Economie
Le Maroc construit à plein régime, mais l’immobilier s’enflamme
29/10/2025 - 00:11
Ouiam Faraj | Matar Bensalmia
À l’heure où les projets de construction battent leur plein dans les grandes villes marocaines, le secteur du bâtiment et de l’immobilier vit une période charnière mais aussi contrastée. D’un côté, le BTP connaît un dynamisme inédit, soutenu par les politiques publiques et les investissements d’infrastructures et de l’autre, les prix du logement s’envolent, alimentés par la rareté du foncier et une demande en constante hausse.
Selon l’économiste Driss El Fina, spécialiste du secteur immobilier, le Maroc n’avait pas connu un tel rythme depuis près de vingt ans. “Le bâtiment et les travaux publics ont enregistré ces deux dernières années une activité dépassant celle de la période 2004-2007, considérée comme la plus intense de l’histoire récente du pays”, affirme-t-il.
Les chiffres confirment cette tendance. Dans le détail, la consommation de ciment a progressé de plus de 10% par an, atteignant 12,48% de hausse à fin septembre, un niveau inédit depuis plusieurs années.
Pour El Fina, cette vitalité est redebable à la continuité des investissements publics dans des projets d’envergure: infrastructures sportives, routes, ports, aéroports et barrages, ainsi qu’au soutien de l’État au secteur du logement dans le cadre des politiques publiques.
Côté coûts, l’expert souligne la stabilité globale des prix des matériaux de construction, avec même un léger recul pour certaines matières. “Une grande partie de ces matériaux est produite localement, notamment le ciment, dont le prix reste stable”, précise-t-il.
Sur le plan géographique, l’activité se concentre principalement dans les régions de Tanger-Tétouan-Al Hoceïma, Rabat-Salé-Kénitra, Casablanca-Settat, Marrakech-Safi et Souss-Massa. À l’inverse, les régions de l’Oriental, Drâa-Tafilalet et certaines zones du Sud (hors Laâyoune et Dakhla) connaissent une dynamique plus modérée.
Mais cette dynamique contraste avec la hausse continue des prix du logement. Pour Adel Bouhaja, promoteur immobilier et membre de la Fédération nationale des promoteurs immobiliers, la situation s’explique par des contraintes structurelles. “La rareté du foncier urbanisable et l’absence de plans d’aménagement couvrant l’ensemble des villes provoquent une concentration de la demande sur certaines zones, ce qui fait grimper les prix”, explique-t-il.
Cette pression s’accentue avec la forte demande des Marocains résidant à l’étranger, particulièrement dans les villes touristiques comme Marrakech, Agadir, Tanger et Casablanca, où l’intérêt pour l’investissement immobilier ne cesse de croître.
La prochaine Coupe d’Afrique des Nations 2025 et la Coupe du Monde 2030, que le Maroc coorganisera avec l’Espagne et le Portugal, renforcent également l’attrait du marché. “Ces perspectives incitent de nombreux investisseurs à se positionner dès maintenant”, observe Bouhaja.
Enfin, le programme de soutien au logement a bien permis de redynamiser le marché, mais de façon partielle et localisée. “Son impact reste limité dans les grandes métropoles, où la hausse continue des prix freine l’accès à la propriété”, souligne le promoteur.
Le Maroc semble ceci-dit engagé dans une transformation profonde de son paysage urbain. Un mouvement porteur de promesses, mais aussi de défis, alors que la question du logement abordable demeure plus que jamais au cœur des priorités nationales.
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