Economie
Comment porter la part du privé aux deux tiers de l’investissement total?
24/02/2022 - 13:53
Imane BenichouUne nouvelle Charte de l'investissement est en préparation. Ses grandes lignes, qui ont été exposées il y a quelques jours devant S.M. le Roi Mohammed VI, insistent sur l'importance de l’investissement privé qui doit représenter les deux tiers de l'investissement total. Le point avec le fiscaliste et ancien président de l'Université de Settat, Mohamed Rahj.
SM le Roi Mohammed VI a lancé, mercredi 16 février 2022, un projet qui s’inscrit dans l’esprit et l’ambition du Nouveau modèle de développement, se fixant comme objectif d’inverser la tendance actuelle où l’investissement privé représente près d’un tiers seulement de l’investissement total, l’investissement public représentant les deux tiers. Il prévoit ainsi de porter la part de l’investissement privé aux deux tiers de l’investissement total à l’horizon 2035.
"L’objectif de la charte de l’investissement ne sera pas atteint tant que l’investissement au Maroc reste dominé par les investissements publics", a affirmé à SNRTnews le fiscaliste et ancien président de l'Université de Settat, Mohamed Rahj, soulignant que 32% du PIB est réservé à l’investissement, dont deux tiers à l’Etat, aux entités territoriales et aux établissements publics et un tiers est réservé au privé, dont une bonne partie concerne l’investissement privé étranger.
Améliorer l'environnement de l'investissement
"Il faut améliorer l’environnement de l’investissement et surtout prendre des décisions courageuses pour lutter contre un ensemble de fléaux qui gangrène l’investissement au Maroc", a souligné le fiscaliste, citant l’intervention du wali de Bank Al- Maghrib (BAM), Abdellatif Jouahri, devant la Commission des finances et du développement économique à la Chambre des Représentants, mardi 15 février.
Intervenant lors de cette rencontre, Jouahri a pointé du doigt une série d’obstacles qui entravent le développement des entreprises, notamment la corruption. En effet, selon l’indice de perception de la corruption établi par Transparency International, le Maroc a enregistré un recul pour la 3e année consécutive à la 87e place sur 180 pays en 2021, perdant ainsi 14 places par rapport à 2018.
"La corruption reste un fléau qui dérange tous les acteurs", a commenté Rahj, donnant l’exemple de la Chine qui a réussi à lutter contre la corruption.
Pour Rahj, seuls les institutions, les procédures et les différents acteurs peuvent rendre l’environnement de l’investissement "favorable". "Dans le cadre de la nouvelle régionalisation et la nouvelle politique des territoires, comment on peut convaincre le capital privé à aller investir dans les coins les plus reculés alors que l’essentiel des consommateurs se trouvent concentrés dans la région de Casablanca-Rabat et l’axe de Tanger ?", s’est-il encore interrogé.
Pour le professeur universitaire, il faut faire de telle sorte que l’Etat revienne à sa mission initiale qu’est l’Etat régalien, "qui va s’occuper de tout ce qui touche la sécurité et la défense mais également les infrastructures. C’est toute une problématique".
"Il est nécessaire, comme l’avait annoncé le NMD, de mettre fin à l’économie de la rente et des privilèges. J’imagine mal un investisseur qui va investir dans un secteur où l’économie de la rente domine. Ces problèmes ont dépassé le domaine de l’économie pour aller vers les secteurs politique, social et culturel", a-t-il poursuivi.
Les recommandations du NMD
Après avoir dressé l’état des lieux du cadre macroéconomique du Royaume, le Nouveau Modèle de Développement (NMD) a appelé à maximiser l’effet de levier sur le secteur privé national et international. L’objectif à horizon 2035 ? Porter la part de l’investissement privé national et étranger dans l’investissement total à 65%.
"Même dans l’hypothèse d’une politique budgétaire assouplie et d’un recours accru à la dette, le financement public restera confronté à court-moyen terme à des contraintes élevées, et en deçà des besoins", avait fait état le rapport du NMD, précisant ensuite qu’il est nécessaire d’associer de plus en plus le secteur privé et les acteurs institutionnels au financement du développement et de l’économie.
Pour le NMD, cela passera par l’élargissement de l’espace pour l’investissement privé et institutionnel national et étranger dans l’économie et les infrastructures, à travers l’ouverture accrue de certains secteurs structurants, le renforcement de l’attractivité à travers une amélioration de la compétitivité et une démarche de dé-risking.
Le rapport fait également appel à la participation du Fonds Mohammed VI comme partenaire pour l’investissement privé national et étranger, à la préparation de projets PPP bancables, au profil de risque attractif pour l’investissement et également aux montages de financement de projets innovants pour le marché marocain.
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