Economie
Situation des banques participatives au Maroc: trois questions à un expert
23/10/2024 - 12:25
Ouiam Faraj | Mohammed FizaziDans cette interview avec SNRTnews, l'économiste et expert en finance participative, Dr. Ahmed Tahiri Jouti, souligne l'importance d'insuffler un nouvel élan à la finance participative au Maroc et d'élargir l'offre de produits proposés par ces banques. Il souligne la nécessité de mener des études analytiques pour évaluer l'évolution du secteur et déterminer s'il atteint la croissance souhaitée.
Comment évaluez-vous la croissance réalisée par les banques participatives au Maroc?
Tout d'abord, il faut souligner que le secteur des banques participatives au Maroc n'est pas en crise, il connaît une croissance notable depuis son adoption en 2017-2018. Cependant, la question concerne la nature de cette croissance, car la plupart des banques participatives se concentrent principalement sur les particuliers dans leurs opérations, en particulier sur les financements immobiliers, ce qui limite leur développement comme il se doit.
Ainsi, on constate que la part des dépôts des banques participatives est très faible par rapport à celle des financements et à la demande qui y est liée. Il est donc possible de dire que l'un des principaux obstacles auxquels ces banques sont encore confrontées est la diversification de leurs produits pour cibler les entreprises et les professionnels.
Il convient également de noter que certaines banques participatives ont réussi à diversifier leur portefeuille, une grande partie étant désormais composée de financements d'entreprises. La question qui se pose est alors : "Tous les produits sont-ils disponibles et approuvés par le Conseil supérieur des oulémas, et les stratégies de ces banques incluent-elles la possibilité de diversifier leurs offres et produits ?"
En résumé, les principaux obstacles auxquels sont confrontées les banques participatives au Maroc sont la diversification du portefeuille d'investissement et des produits, ainsi que le développement de leur capacité à mobiliser des dépôts et des économies, soit par une couverture géographique plus large, à travers l'augmentation du nombre d'agences ou par des applications intelligentes, soit par la création d'instruments d'investissement et de refinancement du portefeuille, tels que les sukuks. Il est également nécessaire de disposer d'un marché monétaire conforme aux exigences du Conseil supérieur des oulémas.
Ces obstacles empêchent ces banques d'atteindre une croissance durable qui leur permettrait d'obtenir des taux de croissance acceptables, que ce soit pour les investisseurs, la banque centrale ou les clients.
Pensez-vous que les Marocains adoptent ce modèle financier et lui font confiance après sept ans d'application au Maroc?
La croissance des actifs des banques participatives indique un intérêt notable de la part des Marocains pour ce modèle financier, mais dans les limites des produits disponibles. Par exemple, en matière de financement des particuliers dans le secteur immobilier, entre 30 et 40 % des financements immobiliers au Maroc sont contrôlés par les banques participatives, un chiffre encourageant.
En revanche, pour d'autres produits dans lesquels les banques participatives n'ont pas encore su s'imposer, comme le financement automobile, on ne peut pas parler de véritable adoption en raison de l'existence de systèmes spécifiques à ce secteur. Il serait donc injuste de les évaluer de manière équitable.
Le manque de disponibilité de certains produits rend difficile l'évaluation de l'intérêt des entreprises pour ce modèle financier. Si l'on veut être juste dans l'évaluation des chiffres, on constate qu'il y a une forte demande dans le secteur de l'immobilier et parmi les cibles atteintes, mais il est plus difficile d'évaluer les segments qui n'ont pas encore été pleinement explorés.
Nous insistons sur le fait que plus l'activité des banques participatives sera étendue grâce à de nouveaux produits et une plus grande couverture géographique, plus l'adoption sera importante et acceptable, tant de la part des investisseurs que des clients.
Quelle est l'importance de mener des études pour évaluer le travail de ces banques à ce stade?
Je pense que tout secteur nécessite des études approfondies pour analyser les phénomènes et repenser les systèmes et modèles commerciaux, même s'il ne rencontre pas d'obstacles majeurs, afin de suivre l'évolution des technologies et de l'époque.
En ce qui concerne les banques participatives, elles ont effectivement besoin d'un coup de pouce pour identifier les obstacles juridiques qui les empêchent de développer leurs produits, comprendre pourquoi elles ne diversifient pas leurs portefeuilles d'investissement, pourquoi elles n'attirent pas les dépôts, et quelles sont les alternatives.
Il est également essentiel de trouver des réponses à de nombreuses autres questions, et d'examiner comment permettre une coexistence entre les banques participatives et traditionnelles, de manière à ce qu'elles puissent s'imposer dans certains secteurs tout en assurant leur durabilité et leur croissance.
Nous soulignons ici que l'étude en cours, réalisée par la banque centrale en partenariat avec la Banque islamique de développement, sera complète et répondra à toutes les questions posées. Cette étude, actuellement en phase d'appel d'offres, couvrira plusieurs aspects, notamment la manière dont les banques participatives peuvent attirer plus de dépôts, les outils de gestion de la liquidité qui peuvent être adoptés dans ce secteur, ainsi que d'autres aspects liés aux instruments de financement à développer, dans l'espoir de faire progresser ce secteur.
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