pas si les deux doses de vaccins seront suffisantes ou si nous aurons besoin de rappel. Ainsi, en produisant le vaccin anti-Covid ou d’autres vaccins, le Royaume va protéger la population contre d’éventuelles vagues épidémiologiques", conclut Heikel.
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