Art & Culture
Comment expliquer l’absence des films marocains des plateformes de streaming?
25/02/2025 - 10:18
Khaoula Benhaddou
Les plateformes de streaming révolutionnent le paysage cinématographique. Avec un simple abonnement, ces dernières permettent à un large public de visionner les dernières productions internationales. Cependant, les productions marocaines ne trouvent toujours pas leur place sur ces plateformes.
Netflix, Apple Tv, Disney Plus, Amazone… sont, entre autres, des plateformes de streaming qui offrent aux cinéphiles la possibilité de visionner en un seul clic les dernières productions internationales.
Si certains pays ont réussi à présenter leurs productions sur ces plateformes, le produit marocain est quasi absent.
Contacté par SNRTnews, le réalisateur marocain Noureddine Lakhmari explique les raisons de l’absence des productions nationales des plateformes de streaming: "Je pense que c'est le mindset que nous avons de la production au Maroc. À titre d’exemple, certains producteurs demandent qu'une série soit prête en quelques jours seulement. Or, on ne peut pas présenter un produit de qualité en si peu de temps. Quand on prend le temps pour bien écrire, bien tourner, bien faire de la post-production, automatiquement, on présente un produit de qualité".
La qualité, c’est le secret de polichinelle
Pour Noureddine Lakhmari, les productions marocaines ont un long chemin à faire avant d’être diffusées sur les plateformes de streaming; "On ne peut être en concurrence avec les grands si on écrit un scénario en 3 semaines et on tourne en 7 jours avec un petit budget. Nos productions doivent respecter un certain nombre de critères pour rivaliser avec les autres produits diffusés sur les plateformes."
Que présenter?
Noureddine Lakhmari revient sur un dilemme auquel font face les réalisateurs marocains; "Aujourd'hui, il y a beaucoup de plateformes VOD qui veulent des films de divertissement ou des films de folklore. Et les cinéastes marocains font face à ce dilemme: faut-il raconter des histoires qui nous sont proches? Ou est-ce qu'on va raconter l'histoire qu’ils veulent montrer de nous? Doit-on présenter des films à la fast-food, des films folkloriques ou traiter des sujets de société qui reflètent notre société?".
Et d’expliquer: "Je pense que si on commence à raconter nos propres histoires, si on s'occupe uniquement de notre public à nous, si on parle très bien avec notre public, le monde va venir nous chercher. Par contre, si on fait un film juste pour plaire aux autres et traiter les sujets qui les intéressent et qu'on reste dans ce cinéma de Sud, comme on l'appelle, ça va peut-être plaire, mais on ne va jamais s'imposer comme ont fait certains pays comme la Turquie, le Mexique, l'Iran, la Corée du Sud. Pour cela, il faut créer un vrai débat sur le contenu dans nos productions, et ça, c'est la responsabilité de tout le monde".
Plateformes de streaming, une arme à double tranchant
Si Noureddine Lakhmari pointe du doigt la qualité de certaines productions nationales, le critique cinéma Mohamed Bakrim se félicite de l’absence des films marocains des plateformes étrangères; "je pense que c’est une bonne chose, parce que les plateformes, non seulement elles font bénéficier au cinéma une nouvelle audience, peut-être sur le plan international, mais n'oublions pas qu'elles dictent aussi une manière d'écriture et d'aborder le récit ou le scénario. Donc, c'est une arme à double tranchant."
Et expliquer "Bien sûr, un film qui passe sur une plateforme, il pourrait bénéficier d'une renommée, d'une nouvelle audience, mais n'oublions pas que pour Netflix, par exemple, ils dictent des conditions qui limitent, l'audience à une certaine région. Non seulement ils dictent une manière d'écrire le scénario, mais ils imposent aussi une régionalisation de la réception. Par exemple, l'abonné marocain de Netflix n'a pas la même liste de films que l'abonné français ou américain. Donc, moi, je trouve que c'est déjà une sorte de mainmise sur les productions".
Pour Mohamed Bakrim, la meilleure façon c’est de réussir sur le plan national; "je suis réticent vis-à-vis de cela. A mon avis, la meilleure façon d'accéder à l'universel, c'est de réussir sur le plan local. Les grands films qui cartonnent dans leur pays ont de fortes chances de réussir sur le plan international. Par contre, il y a beaucoup de films qui réussissent sur le plan international, mais ils bénéficient d'une audience faible dans leur pays d'origine."
Quid de la qualité?
Pour Mohamed Bakrim, la qualité n’est pas un critère pour être présent sur les plateformes de streaming; "Ces plateformes présentent des produits qui ne sont pas forcément de grande qualité, pourtant ils cartonnent. Ils ont d'autres critères pour choisir un film, pour qu'il passe dans leur programmation, d'autant plus que c'est une programmation limitée sur le plan de son écriture et également de sa zone géographique."
Et de conclure "Un film marocain inscrit sur Netflix ne passera pas nécessairement chez un public taïwanais ou américain, même s'il est sous-titré en anglais. Peut-être qu'au niveau de son pays d'origine, il va élargir son audience. C'est le cas du film de Hicham Laasri qui est devenu tendance grâce au public marocain qui a vu le film. J'espère qu'il y a parmi ce public, qui a fait le succès du film sur la plateforme, un public d'un autre univers et d'autres pays."
Pour rappel, les plateformes de streaming attirent une importante audience au Maroc. Pour preuve, la plateforme marocaine Forja, relevant de la SNRT, connait un succès fulgurant auprès du public.
Lancée en mai dernier, la plateforme a atteint plus de 1.574.000 de téléchargements. Forja, qui propose un contenu varié comprenant des émissions télévisées, des films et des séries, a remporté le grand prix de l’innovation numérique à l’African Digital Summit.
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