Art & Culture
Mohammed Noureddine Affaya sur Al Aoula: “La culture marocaine est un chantier ouvert sur l’histoire et l’avenir”
23/04/2025 - 13:09
Mohammed FizaziLors de l’épisode du mardi 22 avril 2025 de l’émission “Noqta ila Satr” (Point à la ligne), l’invité du jour, Mohammed Noureddine Affaya — professeur de philosophie contemporaine et d’esthétique à la Faculté des Lettres de Rabat et membre résident de l’Académie du Royaume du Maroc — a livré une lecture dense et éclairée de l’état actuel de la culture marocaine, en remontant à ses fondements historiques et en analysant ses mutations profondes.
Au début de l’émission, diffusée sur la chaîne Al Aoula et animée par Sabah Bendaoud et Abdellah Lachgar, M. Affaya insiste sur la nécessité de penser la culture marocaine au pluriel. Selon lui, elle se compose de plusieurs strates : la culture orale, la culture traditionnelle structurée autour des pratiques religieuses et sociales, la culture moderne portée par le savoir et la création contemporaine, ainsi que la culture médiatique façonnée par les supports successifs — de la presse écrite à l’ère numérique actuelle. Cette diversité reflète, selon lui, une mosaïque géographique et sociale riche et en constante évolution.
Il a notamment écoque les années 1960, qu’il qualifie de “laboratoire culturel” pour le Maroc. C’est durant cette décennie que le pays entre véritablement dans une dynamique de modernité culturelle, marquée par l’émergence de nouveaux courants dans la littérature, le théâtre, la musique, les arts plastiques et le cinéma. Cette période est, selon lui, caractérisée par une forme de réconciliation entre héritage culturel et ouverture sur les modèles étrangers — notamment ceux d’Orient et de l’Europe — malgré les tensions persistantes entre traditions et modernité.
Affaya souligne également la responsabilité particulière du penseur marocain, engagé sur plusieurs fronts : la connaissance de son propre patrimoine, l’interprétation critique du legs arabo-islamique, l’analyse du discours colonial et l’appropriation des savoirs contemporains mondiaux. Le rôle du penseur est ainsi indissociable de celui du citoyen, d’autant plus que le contexte actuel est marqué par des transformations accélérées.
Il revient également sur l'impact des réseaux sociaux, perçus comme un espace d’expression élargi mais aussi comme un terrain propice à la confusion, à la superficialité et à la dilution des repères culturels. Selon M.Affaya, si ces plateformes offrent aux créateurs un outil de diffusion, elles présentent aussi des dangers pour l’attention, les sens et la qualité du débat public.
L’entretien aborde en outre la crise structurelle de l’enseignement, que le professeur considère comme un obstacle majeur au développement culturel. Il dénonce l’absence de stabilité politique dans la gestion de ce secteur, le manque d’une vision stratégique à long terme et l'affaiblissement progressif de l'école publique. Cette situation, selon lui, compromet l’objectif de formation de générations capables de penser de manière critique et autonome.
Affaya met également en garde contre la perte des repères en matière de valeurs dans une société marquée par une forte consommation, des mutations identitaires profondes et une désaffection croissante envers la lecture. Il insiste sur l’importance de revaloriser la place de la culture dans les politiques publiques, notamment en redonnant à l’éducation, à l’art et à la lecture leur rôle fondamental dans la structuration du tissu social.
Enfin, le philosophe revient sur la production cinématographique marocaine, en pleine expansion, mais qui souffre d’un manque d’accès du public à ces œuvres. Il plaide pour un soutien accru à la diffusion, afin que la dynamique de création puisse réellement irriguer la société.
À travers ce dialogue dense, Mohammed Noureddine Affaya dessine les contours d’une culture marocaine à la croisée des chemins : riche de son passé, mais confrontée à de nombreux défis dans un monde en mutation. Il appelle à une réflexion collective autour de la place de la culture dans le projet national et au renforcement du rôle des intellectuels dans la vie publique.
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