Economie
Déficit pluviométrique: les prévisions de croissance seraient-elles déjouées?
10/02/2022 - 12:13
Lina Ibriz
Dans leurs prévisions de croissance pour l’année 2022, les organismes nationaux et internationaux tablaient sur une campagne agricole moyenne qui permettrait au PIB du pays de croître de 2,9% à 3,2%. Aujourd’hui, ces prévisions pourraient être déjouées, alors que la sécheresse met en péril la campagne agricole.
Les performances du secteur agricole, premier contributeur au PIB, conditionnent fortement la croissance de l’économie nationale. Si la valeur ajoutée du secteur primaire, en hausse de 17,9% en 2021, a permis au Maroc de réaliser une croissance de 7,2%, la performance modeste du secteur agricole en 2022 pourrait avoir l’effet contraire et tirer vers le bas la courbe de croissance.
"La valeur ajoutée agricole constitue environ la moitié du PIB", souligne le fiscaliste et ancien président de l'Université de Settat, Mohamed Rahj. "L’économie marocaine n’a pas encore atteint un stade où l’industrie ou les services sont les secteurs principaux permettant la création de la richesse. L’agriculture est la locomotive de la croissance, et si on prend les statistiques des dix dernières années, on constate clairement que lorsqu’on a une bonne année agricole, on a une bonne année de croissance et vice-versa", poursuit-il.
Tenant compte de l’impact du déficit pluviométrique enregistré cette année, les prévisions de croissance seraient révisées à la baisse selon de nombreux économistes. D’ailleurs, dans le Budget économique prévisionnel 2022 du Haut-Commissariat au Plan (HCP) tel que publié il y a trois semaines, une décélération du rythme de croissance serait attendue.
Selon le HCP, le secteur primaire devrait afficher une valeur ajoutée en baisse de 1,6% en 2022 par rapport à une hausse de 17,9% l’année précédente. Même la croissance de la valeur ajoutée des secteurs secondaire et tertiaire devrait décélérer. Du coup, le Produit Intérieur Brut ferait état d'un taux de croissance de l’ordre de 2,9% en 2022 après un rebond de 7,2% attendu en 2021, estime le HCP.
Ce taux est déjà inférieur à celui prévu dans le cadre de la loi de Finances 2022 par le gouvernement qui est de 3,2%. "On réalisera probablement un taux de croissance très faible. Je ne vois pas comment on pourra atteindre le taux avoisinant le 3% annoncé par le budget public et certains organismes nationaux et internationaux", affirme Rahj.
Et à lui de poursuivre: "l’économie nationale se remet à peine de la crise. Nous venons de rouvrir les frontières après de longs mois de fermetures successives lesquelles ont constitué un coup dur pour le tourisme. Et là, on est face à une année de sécheresse qui va gravement impacter l’agriculture. A mon avis, ce serait déjà assez difficile de dépasser un taux de croissance de 2%", soutient-il.
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