Société
La santé mentale au Maroc: un secteur en dépression
13/12/2024 - 23:15
Khaoula Benhaddou
Au Maroc, la santé mentale représente le parent pauvre du secteur. Malgré les efforts déployés par la tutelle, ce secteur souffre de beaucoup de problématiques comme le manque des spécialistes, le nombre insuffisant des lits et la défaillance de la prise en charge. Ces problématiques et bien d’autres ont été soulignées dans le dernier rapport de la Cour des comptes au titre de 2023-2024.
On ne le dira jamais assez! Le secteur de la santé mentale au Maroc connait de nombreuses difficultés. Face à la hausse des maladies et troubles psychiatriques, le Royaume souffre d’un nombre très limité des spécialistes mais aussi de nombres de lits, ce qui rend la prise en charge des patients souvent difficile.
Dans son dernier rapport, la Cour des comptes a précisé que sa mission de contrôle "avait pour objectif de s’assurer que le système de santé mentale, dans ses différentes dimensions, est en mesure de répondre de façon adaptée aux besoins de la population. Elle a abordé, notamment, les aspects portant sur la prévention en matière de santé mentale, la disponibilité et l’accessibilité de l’offre de soins, ainsi que sur les conditions de prise en charge des malades".
Les efforts déployés restent insuffisants
La Cour des comptes précise que les aspects relatifs à la promotion et la prévention sont insuffisamment appréhendés dans le système de santé mentale, au regard des préconisations de l’Organisation Mondiale de la Santé.
"Quoique les stratégies dédiées à la santé mentale accordent une place importante à la promotion et la prévention, les efforts déployés par le Ministère de la Santé et de la Protection sociale (MSPS) dans ce cadre restent insuffisants, aussi bien envers l’ensemble des citoyens qu’envers des populations spécifiques. Ces insuffisances en matière de prévention des troubles mentaux peuvent entraîner des prises en charge médicales coûteuses pour le système de santé national", lit-on dans le rapport.
En ce qui concerne l’offre de soins, l’instance précise les efforts déployés par la tutelle durant les dernières années pour le développement d’une offre de soins adaptée restent encore insuffisants pour garantir la disponibilité des établissements de santé mentale et l’accessibilité suffisante de ces soins à l’ensemble de la population.
Insuffisance des infrastructures sanitaires
Selon la carte sanitaire, le Maroc compte 11 hôpitaux psychiatriques, 1508 lits et 319 psychiatres. Le nombre de lits, qui ne dépassent pas 6,43 lits pour 100.000 habitants, reste également insuffisant par rapport à la moyenne mondiale de 13,3 lits.
Ce constat a été soulevé dans le rapport de la Cour des comptes qui a révélé l’insuffisance des infrastructures sanitaires et leur non généralisation à l’échelle nationale.
L’instance a également relevé l’insuffisance des médecins spécialistes, leur répartition inégale et le manque de certains profils spécialisés dans la prise en charge des patients atteints de troubles mentaux.
A titre d’exemple, la carte sanitaire du Maroc montre que 74 psychiatres se trouvent dans la région Rabat Salé Kenitra et 66 dans la région de Casablanca Settat. Les régions de Guelmim Oued Noun et Eddakhla Oued Dahab n’ont que 2 psychiatres chacune.
Absence de médicaments et défaillance de la prise en charge
Dans son rapport, la Cour des comptes rappelle "la non disponibilité des médicaments au niveau des structures de soins, ainsi que l’insuffisance des taux de remboursement de certains médicaments et actes médicaux par l’assurance maladie".
Concernant la prise en charge et l’organisation des soins et services de santé, la Cour a noté plusieurs insuffisances liées particulièrement à la faible intégration de la santé mentale dans les établissements de soins primaires, au manque d’articulation entre les différents niveaux de soins psychiatriques et à l’absence d’une prise en charge globale des patients.
"Ces insuffisances engendrent des ruptures dans les parcours de soins, dommageables pour les patients et exercent une pression supplémentaire sur les structures hospitalières. La Cour a également relevé la discontinuité des soins à cause du manque de dispositifs de suivi post-hospitalisation, ainsi que l’insuffisance des établissements intermédiaires de réhabilitation et des structures d’accueil des cas sociaux", précise le rapport.
Recommandations
En vue de cette situation alarmante, la Cour des comptes a recommandé au Chef du gouvernement de développer une politique intégrée avec des orientations claires prenant en compte les grands enjeux de ce système, notamment ceux relatifs à la promotion de la santé mentale, à la prévention des maladies mentales et au développement d'une offre de soins adaptée et répondant aux besoins de la population. Elle a également recommandé d’adopter un cadre juridique adapté tenant compte de la spécificité de la santé mentale, et un cadre de gouvernance favorable qui implique l’ensemble des parties prenantes.
Pour conclure, le Cour a recommandé au ministère de la Santé et de la Protection sociale d’élaborer et de mettre en œuvre une stratégie multisectorielle appropriée en matière de santé mentale, fondée principalement sur l’élaboration et la mise en œuvre d’une stratégie de renforcement de la prévention, le renforcement de l'offre de soins dédiée ainsi que l’utilisation optimale des ressources disponibles. Elle a, enfin, recommandé de se doter de dispositifs de surveillance et de veille épidémiologique, en se basant sur un système d’information efficace et harmonisé.
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