Economie
SIAM: qui sont les “chennaqa” et comment protéger les consommateurs de leur avidité ?
25/04/2026 - 22:21
Mustapha Azougah | Fahd MerrounDes professionnels ont appelé à organiser le marché de la viande et du bétail au Maroc en écartant les intermédiaires (les chennaqa), afin de préserver les revenus des éleveurs et de maintenir le pouvoir d’achat des consommateurs.
Lors d’une conférence sur l’état du cheptel, tenue le vendredi 24 avril en marge du Salon international de l’agriculture au Maroc (SIAM) organisé à Meknès du 20 au 28 avril, des professionnels se sont interrogés sur les raisons de la hausse des prix malgré les fonds importants mobilisés par l’État pour reconstituer le cheptel et relancer les pâturages après les importantes précipitations qu’a connues le Maroc.
Ils soulignent que la sécheresse a affecté les pâturages et entraîné la perte de 38 % du cheptel sur une période de sept ans, impactant ainsi l’activité des éleveurs, confrontés à la hausse des prix des aliments pour bétail, qui représentent 70 % du coût de production.
Les résultats du recensement réalisé l’an dernier font état de 33 millions de têtes (ovins, caprins, camelins et bovins), permettant une production annuelle de 530.000 tonnes de viande et de deux milliards de litres de lait.
Dans une note de présentation sur le secteur de l’élevage, le ministère de l’Agriculture, de la Pêche maritime, du Développement rural et des Eaux et Forêts souligne la “fragilité du tissu productif”, précisant que le secteur repose en grande partie sur des petits et moyens éleveurs, souvent dépendants des pâturages et des systèmes agricoles locaux, et donc plus exposés aux aléas climatiques et aux fluctuations des prix.
Si les intervenants ont insisté sur l’impact de la sécheresse, devenue une donnée structurelle nécessitant une adaptation avec l’appui de l’État, ils ont également exprimé leur mécontentement face au manque d’organisation du marché, notamment en raison de la forte présence des intermédiaires et des spéculateurs.
Mustapha El Khouli, président de l’Association nationale des producteurs de viandes rouges, a indiqué dans une déclaration à SNRTnews que l’engraissement du bétail en préparation de l’Aïd a contribué à la hausse des prix. Il pointe également le rôle des “chennaqa” dans cette inflation : ces derniers achètent le bétail aux éleveurs, lequel est ensuite revendu trois à quatre fois sur le marché avant d’atteindre les abattoirs.
Il appelle à la création d’une bourse de la viande, sous forme de marché de référence fixant les prix d’achat et de vente du bétail, afin de protéger à la fois les revenus des éleveurs et le pouvoir d’achat des consommateurs contre la cupidité des intermédiaires.
Il plaide aussi pour l’instauration de cartes d’identification des intermédiaires, qui perturbent le fonctionnement normal du marché, ainsi que pour l’adoption d’une loi sur l’élevage et la mise en place d’un système de traçabilité du bétail via des puces électroniques permettant d’identifier l’éleveur, le vendeur, l’acheteur et l’usage prévu de l’animal sur le marché.
De son côté, Rachid Benali, président de la Confédération marocaine de l’agriculture et du développement rural (COMADER), a insisté lors de la conférence sur la nécessité de corriger une situation marquée par la hausse des prix de la viande et du bétail au détriment des éleveurs et des consommateurs.
Il a souligné que les récentes précipitations ont revitalisé les pâturages et fourni du fourrage naturel, allégeant ainsi les charges des éleveurs, dont les coûts de production ont diminué. Selon lui, cette situation ne justifie donc pas les prix que doivent supporter les ménages pour l’achat de viande ou du mouton de l’Aïd.
Le président de la Confédération, qui regroupe la majorité des associations et fédérations agricoles au Maroc, attribue la responsabilité de cette hausse des prix aux “chennaqa” et aux spéculateurs. Il explique que les éleveurs vendent à des prix bas, tandis que les consommateurs continuent de payer des montants élevés pour la viande ou le sacrifice de l’Aïd.
Il ajoute que les intermédiaires et les spéculateurs financent les éleveurs, avant de revendre eux-mêmes les bêtes sur le marché. Ainsi, un mouton vendu par l’éleveur à 3.000 dirhams peut être acheté par le consommateur à 5.000 dirhams.
Enfin, il estime que la forte présence des intermédiaires est liée à l’absence d’organisation des marchés des fruits et légumes et du bétail, malgré les orientations visant à permettre aux agriculteurs de vendre directement leurs produits sur le marché.
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