Société
Revoir un film: entre science et refuge émotionnel
28/03/2026 - 19:32
Malak Zougagh
Plusieurs experts en psychologie, aux universités de Berkeley et de Columbia, ont étudié comment le visionnage récurrent d’un film, ou des extraits de film, modifie la manière dont sont mémorisés ses événements.
De nombreuses expériences de la vie quotidienne se répètent au fil du temps, comme reprendre le même trajet pour aller au travail, écouter une chanson en boucle ou regarder certains films à maintes reprises. Ces habitudes d’apparence anodine, précisément la dernière, ont été sujettes à une réflexion scientifique, cherchant à démontrer leurs effets sur la mémoire. À travers une observation sur 30 participants visionnant 3 extraits de 90 secondes d’un même film, chacun visionné 6 fois, l’étude a conclu que le cerveau modifie de manière flexible sa façon de représenter les événements à mesure qu’ils deviennent plus familiers.
En d’autres termes, la récurrence de ces mêmes événements dans le cerveau fait évoluer leur stabilité et leur force de structure. Ainsi, il en va de conclure que certaines régions cérébrales rendent l’événement plus précis, comme si elles découpent l’expérience en petits fragments de détail. D’autres au contraire deviennent plus globales ; ces régions regroupent les événements. Et tous ces changements ont un lien direct avec la mémoire qui optimise son organisation, afin de mieux se souvenir.
Le cerveau s’adapte à l’habitude et modifie sa manière de comprendre et mémoriser ce qui est perçu.
Toujours dans un registre de familiarité, plusieurs jeunes Marocains pratiquent cette récurrence, pour des fins tantôt émotives tantôt de confort. Revoir un film d’après Niama, jeune Marocaine, “s’apparente à feuilleter un journal intime que l’on n’aurait pas soi-même rédigé, mais dont chaque page semble pourtant familière... On y reconnaît des émotions anciennes, parfois intactes, parfois altérées, et l’on y découvre aussi des significations nouvelles révélées par le temps”.
Cet exercice émotif et cérébral, d’après Niama, procure une sensation de sécurité, presque comparable à un retour chez soi. Ou encore, un pansement pour Meryeme, qui ressent la nécessité de réviser un film à chaque fois que “... je ne vais pas bien ou quand le film me manque, parfois quand je suis dans une période de changement dans ma vie je regarde le même film pour rentrer dans ma zone de confort”.
La science et l'émotion dans ce contexte franchissent un pas de connivence; derrière chaque film ou extrait de film revu se cache un dialogue silencieux entre le cerveau, la mémoire et le cœur.
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