Technologie
Brain rot: quand le scroll grignote le cerveau
18/02/2026 - 23:11
Meriem Khaer
Brain rot, ou pourriture du cerveau, est une expression venue de la culture numérique qui signifie l'effet d’une consommation excessive de contenus courts, répétitifs et souvent dépourvus de profondeur, diffusés sur les réseaux sociaux.
Désigné mot de l’année 2024 par l’Oxford University Press, l’éditeur du Oxford English Dictionary, à l’issue d’un vote public auquel ont participé plus de 37.000 personnes, le terme "Brain rot" est défini comme la détérioration supposée de l’état mental ou intellectuel d’une personne due à la consommation excessive de contenus jugés triviaux ou peu stimulants, notamment en ligne sur les réseaux sociaux.
Utilisé de façon informelle, "Brain rot" reflète une inquiétude croissante concernant l’impact de cette consommation répétitive de contenus courts et sans profondeur sur la façon d’utiliser le temps libre.
L’addiction au défilement interminable et à la consommation passive de vidéos courtes diffusées sur les réseaux sociaux s’accompagne fréquemment d’un autre phénomène: le FOMO "Fear of Missing Out", ou la peur de manquer une information importante. Cette angoisse pousse à rester constamment connecté et à consommer toujours plus de contenus. Selon une étude relayée en 2024, près de 69% des personnes seraient influencées par ce sentiment, ce qui contribue à fragiliser l’équilibre mental et émotionnel.
Au quotidien, ce mode de consommation peut entraîner une surcharge cognitive aux effets bien réels. Les algorithmes, conçus pour capter l’attention, enferment les utilisateurs dans une boucle de contenus répétitifs. Progressivement, plusieurs signes peuvent apparaître : difficulté à se concentrer sur une seule tâche, incapacité à lire des textes longs, baisse de créativité liée à une posture de consommation passive, diminution de l’estime de soi, ou encore augmentation de l’anxiété et de la frustration.
Face à cette surstimulation, les experts indiquent qu'il est important de reprendre le contrôle de ses usages numériques. Adopter une consommation consciente de l’information constitue une première étape. Se fixer un objectif avant d’ouvrir son smartphone, privilégier des sources fiables et limiter le temps de recherche permettent d’éviter le défilement automatique.
Instaurer des règles simples, comme déposer son téléphone en rentrant chez soi ou activer le mode avion, favorise également une meilleure gestion du temps et encourage un rapport plus sain aux écrans.
Mettre en place un plan d’action progressif peut aider à rééquilibrer les habitudes: réduire les notifications, consacrer un temps quotidien à la lecture, écouter des podcasts sans solliciter constamment son téléphone, ou encore investir davantage dans des activités hors ligne. Ces ajustements contribuent à libérer l’esprit et à redonner de la place au monde réel.
Dans son ouvrage "Génération anxieuse", le psychologue social "Jonathan Haidt" appelle d’ailleurs à "investir mieux et plus le monde réel". Il invite à redécouvrir l’expérience concrète du quotidien et à encourager les jeunes générations à renouer avec des activités physiques, sociales et créatives. Sans prôner un rejet des technologies, cette approche souligne l’importance d’un usage modéré et réfléchi des écrans.
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