Société
Chouaib, le "prof" qui traque les fautes dans l’espace public
24/03/2026 - 00:09
Tharae Merzouq
Il le dit d'emblée : ne l'appelez pas « influenceur ». Pour Chouaib, ce mot ne veut pas dire grand-chose. Lui se voit d'abord comme un prof de français. Sa mission ? Sortir la langue des salles de classe pour la rendre à tout le monde, sans chichis ni complexes.
Un parcours 100% marocain
Chouaib est un pur produit de l'école publique. Son parcours est solidement ancré à Casablanca : le lycée Mohammed V, puis la faculté de lettres d'Aïn Chock. Il y décroche une licence en communication, suivie d'un master en sociologie. C’est sans doute ce mélange entre les lettres et l’étude de la société qui explique son regard singulier sur ce qui nous entoure.
Pourtant, avant de lire les classiques, il y a eu les mangas, Tintin, Picsou et la saga Harry Potter. "C’est comme ça que tout a commencé", s’amuse-t-il. C’est cette culture populaire qui l’a mené, presque par accident, vers la littérature. Quant à la linguistique pure ? Très peu pour lui. Il l’avoue sans détour : "Je trouvais ça barbant. Mon truc, c’est l’histoire, le récit."
La correction comme acte militant
Tout a basculé quand il a décidé de braquer sa caméra là où personne ne regardait : les fautes d'orthographe dans l'espace public.
"J’ai commencé par les affiches de pub, les panneaux de signalisation, les emballages de produits..." Un vrai travail de détective. Très vite, la sauce prend sur les réseaux sociaux. Ses abonnés se transforment en envoyés spéciaux et lui partagent leurs propres trouvailles : des coquilles de personnalités publiques ou des erreurs monumentales sur des enseignes officielles. Pour Chouaib, l'idée est simple : si une erreur peut devenir virale, sa correction peut l’être aussi. Et c'est bien plus utile.
Parler français : un choix, une responsabilité
Pour faire passer le message, Chouaib mise tout sur l’ironie. "Les gens retiennent par l'humour ce qu'ils ne retiennent pas par les moyens ennuyeux et rébarbatifs", explique-t-il. Mais au-delà de la traque aux fautes, son message est plus nuancé qu'il n'y paraît. Il ne s'agit pas d'imposer le français à tout bout de champ.
"J’invite mes concitoyens à éviter de parler français quand ce n’est pas nécessaire, mais à l’apprendre et à le parler brillamment quand il le faut", précise-t-il. Une approche pragmatique : ni puriste rigide, ni défenseur acharné d'une langue à tout prix. Pour lui, maîtriser le français est avant tout un outil pour convaincre et s'imposer là où il est attendu. Et si, au passage, cela permet de nettoyer nos murs et nos fils d'actualité de quelques milliers de fautes, le pari sera gagné.
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