Economie
À la recherche du poisson perdu
16/09/2025 - 09:11
Khaoula Benhaddou
Depuis plusieurs semaines, les étals de certains marchés se vident du poisson et plus particulièrement de leurs sardines et anchois, deux espèces très prisées par les consommateurs. Si les autres variétés de poissons restent disponibles, elles sont présentées à des prix jugés trop élevés.
"Le poisson est quasiment introuvable. Cela fait plusieurs jours que je viens chez le poissonnier du quartier sans trouver de marchandises. Selon lui, le poisson se fait de plus en plus rare. J'ai également cherché dans les marchés de Bourgogne et des environs en vain", témoigne Mohamed, croisé au marché de Loubila à Casablanca.
Quelques mètres plus loin, un vendeur ambulant confirme: "Habituellement, j’ai de la marchandise tout au long de la semaine, mais depuis quelque temps, le poisson est rare et je suis obligé de me présenter que deux fois par semaine. Souvent quand le stock est en baisse, le prix augmente".
Les raisons de la rareté
Contacté par SNRTnews, Larbi Mhidi, Président de la Fédération des chambres des pêches maritimes, confirme cette baisse notable du poisson et particulièrement les sardines et les anchois; "Plusieurs facteurs expliquent cette situation. D’abord, le changement climatique. Depuis cinq ou six ans, la température de l’eau a augmenté d’environ trois degrés. Or, les sardines et les anchois vivent normalement dans des eaux de 19 à 21°C et fuient dès que la température dépasse 23°C. Ils migrent alors vers d’autres zones plus adaptées."
La surexploitation des stocks halieutiques joue également un rôle. "En 2022, nous avions atteint 800.000 tonnes de sardines pêchées. À cela s’ajoutent la pêche illégale, et l’utilisation par certains pêcheurs des méthodes interdites comme certains filets destructeurs ou l’utilisation de projecteurs, particulièrement nuisibles. Ces pratiques mettent en péril la reproduction des espèces et accélèrent leur disparition", déplore Mhidi.
Une flambée des coûts de production
"Je ne comprends pas pourquoi je dois acheter des sardines à 30 dhs, du merlan à 80 dhs et des crevettes à 120 dhs alors que le Maroc bénéficie d’un littoral qui dépasse les 3500 km", déplore Fatima, une mère de famille
Larbi Mhidi justifie cette hausse de prix par plusieurs facteurs; "quand la demande dépasse l’offre, cela entraîne mécaniquement une hausse des prix, mais d’autres facteurs aggravent la situation. Par exemple, le coût d’une sortie en mer a augmenté de 30 à 40% à cause des guerres et de la hausse du carburant. Une hausse qui a son impact sur le prix de plusieurs produits indispensables comme la glace pour conserver le poisson, mais aussi les filets. Je tiens à préciser que ce produit nous revenait à 60 millions de centimes alors qu’il coûte aujourd’hui le double, en raison de l’augmentation du prix du fil nylon qui est passé de 107 dhs le kilo à 154 dhs", détaille Mhidi.
Les stocks eux-mêmes reculent fortement; "De Dakhla à Agadir, la sardine a baissé de 40 à 45%. On en trouve encore un peu entre Safi, Essaouira et El Jadida, tandis que le nord, de Larache à Tanger, offre quelques anchois et maquereaux. La Méditerranée, en revanche, est presque vide: les stocks de sardines n’y dépassent pas 6%. Un autre fléau complique la donne: le dauphin appelé 'negro' (noir), qui détruit les filets de pêche dans certaines zones", explique le professionnel.
Le poids des intermédiaires
À cette conjoncture difficile s’ajoute la question de la distribution. "Le nombre trop élevé d’intermédiaires fait grimper les prix entre le port et le consommateur. Nous avons demandé la révision de la loi 14-08 afin de réduire ces intermédiaires. Je tiens à préciser que les mareyeurs, doivent faire face aux taxes, aux impôts et aux charges liées à la conservation. Tout cela se répercute sur le prix final payé par le consommateur", conclut le responsable qui appelle à revoir le système de commercialisation et à fixer une marge bénéficiaire.
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