Art & Culture
L’Italie et le Maroc jouent la symphonie du vivre-ensemble sur la scène de Bab Al Makina
18/05/2025 - 15:34
Khawla Znaizini | Mohammed ChafiLa capitale spirituelle du Royaume a brillé, ce samedi soir 17 mai 2025, lors de la deuxième soirée du 28ème Festival de Fès des Musiques du Monde, avec un spectacle musical qui a mêlé le parfum des traditions andalouses à l'esprit de la créativité italienne contemporaine, dans une soirée qui a réuni l'Orient et l'Occident, le passé et le présent, et qui a été dominée par l'esprit de créativité, incarné par le thème de cette édition "Renaissances".
Les sonorités du baroque italien ont fusionné avec les maqâms andalous marocains dans une œuvre musicale qui a ravivé le jumelage historique entre l’esprit de la Renaissance européenne et le parfum du patrimoine arabe, à travers la représentation de Vêpres de la Vierge du compositeur italien Claudio Monteverdi, une pièce révolutionnaire dans la musique sacrée du XVIIe siècle.
Cette œuvre, datant de 1610, a été réinterprétée sur la scène de Bab Al Makina avec un souffle nouveau, sous la direction d’Antonio Greco, chef d’orchestre du Festival Monteverdi de Crémone, et de Mohamed Briouel, chef de l’Orchestre andalou de Fès, lors d’une rencontre musicale rare entre les deux rives.
Armando Barucco, ambassadeur d’Italie à Rabat, a souligné à cette occasion que la participation de l’Italie à cette édition n’est pas considérée uniquement comme un événement artistique, mais un véritable pont de dialogue civilisationnel entre deux rives unies par la Méditerranée et l’histoire, ainsi qu’un désir commun de célébrer la beauté.
Dans une déclaration à SNRTnews, l’ambassadeur a souligné que "L’Italie et le Maroc partagent un même amour pour l’art, que nous considérons comme une forme élevée de spiritualité", insistant sur le fait que Renaissances, thème de cette édition, "n’est pas qu’un simple titre, mais une vision vivante à travers chaque performance, visant à reconstruire les ponts entre les époques et les cultures".
Et d’ajouter: "Nous sommes fiers de participer à un moment aussi symbolique, depuis le cœur de la ville de Fès, où les religions et les cultures cohabitent en parfaite harmonie".
De son côté, Mohamed Briouel a exprimé sa joie de collaborer avec l’un des orchestres les plus prestigieux d’Italie, soulignant que "ce projet redonne toute sa valeur à l’idée que la musique est un langage humain universel".
Il a confié à SNRTnews: "Nous ne traduisions pas nos paroles, nous écoutions simplement et nous jouions; c’est ainsi que nous avons découvert que l’âme artistique est la même, malgré les différences de traditions".
Le musicien voit dans ce festival une occasion symbolique qui consacre Fès comme capitale spirituelle du Maroc et carrefour du dialogue entre l’islam, le christianisme et le judaïsme, renforçant la compréhension mutuelle entre les peuples à travers le langage de l’art et de la musique.
Antonio Greco, chef d’orchestre du Festival Monteverdi, a quant à lui insisté sur le fait que la rencontre entre les deux orchestres "dépasse le simple cadre d’une collaboration musicale, pour devenir une expérience artistique profonde, sublimant l’esprit de l’art". Il a également affirmé percevoir dans la musique andalouse "une sensibilité spirituelle très proche de celle de la musique de la Renaissance".
Dans sa déclaration à SNRTnews, l’artiste a précisé que "C’est la première fois que je visite Fès, et je la trouve semblable à Florence, car c’est une ville d’art, de beauté et de coexistence".
La performance a vivement enthousiasmé le public du festival, qui a voyagé au fil de pièces musicales inspirées de textes bibliques dédiés aux célébrations de la Vierge Marie, réarrangées et interprétées avec des techniques contemporaines. Par moments, des effets sonores évoquaient l’atmosphère des églises européennes, et à d’autres, l’oud et le rabâb glissaient en notes marocaines pures.
Ce spectacle est le fruit d’un partenariat entre la Fondation Esprit de Fès, l’ambassade d’Italie au Maroc, l’Institut culturel italien et le Festival Monteverdi de Crémone, dans une démarche de diplomatie culturelle mettant en lumière les liens historiques entre Fès et Florence, remontant à 1961.
Le Festival de Fès des Musiques Sacrées du Monde se poursuit jusqu’au 24 mai, avec des concerts et conférences culturelles variés, célébrant le patrimoine musical mondial et consolidant le statut de Fès en tant que capitale spirituelle et culturelle d’exception.
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