Société
Ostéopathie : quand le corps parle sous les mains
10/05/2026 - 10:01
Khaoula Benhaddou | Hamza BAMMOUApproche thérapeutique exclusivement manuelle, l’ostéopathie s’impose progressivement comme une alternative prisée pour soulager les douleurs du quotidien. Lombalgies, cervicalgies, tensions musculaires ou articulaires : derrière ces symptômes, les praticiens revendiquent une lecture globale du corps, où le physique, le physiologique, psychique et l’émotionnel s’entremêlent.
Pour l’ostéopathe Hamza Lazraq, la discipline ne se limite pas à traiter une zone douloureuse. "Il ne s’agit pas uniquement de faire disparaître un symptôme, mais d’en comprendre l’origine profonde", explique-t-il. Une philosophie héritée de la fin du XIXᵉ siècle, lorsque le médecin américain Andrew Taylor Still fonde l’ostéopathie aux États-Unis, avant son essor en Europe puis dans le reste du monde.
Une pratique en plein essor, mais encore encadrée de manière floue
Au Maroc, l’ostéopathie gagne du terrain, portée par une demande croissante. Patients souffrant de troubles musculo-squelettiques, sportifs, enfants, femmes enceintes ou encore personnes âgées se tournent de plus en plus vers cette approche. Pourtant, la discipline reste en phase de structuration.
Le nombre de praticiens demeure limité, souvent formés à l’étranger ou dans des instituts privés au terme de six années d’études. "L’absence de cadre clair pose plusieurs défis, notamment en matière d’organisation de la profession, d’harmonisation des formations et de garantie de la qualité des soins", souligne le spécialiste.
Remonter à la source de la douleur
Dans la pratique ostéopathique, une douleur n’est jamais isolée. Une tension à la nuque ou à l’épaule peut être la conséquence d’un déséquilibre plus global. Pour en identifier l’origine, l’ostéopathe s’appuie sur une démarche clinique rigoureuse.
La consultation débute par une anamnèse approfondie, explorant les habitudes de vie, les antécédents médicaux et l’état émotionnel du patient. Elle se poursuit par un examen clinique réalisé en différentes positions, complété par des tests de mobilité. "Ces éléments permettent d’établir une hypothèse reliant les symptômes à leur cause probable", précise Hamza Lazraq, également kinésithérapeute de formation, fort de plus de dix ans d’expérience entre le Maroc et la France.
Un cadre de sécurité indispensable
La prise en charge ostéopathique repose également sur un système de vigilance clinique structuré autour de trois niveaux, les"drapeaux". Le vert autorise le traitement, l’orange impose prudence et parfois une orientation vers un médecin, tandis que le rouge nécessite une consultation médicale immédiate. Un dispositif essentiel pour garantir la sécurité du patient.
Des approches complémentaires
Si elle partage le champ des thérapies manuelles, l’ostéopathie se distingue de la kinésithérapie et de la chiropraxie. Là où la première se concentre sur la rééducation fonctionnelle et la seconde sur la colonne vertébrale, l’ostéopathie adopte une vision systémique du corps.
Cette approche globale permet, par exemple, de relier des troubles digestifs liés au stress à des tensions musculaires ou des déséquilibres posturaux, pouvant eux-mêmes générer des douleurs dorsales ou cervicales.
Un champ d’intervention élargi
Aujourd’hui, l’ostéopathie intervient dans la prise en charge de nombreux troubles : douleurs musculo-squelettiques, migraines, troubles du sommeil, vertiges ou encore désordres digestifs. Elle s’adresse à tous les publics et peut s’intégrer, en complément, dans des parcours de soins plus complexes, notamment pour certaines maladies chroniques.
Une profession à structurer
Malgré son essor, l’ostéopathie au Maroc fait face à un défi majeur : sa reconnaissance et son encadrement. L’hétérogénéité des formations et l’absence de réglementation claire interrogent sur la standardisation des pratiques.
Pour Hamza Lazraq, l’avenir de la discipline repose sur deux piliers : la recherche scientifique et la structuration académique. "Un bon ostéopathe doit aussi savoir reconnaître ses limites et orienter le patient lorsque c’est nécessaire ", insiste-t-il.
Au-delà du soulagement immédiat, l’ostéopathie s’inscrit dans une logique de mieux-être durable. En rétablissant les équilibres du corps, elle contribue à améliorer la mobilité, à réduire les tensions et à prévenir l’installation de douleurs chroniques. Une approche douce, mais exigeante, qui rappelle que le corps possède en lui-même les ressources nécessaires pour retrouver son harmonie — à condition d’être écouté.
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