Art & Culture
Musique sans frontières: Le Maroc, pilier de l'aventure "Playing for Change"
13/01/2026 - 19:37
Abderrahim Smougni
Auriez-vous un jour imaginé voir le regretté virtuose marocain Saïd Chraïbi et Kurt Cobain, leader de Nirvana, réunis sur le titre "Come as you are" ? Pourriez-vous concevoir d'écouter Chraïbi introduire le morceau "Clandestino" de Manu Chao, ou encore de voir le Raïss amazigh Hassan Amkeroud, accompagné des maîtres gnaouas Ismaïl Bennadi et Amine El Alouki, jouer du ribab sur un vieux blues de Robert Johnson ?
Enfin, imagineriez-vous une chanteuse marocaine de M’hamid El Ghizlane réinterpréter le mythique "Riders on the Storm" des Doors dans un nouvel arrangement mondial, offrant une reprise peut-être plus envoûtante encore que l'originale ?
Quelle est donc l'histoire de ces artistes marocains avec l'aventure "Playing for Change"? L'idée peut paraître folle, et peu de gens auraient parié sur un succès tel qu'il finirait par être adopté par les Nations Unies.
Des musiciens de rue aux stars internationales
L'aventure de la plateforme Playing for Change a débuté en 2002, lorsque le producteur de musique américain Mark Johnson, accompagné du réalisateur Whitney Kroenke, a décidé de lancer un projet musical visant à unir les musiciens du monde entier. Leur objectif : soutenir la paix et la coexistence à travers des enregistrements communs.
Le concept initial consistait à enregistrer des musiciens de rue dans différents pays, puis à fusionner leurs performances en une seule œuvre. Tout a commencé par l'enregistrement de chaque musicien dans son propre environnement naturel — la rue — avec la célèbre chanson "Stand By Me".
Le succès fut fulgurant. Certains artistes de rue, comme Grandpa Elliott, sont devenus des stars planétaires. Cela a poussé Johnson et Kroenke à s'ouvrir aux musiciens professionnels, tout en gardant l'ADN de Play for Change : utiliser un studio mobile plutôt qu'un studio traditionnel pour capturer l'âme locale et intégrer les instruments traditionnels de chaque culture.
Le Maroc au cœur du projet
Ce qui est frappant dans l'épopée de Playing for Change, c'est son immense ouverture sur le Maroc. Rares sont les morceaux qui ne font pas escale dans le Royaume pour présenter des musiciens parfois méconnus du grand public marocain. Le plus emblématique d'entre eux reste le compositeur et luthiste de génie Saïd Chraïbi, disparu en 2016.
Sa première collaboration avec le projet remonte à "Clandestino". Deux ans avant son décès, Chraïbi avait enregistré à Casablanca une introduction au oud pour ce titre dédié aux migrants. Le lien entre les responsables de Playing for Change et l'artiste est si fort qu'ils ont choisi de lui rendre hommage huit ans après sa mort en intégrant ses mélodies de oud dans une reprise de Nirvana, "Come as you are".
L'ouverture ne s'arrête pas là. Le projet a également mis en lumière les joueurs de guembri et de krakeb. Il y a quelques mois, une version du classique blues "Crossroads" a fusionné les mélodies amazighes de Hassan Amkeroud avec les rythmes gnaouas.
Plus récemment, la chaîne a publié une reprise de "Riders on the Storm". On y découvre Izana Ja, une artiste issue des confins du Sahara qui utilise la puissance de ses youyous aux côtés d'un didgeridoo australien et de musiciens du Sénégal, du Brésil et d'Espagne. Dans ce morceau, Izana voyage par la voix de M’hamid El Ghizlane jusqu’en Californie pour partager la scène avec les membres restants des Doors : le batteur John Densmore et le guitariste Robby Krieger.
Plus qu'une chaîne, une mission humanitaire
Vingt ans après sa création, le projet compte aujourd'hui près de 3,5 millions d'abonnés sur YouTube. Mais Play for Change est devenue bien plus qu'une plateforme médiatique ; c'est une fondation humanitaire à but non lucratif. La Play For Change Foundation crée des écoles de musique pour les enfants en Afrique, en Amérique latine et en Asie, permettant aux populations les plus fragiles de s'instruire et de s'exprimer par l'art.
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