Economie
Construction du port de Dakhla Atlantique: digues, quais et hydrogène vert pour un hub africain
07/11/2025 - 11:51
Abderrahim Smougni | Fahd MerrounCreuser ce qui ressemble à une route au milieu de la mer et remblayer des fonds atteignant 20 mètres pour ériger une plateforme au large est-il risqué?
Pour un ingénieur civil marocain rompu aux ouvrages maritimes, la réponse est non, à condition d’éviter toute certitude confortable: l’efficacité d’un port ne se mesure vraiment qu’à son achèvement et à sa mise en service.
Sur le chantier du port de Dakhla Atlantique, ingénieurs et ouvriers redoublent d’efforts pour concrétiser ce projet et attendent le jour où les premiers navires accosteront et où des filiales de groupes internationaux s’y implanteront. L’achèvement est prévu en 2028. L’enthousiasme est palpable, et comme le résume l’ingénieur Amine Jomar, il ne s’agit pas d’un chantier ordinaire, mais d’une "mission spéciale" au service de l’avenir d’une région stratégique et d’un pays sûr, décidé à ancrer sa dimension africaine et à poursuivre son ouverture sur le monde.
En octobre 2021, l’Agence Nationale des Ports a retenu un site désertique à plus de 50 km au nord de la ville de Dakhla pour édifier ce méga-port, appelé à devenir un véritable cadeau pour toute la région. Les décideurs n’imaginaient pas alors que le projet, dès sa construction, ferait bondir la cote de Dakhla et de la région Dakhla-Oued Ed-Dahab. La zone est devenue un lieu de pèlerinage diplomatique et un pôle d’espoir pour les investisseurs. Tous mesurent sa portée: un rayonnement qui touche le cœur du continent africain et traverse l’Atlantique jusqu’à l’Amérique du Sud.
Sur place, le vacarme des tombereaux et le bruit sourd des enrochements largués au bord de l’Atlantique pour édifier les plus grandes digues du port rompent le silence du désert. Rien ne couvre le vrombissement des moteurs ni les avertisseurs de recul qui guident les bulldozers géants remblayant l’océan et gagnant sur la mer une terre-plein qui a déjà atteint près de 4 kilomètres de long (sur un objectif de 7 kilomètres) au mercredi 5 novembre. Le taux d’avancement global du port de Dakhla Atlantique est de 44 %. Selon Omar Abargaz, chef du département développement administratif et financier, la phase la plus délicate fut le démarrage ; désormais, le rythme est soutenu et maîtrisé. Plus qu’un chantier stratégique, Dakhla Atlantique fonctionne comme un écosystème industriel intégré.
L’énergie utilisée est produite localement. Les blocs en béton servant de carapaces de protection pour amortir la houle sont fabriqués sur site: 200.000 unités sont prévues, soit davantage que la population de Dakhla. Le ciment provient de Laâyoune, et les enrochements destinés aux remblaiements et aux trois digues sont extraits de carrières situées à seulement 15 km du site. Environ 1.800 travailleurs, tous Marocains, y œuvrent et vivent dans un village doté d’hébergements et de services (boulangerie, hammam, terrain de football). Amine Jomar précise qu’après une année 2024 centrée sur la construction de la passerelle maritime de 1.300 mètres (aujourd’hui achevée à plus de 80 %), l’année 2025 est consacrée aux ouvrages portuaires: digue principale et digues secondaires, renforcement par blocs en béton, lancement du creusement et de la division des trois bassins, réalisation des dalles de quai, des enrochements et des ouvrages de protection.
Le budget du port de Dakhla Atlantique s’élève à 12,6 milliards de dirhams. Il comprend 6.750 m d’ouvrages de protection, avec des profondeurs atteignant 17 m. Côté infrastructures d’accostage et terre-pleins, le port commercial dispose de 694 m de quais à -16 m, de 180 m de quais de services, d’un poste pétrolier de 115 m à -16 m, d’un poste dédié aux véhicules de 45 m à -16 m, ainsi que de 30 hectares de terre-pleins. Le port de pêche aligne 1 583 m de quais à -12 m et 26,1 hectares de terre-pleins.
Le chantier de réparation navale comprend 207 m de quais à -12 m, un bassin de 14 m sur 60,15 m à -12 m, une cale de halage de 15 m sur 100 m et 11,95 hectares de terre-pleins. Pour Omar Agarbaz, le projet présente un risque maîtrisé: au pire, le port rendra des services vitaux à la pêche hauturière et à la réparation des grands navires, faisant gagner temps et argent aux armateurs qui se rendaient jusqu’ici à Agadir. Dans les faits, les résultats actuels dépassent les prévisions initiales. Dakhla Atlantique bénéficie déjà d’une réputation internationale avant même sa mise en service et suscite un intérêt marqué des acteurs mondiaux. L’offre marocaine en hydrogène vert renforce encore l’attractivité du projet, d’autant que Dakhla dispose d’excellentes ressources en énergies propres — soleil et vent. En ligne de mire : faire de Dakhla Atlantique un hub logistique et industriel majeur sur le corridor atlantique africain d’ici 2028.
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