Société
Tout ce qu’il faut savoir sur l’épidémie de MPOX
20/08/2024 - 21:21
Khaoula Benhaddou
Depuis quelques jours, un nouveau virus inquiète les scientifiques et alerte les autorités sanitaires mondiales. Il s’agit du MPOX, anciennement appelé la variole des singes. Ce virus a poussé l’OMS à déclencher son plus haut niveau d’alerte sanitaire pour faire face à la flambée épidémique en Afrique qui a déjà fait 16000 malades et 548 morts depuis le début de l’année au Congo. Quel est ce nouveau virus? Faut-il s’inquiéter? Et pourquoi les laboratoires insistent sur la vaccination des adolescents? Éléments de réponse
La crainte de l’épidémie de MPOX s’intensifie dans plusieurs pays et rappelle le scénario de l’épidémie du Covid-19 qui a frappé le monde entier en 2020.
Cette crainte a augmenté suite à la recrudescence de la MPOX dans la République Démocratique du Congo (RDC) et dans plusieurs pays d’Afrique. Des cas ont également été enregistrés dans certains pays comme le Pakistan et les Philippines.
Suite à cette situation, le Directeur général de l’OMS a déclaré que la recrudescence de MPOX appelé également Monkeypox ou la variole simienne constituait une urgence de santé publique de portée internationale.
Qu’est-ce que le virus MPOX?
Selon le site de l’institut Pasteur, la MPOX est une maladie "initialement présente chez l’animal, notamment chez des rongeurs en Afrique, et qui circule désormais chez l’être humain… Cette maladie se présente comme une forme atténuée de la variole humaine, avec des symptômes moins graves et une létalité plus faible".
Ce n’est pas la première fois où l’OMS déclare la variole de singe comme une urgence de santé mondiale. En juillet 2022, l’Organisation a déclaré que l’épidémie MPOX est une urgence sanitaire mondiale, suite à sa propagation "extraordinaire" dans plus de 75 pays non endémiques.
Appartenant à la famille de la variole, le virus MPOX se transmet à l’être humain par un contact étroit avec une personne ou un animal infecté, ou par des produits contaminés.
Selon un document récent de la direction de l’épidémiologie de la lutte contre la maladie relevant du ministère de la santé et de la protection sociale, la transmission interhumaine "peut se produire par un contact direct avec des lésions infectieuses cutanées ou autres, par exemple des lésions de la bouche ou des organes génitaux. Cela inclut un contact notamment face-à-face (parler, respirer), via le toucher ou les rapports sexuels, mais aussi par gouttelettes respiratoires ou aérosols à faible portée nécessitant un contact proche prolongé."
Le virus peut également être transmis à une personne par le biais d’objets contaminés, comme "des vêtements ou des draps, par des blessures par objets tranchants dans le cadre de soins de santé ou dans des établissements communautaires, comme des salons de tatouage".
Toujours selon le document du ministère de la santé, les personnes atteintes de la variole simienne sont contagieuses et peuvent transmettre le virus tant que leurs lésions ne sont pas guéries et qu’une nouvelle couche de peau ne s’est pas formée. Des nouvelles données indiquent que les personnes infectées peuvent transmettre le virus jusqu’à quatre jours avant l’apparition des symptômes.
Symptômes et signes cliniques
La variole simienne humaine commence souvent par une combinaison de symptômes à savoir: fièvre, maux de tête, frissons, épuisement, asthénie, lymphadénopathie, maux de dos et douleurs musculaires. Mais chez certaines personnes, l’éruption cutanée est la première manifestation de la maladie.
"L’éruption cutanée commence par une lésion plate qui se transforme ensuite en vésicule pleine de liquide et qui peut être source de démangeaisons ou de douleurs. En guérissant, la lésion forme une croûte qui se dessèche et finit par tomber. Le nombre de lésions peut varier de quelques-unes à des milliers et un nombre croissant de lésions est corrélé à une gravité accrue de la maladie. Elles peuvent apparaître n’importe où sur le corps, y compris la paume des mains et la plante des pieds, le visage, la bouche ou la gorge, sur les organes génitaux, sur l’anus…", lit-on dans le document du ministère qui précise que la majorité des cas humains présentent des symptômes légers à modérés qui durent généralement de deux à quatre semaines, suivis d’un rétablissement complet.
La gravité de la maladie peut varier en fonction de la voie de transmission, de la sensibilité de l’hôte et de la quantité de virus inoculée.
Traitement et vaccination
Une fois le diagnostic posé, le médecin traitant évalue le cas du patient pour déterminer la gravité et les facteurs de risques. Les personnes présentant un risque accru de maladie grave peuvent nécessiter une hospitalisation en isolement et/ou un traitement antiviral.
Les autres patients doivent être isolés à domicile jusqu’à ce que l’éruption cutanée guérisse complètement avec un suivi par le professionnel de santé.
Selon le ministère de la santé, le traitement est "principalement symptomatique et de soutien notamment pour le soulagement de la fièvre, du prurit et la douleur, et hydratation, y compris la prévention et le traitement des infections bactériennes secondaires. Le Tecovirimat est le seul médicament antiviral indiqué pour le traitement des infections à orthopoxvirus, y compris la variole simienne; Le Brincidofovir et le Cidofovir sont d’autres options de médicaments antiviraux pour les cas graves, mais ils ont des effets secondaires importants", lit-on dans le document.
En ce qui concerne la vaccination, le ministère de la santé précise que le vaccin contre la variole simienne "peut contribuer à prévenir l’infection. Le vaccin doit être administré dans les quatre jours qui suivent un contact avec une personne ayant contracté la maladie (ou jusqu’à 14 jours en cas d’absence de symptôme). Ce vaccin est recommandé aux personnes à risque, notamment lors d’une flambée…"
Vaccination des adolescents
Face à la recrudescence de l’épidémie en Afrique, certains laboratoires appellent à la vaccination et plus précisément la vaccination des adolescents.
Contacté par SNRTnews, Mouad Mrabet, le coordonnateur du centre national des opérations d’urgence de santé publique du ministère de la santé, explique ce point; "l’OMS recommande la vaccination dans les pays les plus touchés par le virus soit en préexposition ou en post exposition. En ce qui concerne les raisons qui poussent certains laboratoires à appeler à la vaccination des adolescents, c’est probablement par prévention. Les personnes qui sont nées avant ou au début des années 80 ont déjà été vaccinées contre la variole et sont donc immunisées vu que les deux virus appartiennent à la même famille".
Cette explication est confirmée par l’institut Pasteur qui explique qu’au début des années 1980, suite à l’éradication mondiale de la variole humaine, la vaccination antivariolique a été arrêtée. Les personnes ainsi vaccinées bénéficient d’une protection estimée à 80% face au virus Mpox; il existe en effet une immunité croisée entre le virus Mpox et le virus de la variole humaine".
"La situation épidémiologique mondiale actuelle ne nécessite pas une vaccination de masse"
Pour l’épidémiologue Jaafar Heikel, la situation épidémiologique mondiale ne nécessite pas à ce jour une vaccination massive, à part dans les pays touchés; "la situation épidémiologique de MPOX ne nécessite pas une vaccination de masse ni au Maroc ni dans un certains pays européen. L’enjeu majeur, à mon sens, c’est d’abord une surveillance épidémiologique avec un système de veille et de riposte comme l’a fait le ministère de la santé marocain".
Dans ce sens, le spécialiste souligne qu’il faut d’abord "commencer par définir les cas, les détecter, les confirmer par PCR au niveau des laboratoires, et organiser le circuit de l’information. Il faut également éduquer et sensibiliser la population et préconiser les mesures barrières qui sont importantes dans cette situation à savoir l’isolement, le port des masques, la distanciation physique et rester à l’écart pendant au moins 21 jours et suivre le traitement nécessaire".
Et de conclure "lorsque la situation épidémiologique évoluera ce que je ne le souhaite pas, des mesures seront prises notamment avec la prescription des antiviraux qui existent déjà et également l’administration des deux doses de vaccin qui existe depuis 3 ans et qui a déjà été utilisé en 2022. Je crois qu’en matière de vaccination pour les adolescents, il ne faut pas se précipiter. Il faut avoir suffisamment de données et lorsque la situation épidémiologique l’exigera, il faut prendre toutes les mesures de contrôle et qui ne s’arrête pas uniquement à la vaccination mais aussi les gestes barrières".
Pour rappel, une source autorisée au ministère de la santé et de la protection sociale a confirmé qu'aucun cas de Mpox n'a été enregistré au Maroc depuis des mois.
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