Technologie
Au nom de la liberté d'expression...
14/01/2025 - 19:42
Jamal El Khanoussi
Le 20 janvier 1981, le président américain Ronald Reagan est entré à la Maison-Blanche après avoir remporté les élections présidentielles. À l’époque, le monde s’inquiétait pour l’avenir de la planète. Beaucoup redoutaient qu’un «acteur raté» puisse diriger la plus grande puissance mondiale et qu’un «cow-boy», dégainant plus vite que son ombre, détienne les codes de l’arsenal nucléaire.
Près d’un demi-siècle plus tard, le monde fait face à d’autres types de bouleversements. Premièrement, il a été révélé que les autorités chinoises envisageraient la possibilité qu’Elon Musk, génie ou fou (le doute persiste), rachète la filiale américaine de TikTok. Une information dont la crédibilité reste encore à vérifier.
Deuxièmement, Mark Zuckerberg, président de Meta, est apparu le 7 janvier sur son compte Facebook, vêtu de son traditionnel t-shirt en coton, emblème des milliardaires de la Silicon Valley. Il a annoncé un changement majeur dans la politique de Meta, propriétaire de Facebook, Instagram et WhatsApp. Selon lui, les dernières élections américaines marquent un «tournant culturel» priorisant à nouveau la «liberté d’expression». Il a précisé que son groupe réviserait ses règles sur le contenu publié sur ses plateformes en les simplifiant et en levant certaines restrictions sur des sujets comme l’immigration ou le genre. En clair, il s’agit d’abandonner le contrôle des informations factuelles et de le remplacer par des annotations laissées par les utilisateurs, comme cela se fait sur la plateforme X, propriété de Musk.
Ce choix de citer X n’est pas un hasard. Il envoie un message clair: Zuckerberg s’aligne avec Musk et les courants ultraconservateurs qu’il soutient ouvertement, en opposition aux idées progressistes de la gauche dite «woke».
Cette déclaration de Zuckerberg n’est pas un simple communiqué. C’est le signe d’un changement global qui propulse le monde vers une nouvelle ère aux conséquences imprévisibles. Autrefois connu pour ses penchants progressistes, similaires à ceux de Google ou Apple, Zuckerberg démontre désormais que le capital est lâche. Il n’a pas résisté à l’influence de Donald Trump, ancien président des États-Unis, ni à celle d’Elon Musk, «l’homme le plus puissant du monde».
Au nom de la liberté d’expression, Zuckerberg a justifié ce tournant stratégique à un moment où le monde espérait une régulation accrue des réseaux sociaux. Les attentes portaient sur une meilleure gestion des publicités politiques, la protection des données, la lutte contre les fake news, et une transparence accrue dans les campagnes électorales.
Mais ce bouleversement ouvre la porte à un déferlement de désinformation, de manipulations électorales, et d’interférences algorithmiques façonnant le monde selon les désirs de Musk, Zuckerberg et leurs semblables. Il convient de rappeler le rôle de Facebook dans le Printemps arabe, qui s’est retourné contre la région comme une malédiction, ou encore le scandale Cambridge Analytica. Cette société a exploité les données personnelles de millions d’utilisateurs Facebook sans leur consentement pour influencer leurs choix électoraux, notamment lors du Brexit.
Ajoutons à cela le rôle joué par Facebook dans l’élection de Donald Trump en 2016. Par ses publicités politiques ciblées, la plateforme de Zuckerberg a eu un impact déterminant sur les campagnes électorales. Cependant, après l’attaque du Capitole en 2021 par des partisans de Trump, Facebook a supprimé son compte, déclenchant une rivalité entre les deux hommes.
Aujourd’hui, la nouvelle posture de Zuckerberg traduit un opportunisme et un manque de conviction face aux vents favorables à Trump et Musk.
Au nom de la liberté d’expression, les réseaux sociaux pourraient devenir un terrain sans règles ni contrôle, où minorités et individus seraient constamment ciblés.
Au nom de la liberté d’expression, on assistera à une explosion des discours haineux, du harcèlement en ligne, des contenus violents et de la pornographie.
Le véritable danger du XXIe siècle ne réside plus dans des hommes détenant des codes nucléaires, mais dans des détraqués qui contrôlent X, Facebook, et, pourquoi pas, TikTok, pour transformer le monde selon leur vision.
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