Société
Les sources de l’Atlas s'assèchent dangereusement
19/09/2022 - 12:14
Youness Oubaali | Khaoula Benhaddou
La sécheresse étant passée par là, certaines sources d’eau, dans la province de Khénifra voient leur débit diminuer peu à peu tandis que d'autres résistent offrant ainsi aux habitants des alentours le peu d’eau jaillissant de la terre. D’autres encore se sont asséchés définitivement, dans un spectacle désolant.
Les signes d’une saison marquée par la sécheresse sont visibles dans la région, avec des sources ruisselant encore de faibles quantités tel un corps qui se meurt. Alors que les sources de cette région fournissaient généreusement les passants, bergers et familles avec son eau rafraichissante et cristalline, aujourd'hui, la donne change. Aucune goutte ne coulent de certains canaux depuis un moment.
Entre les villes de Meknès et de Khénifra, plus précisément dans les collines surplombant la ville d'El Hajeb, se trouve une source appelée «Aman Sernin» en amazighe, signifiant «eau purifiée», le long d'une route dans un très mauvais état, sous l’effet d’un trafic intense de camions faisant les allers-retours vers les carrières de pierre à proximité.
Il est impossible d'y passer sans s'arrêter pour boire son eau fraîche, et se ravitailler. L’endroit est ainsi devenu une destination privilégiée pour les habitants des communes voisines et les bergers qui s’y redent avec leurs troupeaux.
Aux bords de ces sources qui alimentent plusieurs ruisseaux dispersés dans cette zone, où l'eau coule dans des canalisations vers deux autres localités proches, de petites échoppes sont érigées pour attirer tous ceux venus se désaltérer et acheter des fruits, du lait ou du fromage produit local.
Cependant, avec la sécheresse, l’affluence des visiteurs n'est plus la même, comme le confirme un marchand étalant ses marchandises non loin de la source d'eau. "Certes l'eau continue à couler, mais ces collines, frappées de plein fouet par la sécheresse, ont perdu de leur attractivité", a-t-il répondu au micro de la SNRTnews.
En témoigne la situation d'une zone qui s'étend sur environ 15 mètres de long et cinq mètres de large. Désormais, même le canal en béton dans lequel l'eau est versée directement n'est plus rempli, avec une hauteur à peine de 20 centimètres au-dessus du sol.
Il y a peu de temps encore, cette zone était humide, verte avec de l'eau coulante, ce qui créait une dynamique commerciale avec des produits locaux disponibles en grande quantité et à un prix très raisonnable. Une bouteille vide était achetée pour deux ou trois dirhams, puis remplie avec 10 litres d'eau. Cependant, la sécheresse a changé ces "rituels", augmentant les prix de tout ce qui se vend ici et obligeant les autorités à sensibiliser sur une utilisation raisonnée de l'eau.
Des mesures ont été prises pour réduire les effets de la sécheresse dans la ville voisine d'El Hajeb, où la source «Ain al-Dhahabiya» s'est appauvrie en eau menaçant ainsi un parc naturel magnifique dont l'avenir en dépend.
Ce projet, bien qu’il continue d'attirer les visiteurs et les habitants de la ville en grand nombre, risque de perdre de son attractivité avec l'assèchement des sources. Devant un tel tableau, les autorités ont demandé à l'Agence du bassin hydraulique de Sebou, d’enquêter sur la cause de l'épuisement de la ressource Eau du projet, tout en définissant des mesures urgentes pour lutter contre son exploitation excessive.
Des hauteurs à secs
A environ 12 km de Khénifra, en direction de Midelt, se situent les hauteurs de la commune rurale «Sidi Yahya Ousaid» où la récolte s’est affaiblie puisque le canal d’irrigation s'est pratiquement asséché.
Tout au long de l'année, l'eau descendait de ces montagnes pour sortir de ce point d'eau, répondant ainsi aux besoins des habitants et des voyageurs. Aujourd'hui, ce n'est plus le cas. La baisse du niveau d'eau inquiète plus que jamais la population locale, puisque c'est la première fois que cela arrive.
Loin de ce canal d’eau « presque asséché», seule une source d'eau résiste encore dans ces hauteurs. L'eau sort toujours du sol par deux tubes, mais pas autant que dans le passé. L'eau de cette source ne dépasse plus de 60 mètres de long avant de disparaitre sous terre.
Les propriétaires des maisons touristiques construites par des citoyens sont désespérés car les visiteurs se font de plus en plus rare.
Traces d'une âme disparue
A moins d'une heure de route, en voiture, se trouve la communauté Aghbala, relevant aussi de la région de Beni Mellal-Khénifra. Elle est réputée pour la qualité de ses eaux et de ses sources qui traversent cette commune montagneuse.
Sur une place, au centre de ville, une eau fraîche potable arrive de trois canalisations, avant de se jeter dans un petit bassin où les femmes ont l'habitude d'y laver leur linge. Seulement, en raison du manque de neige, la scène est inhabituelle. Le reste des canaux qui traversent le centre de la communauté, sont à sec, remplis uniquement de déchets, de sacs en plastique et de cailloux.
Une femme, qui vient de laver son linge, s’éloigne tout en regardant vers le ciel, sans nul doute priant que la saison des pluies soit plus généreuse les prochains mois et pour que l’eau revienne, ravivant tout sur son chemin…
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