Société
Santé mentale: les réseaux sociaux en blouse blanche
25/03/2026 - 12:04
Matar Bensalmia
À l’heure où les réseaux sociaux s’imposent comme des sources d’information à portée de main, la santé mentale des enfants et des adolescents se retrouve elle aussi, happée par cette vague numérique.
Une récente étude de l’Université d’East Anglia révèle qu’une part importante des contenus liés au TDAH et à l’autisme diffusés sur des plateformes comme TikTok seraient trompeurs, voire infondés.
Bien que ces vidéos soient accessibles, la désinformation massive qui touche des sujets aussi sensibles que les troubles neurodéveloppementaux inquiète les spécialistes.
Pour le pédopsychiatre Bouchaib Kerroumi, le phénomène est devenu impossible à ignorer. “On assiste à un envahissement d’informations”, explique-t-il à SNRTnews, pointant du doigt “des personnes qui ne font pas partie des professionnels de la santé ou de la psychologie” mais qui publient, parfois avec assurance, des contenus présentés comme des vérités scientifiques.
Selon lui, cette confusion entre témoignage personnel et expertise médicale contribue à installer de faux repères. “Certains publient des informations bien détaillées simplement parce qu’ils ont lu, entendu ou vu une émission”, souligne-t-il, rappelant que ces contenus peuvent donner une illusion de crédibilité.
L’illusion de la facilité… au détriment du diagnostic
Le succès de ces formats tient aussi à leur accessibilité. En quelques secondes, depuis son téléphone, il devient possible d’obtenir des explications, des symptômes, voire des “diagnostics” prêts à l’emploi. Une facilité qui selon Kerroumi, n’est pas sans conséquences.
“Les parents adoptent parfois une attitude qui n’est pas logique, parce que c’est plus facile”. Résultat? Certains privilégient ces contenus au détriment d’une consultation médicale. “Cette facilité induit très souvent des erreurs de diagnostic ou d’évaluation, que nous constatons quotidiennement”, alerte le pédopsychiatre. Ce phénomène est d’autant plus préoccupant puisqu’il touche directement “la santé psychologique des enfants et des adolescents”.
Des auto-diagnostics de plus en plus fréquents
Dans les cabinets, les effets de cette désinformation sont déjà visibles. Bouchaib Kerroumi décrit des situations de plus en plus courantes. “On reçoit des parents qui arrivent avec un diagnostic déjà posé, affirmant que leur enfant est autiste ou qu’il a un TDAH”.
Or après évaluation, le constat est parfois tout autre. “Quand on examine, on trouve autre chose”, précise-t-il, mettant en lumière les dérives de l’auto-diagnostic alimenté par les réseaux sociaux.
Le problème poursuit-il, réside aussi dans la crédibilité accordée à des sources inconnues. “Des personnes dont on ne connaît ni la formation ni la qualification établissent des diagnostics selon leurs propres connaissances, et les parents les suivent”.
Face à cette confusion, Kerroumi rappelle que le diagnostic des troubles comme l’autisme ou le TDAH repose sur des critères stricts, validés par la recherche scientifique et les instances internationales.
“Rien n’est fait au hasard. Les spécialistes établissent une évaluation diagnostique selon des critères bien définis, avant de proposer une conduite à tenir”.
Le parcours obéit de même à une logique précise. En cas de doute, “la première personne à consulter reste le pédiatre”, explique Kerroumi. C’est ensuite ce dernier qui oriente, si nécessaire, vers des spécialistes comme le neuropédiatre, le psychologue pour enfants ou le pédopsychiatre.
Réapprendre à faire confiance aux professionnels
Dans un environnement saturé d’informations, le défi est désormais de rétablir une hiérarchie des sources. Car derrière les vidéos courtes et virales, les conséquences peuvent être durables. “Tout ce qui concerne l’enfant et l’adolescent est un domaine spécialisé”, rappelle Bouchaib Kerroumi. “Les parents doivent suivre une démarche claire et passer par les professionnels de la santé, et non se contenter de ce qu’ils voient en ligne”, conseille-t-il.
D’ailleurs, à force de chercher des réponses rapides, on oublie parfois qu’en matière de santé mentale, quelques secondes de vidéo ne remplaceront jamais la complexité d’un regard clinique...
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