Société
Séisme d'Al Haouz : après la peur et l’angoisse, des lueurs d'espoirs
29/09/2023 - 18:32
Khaoula Benhaddou
Quelques heures après le séisme qui a frappé la région d’Al Haouz le 8 septembre, les citoyens et les spécialistes de tous les secteurs ont fait preuve d’un élan de solidarité remarquable. Architectes, médecins, secouristes, infirmiers et psychiatres se sont mobilisés pour venir en aide aux familles sinistrées. C’est notamment le cas des membres de l’Association Marocaine de psychologie (AMPSY) qui se sont déplacés dans les régions touchés par le séisme pour accompagner les personnes blessées dans leur chair et âme. Ghita Alami, psychologue clinicienne et présidente de l’association raconte à SNRTnews les souffrances des enfants et des familles frappés par le séisme.
Vous avez passé plusieurs jours avec les familles sinistrées. Quels sont les sentiments qui régnaient dans les lieux depuis le début de votre opération jusqu’à sa fin?
Au début beaucoup de peur, d’angoisse, d’effroi, de sentiments d’impuissance et de désespoir. Par la suite, on a vu apparaître des lueurs d’espoir, notamment grâce à toutes les aides et les décisions prises par l’Etat.
Quels sont les effets psychiques du séisme sur les enfants en particulier?
Les conséquences sont différentes d’un enfant à un autre. Cela dit beaucoup souffrent du fait de revivre l’évènement sous forme de cauchemars et d’images terrifiantes. Ce qui induit que ces derniers tentent d’éviter toute odeur ou situation qui leur rappellerait l’évènement traumatique. Ils ont d'ailleurs beaucoup de mal à rentrer chez eux. Même si leur maison est saine. Certains enfants ressentent de la culpabilité. Elle est liée souvent à la perte d’un camarade ou membre de la famille.
Un des signes majeurs chez les enfants est l'hyper vigilance. Ils se comportent comme s’ils continuaient d’être en danger et sursautent sans raison. Certains développent même des troubles de panique.
Dans des cas plus spécifiques, nous retrouvons de la dissociation. Les enfants sont comme anesthésiés, détachés du réel. Ils se plaignent d’être comme dans un rêve.
Qu’en est-il des enfants qui ont été sauvé des décombres et qui ont vu mourir leurs proches?
Ils sont en majorité très traumatisés. Ils agissent avec des mécaniques différentes allant du déni, au mutisme, à la dépression. Ce sont les enfants qui souffrent le plus aujourd'hui. Et ce sont bien eux qui ont besoin d’aide.
Quels sont les témoignages ou les cas qui vont le plus touchés?
Celui d'une jeune mère. Elle était venue d’Agadir vers Marrakech à Tlat’n Yacoub, pour voir ses parents. Elle était accompagnée de son fils. Elle a perdu sa maman, son papa, sa sœur et son fils. Un vrai drame et beaucoup de culpabilité.
Quel est l’importance de l’accompagnement psychologique? Et en quoi consiste-t-il?
La prise en charge psychologique est indispensable dans ces conditions. Elle permet aux personnes traumatisées de verbaliser leur souffrance, de mettre des mots sur leurs émotions. Les entretiens cliniques aident les patients à se distancier de la dissociation psychologique et à mettre de l’ordre dans leurs idées. C'est un travail d’écoute, d'accompagnement, de bienveillance. Il aboutit à une déculpabilisation progressive et à un meilleur état psychique.
Les citoyens ont fait preuve d’une solidarité remarquable durant le séisme en se déplaçant sur les lieux pour venir en aide aux victimes et plus particulièrement aux enfants. Quelques jours plus tard, ces personnes sont rentrées laissant un grand vide dans les cœurs des familles sinistrées. Quel est l’effet de cette nouvelle séparation sur les enfants?
L'effet ici n'est problématique que pour les enfants qui ont perdu un ou deux parents. Ces derniers manquent aujourd'hui de stabilité et ont besoin de continuité. Et je parle ici tout autant du côté financier qu’affectif. Ces nouvelles séparations ne sont négatives que si ces personnes qui s’étaient déplacées avaient établi un lien affectif avec les enfants. Sans quoi le départ des donataires n’est pas problématique en soi.
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