Société
Les tests antigéniques font encore couler beaucoup d’encre et de salive !
03/08/2021 - 23:32
Khaoula Benhaddou
Alors que le torchon brûle entre les biologistes et les pharmaciens sur la vente des tests antigéniques salivaires, des influenceurs et des vendeurs sur les réseaux sociaux en font un business juteux. Ces tests rapides étant très demandés. Seulement, sont-ils efficaces? Pourquoi ne sont-ils pas vendus en pharmacie? Et qu’en pensent les biologistes? Explications.
"Les tests salivaires se vendent comme des petits pain depuis quelques jours. J’ai réussi à acheter un lot que j’ai liquidé en quelques heures seulement sur Facebook. En plein crise sanitaire, plusieurs citoyens s’inquiètent sur leur santé et avec le prix proposé, soit 80 dhs, personne n’y résiste", nous confie Mohamed, un vendeur sur Facebook qui a déjà passé de nouvelles commandes.
Sur sa page Instagram, une influenceuse ne tarit pas d’éloge sur ce produit miraculeux. "Grâce à ce test, vous allez pouvoir analyser votre salive et savoir si vous êtes positifs ou pas. Accessible, efficace et pas cher… que veut le peuple !", écrit cette influenceuse qui confirme avoir vendu une dizaine de tests en une seule matinée.
Face à cette situation, les pharmaciens, obligés de rendre leurs stocks, alertent la tutelle sur la vente des tests antigéniques sur le marché noir. Dans une lettre adressée à Bouchra Meddah, Directrice du médicament et de la pharmacie au ministère de la Santé, Mohamed Lahbabi, Président de la Confédération des syndicats des pharmaciens du Maroc, tire la sonnette d’alarme. "Alors que le ministère avait ordonné le retrait des tests antigéniques des pharmacies, ces mêmes tests continuent de circuler librement sur les réseaux sociaux, les parapharmacies et les sites de e-commerce sans aucun contrôle du ministère", déplore le responsable qui exhorte la tutelle à intervenir d’urgence pour mettre fin à cette vente illégale.
Le bras de fer s’intensifie !
Pour rappel, un test salivaire 100% marocain développé par Gigalab, avait reçu l’Attestation de mise sur le marché (AMM) de la part du Département de Khalid Aït Taleb ainsi que l'autorisation de sa mise en vente dans les pharmacies. Quelques jours après sa commercialisation, le ministère de la Santé se rétracte et ordonne le retrait de ces tests des officines.
Comme précisé dans un article publié il y a quelques jours par SNRTnews, cette décision a suscité l’indignation des pharmaciens qui accusent les biologistes d’être derrière ce revirement, "Les biologistes ont envoyé une lettre à la Direction des médicaments et de la pharmacie pour retirer les tests des officines. Je précise que le prix réel d’un PCR est de 8 dollars et on le facture à la population à plus de 600 dirhams. Alors que ces tests salivaires sont vendus à 115 dirhams au maximum. Au lieu de penser à l'intérêt de la population, les biologistes continuent de générer 520 dirhams de bénéfices de chaque test réalisé. C’est trop !", nous avait déclaré Mohamed Lahbabi.
La réaction des biologistes ne s'est faite pas attendre. Adnane Rhazali, Président de la Chambre syndicale des biologistes, pour mettre fin à cette polémique, rétorque que la vente de ces tests n’a pas été autorisée par le ministère de la Santé. "Des protocoles sont mis en place par le Comité scientifique sous la tutelle du ministère de la Santé. Or, ces tests anti géniques n'en font pas parti. Ces tests sont utilisés uniquement dans le secteur public. Dans le secteur privé, le seul test valable, c’est le PCR qui d'ailleurs ne doit être pratiqué que dans les laboratoires", avant d’ajouter: "contrairement à la rumeur, nous ne sommes pas contre la vente de ces tests dans les pharmacies, au contraire. Tout ce qu’on demande, c’est qu’ils doivent disposer d’autorisation du ministère. A mon sens, tout ce buzz n’a qu’un but commercial. Nous sommes en plein pandémie, malheureusement, à un moment où nous déployons des moyens forts pour détecter et lutter contre la propagation du virus, d’autres cherchent à vendre. Ce n’est pas le moment de faire du business !", se désole notre interlocuteur.
Faute de réaction du ministère de la Santé, les ventes de tests salivaires s'envolent sur les réseaux sociaux sans aucun contrôle ou traçabilité des personnes testées positives !
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