Société
Covid-19: course aux vaccins et riposte des variants
09/05/2021 - 13:47
SNRTnews
Le nouveau coronavirus a évolué et a progressivement muté. De nouveaux variants ont été identifiés et sont en cours d'étude et les cas de Covid-19 résultant d'une infection par ces variants s'accumulent dans le monde. SNRTnews fait le point sur la situation actuelle de l’épidémie au Maroc et dans le Monde.
La course aux vaccins continue à des vitesses différentes : au moment où les pays occidentaux puisent de leur puissance pour acquérir des vaccins, à défaut de pouvoir les fabriquer, les pays les plus pauvres restent à la merci des laboratoires et de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). Celle-ci œuvre, dans le cadre de son programme Covax, à délivrer un strict minimum de doses aux pays les plus démunis pour leur permettre de garantir un minimum d’immunité. Il s’agit là d’une guerre d’influence qui rappelle la valeur de chaque pays dans l’échiquier international.
En même temps, le nouveau coronavirus a évolué et a progressivement changé. Depuis son apparition en décembre 2019, plus de 30.000 mutations ont été enregistrées dans une base de données créée par la structure GISAID (Global Initiative on Sharing Avian Influenza Data), pour la collecte de données sur SARS-CoV-2. La grande majorité des mutations du virus sont sans conséquence et ne modifient pas son comportement.
Or, en septembre 2020, un nouveau variant, lignée B.1.1.7, "plus infectieux" a été détecté en Angleterre par le consortium scientifique britannique Covid-19 Genomics UK (COG-UK). Depuis, d'autres variants ont été identifiés et sont en cours d'investigation. Alors que les cas de Covid-19 résultant d'une infection par ces variants s'accumulent dans le monde, la question se pose sur l’efficacité des vaccins contre le nouveau virus développés jusqu’à présent sur ces nouveaux variants. D’après plusieurs scientifiques, les vaccins actuels ont été conçus autour de versions antérieures du coronavirus, et devraient encore fonctionner, bien que peut-être moins bien.
L’état des lieux de la vaccination au Maroc
Une campagne nationale de vaccination contre le virus de la Covid-19 a été lancée par SM le Roi Mohammed VI. Gratuite pour l’ensemble des citoyens, cette campagne se déroulera de façon progressive et par tranches et bénéficiera à l’ensemble des citoyens marocains et résidents de plus de 17 ans.
Le ministre de la Santé, Khalid Ait Taleb, avait annoncé, jeudi 24 décembre, devant le Conseil de gouvernement, l'acquisition de 65 millions de doses de vaccin. La population ciblée par cette campagne de vaccination s'élève à 25 millions de personnes.
Le Maroc a ainsi attribué des autorisations d'urgence à Astrazeneca-Inde, Astrazeneca-Corée du Sud, Sinopharm et Sputnik V pour assurer une diversité d'approvisionnement qui permettra de ramener le maximum de doses et d'assurer l'immunité collective. Jusqu’à présent, le Royaume a pu se procurer plus de 9 millions de doses et a vacciné plus de quatre millions de personnes. Le nombre global de vaccins administrés a atteint, jusqu’au moment de l’écriture de ces lignes, 9.680.954 dont 4.346.867 en tant que deuxième dose.
Lors d'un entretien par visioconférence entre le président de la Chambre des représentants, Habib El Malki et le président du Comité permanent de l'Assemblée nationale populaire chinoise, Li Zhanshu, ce dernier avait annoncé que son pays veillerait à approvisionner le Maroc d’environ 10 millions doses de vaccins pendant les mois d'avril et de mai de cette année. Un nouveau lot de vaccins anti-Covid19 du laboratoire chinois Sinopharm est alors arrivé lundi 26 avril 2021 au Maroc. Cette nouvelle cargaison a permis au royaume de poursuivre sa campagne de vaccination à un rythme plus élevé, après un ralentissement dû à un manque d'approvisionnement.
Le Maroc a aussi bénéficié du mécanisme COVAX, en collaboration avec l’OMS, l’UNICEF et la Coalition pour les innovations en matière de préparation aux épidémies ainsi que d’autres partenaires. Il a reçu, jeudi 8 avril, un premier lot de 307.200 doses du vaccin contre la Covid-19 sur les 530.000 doses qui seront livrées dans un premier temps au royaume. Il convient de souligner que le mécanisme COVAX consacre 1,61 million de doses au Maroc.
Variants
À ce stade de l’épidémie, quatre variants ont été détectés en Inde, en Angleterre, en Afrique du Sud et au Japon. Le variant indien a été détecté dans au moins 17 pays, selon l’OMS. Le Britannique a ciblé 125 pays. Le Sud-Africain a touché 75 et le Brésilien a ciblé 41 pays. Ce dernier a été baptisé ainsi après sa contraction par des voyageurs brésiliens. D’après l’OMS, la transmissibilité ainsi que la virulence de ces trois derniers variants se sont accrues, contribuant alors à l’aggravation d’une situation épidémique qui se doit d’être gérée au plus vite et contrôlée.
Ce nouveau variant est actuellement en cours d'étude. Il n’a pas pour le moment été désigné comme "variant préoccupant". L'OMS estime qu'il est urgent d'approfondir les études sur ce variant. D'autres études portant sur des échantillons de taille limitée suggèrent une augmentation potentielle de la transmissibilité, conclut l'OMS.
La lignée B.1.617, le nom scientifique donné au variant indien, contient deux mutations clés, appelées E484Q et L452R. Ces deux mutations sont présentes séparément dans de nombreux autres variants du coronavirus, mais c'est la première fois qu'elles sont présentes ensemble.
La lignée B.1.1.7, variant anglais/britannique comporte un nombre inhabituellement élevé de mutations. Elle diverge considérablement des autres lignées existantes, avec 17 mutations et changements dans le génome.
D’après un rapport publié par les chercheurs de l'Imperial College de Londres, le 31 décembre dernier, cette nouvelle souche est associée à un taux de reproduction du virus (nombre moyen de nouveaux cas causés par une personne infectée dans une population sans immunité) entre 0,4 et 0,7 supérieur au virus habituel. Pour la London School of Hygiene and Tropical Medicine (LSHTM), le variant britannique serait 50 à 74 % plus contagieux.
Pour sa part, le variant sud-africain aurait un niveau de transmission peut être moins élevé que le variant anglais, mais serait 50% plus contagieux que la souche classique du Sars-Cov-2, selon le professeur Salim Abdool Karim, épidémiologiste et coprésident du comité scientifique au ministère de la Santé sud-africain, cité par la chaîne sud-africaine SABCNews.
La découverte de ce variant, baptisé B.1.351, a été rendue publique par le ministère de la Santé sud-africain le 18 décembre. Il peut être responsable de réinfections chez des patients ayant déjà eu la Covid. Le ministre de la Santé français Olivier Véran l’avait annoncé lors d'un point presse le 11 février. "Le virus muté arrive à contourner l'immunité", a-t-il précisé.
Selon le Conseil scientifique de Covid-19 en France, seuls les variants sud-africains et brésiliens présentent en plus la mutation en position 484 (E484K) qui entraîne un échappement immunitaire significatif, notamment lorsqu'elle est associée à d'autres modifications de la protéine S.
Pour le variant Brésilien B.1.1.28.1 (P1), possédant environ 35 mutations, notamment la mutation E484K dans la protéine S, il permet au virus de se fixer sur les cellules qu’ils infectent. Le variant a été pour la première fois identifié le 11 janvier 2020 au Japon chez des voyageurs en provenance d’Amazonas, état du nord du Brésil.
Selon une étude menée par des épidémiologistes de l’Université fédérale de Santo André, publiée le 23 mars 2021 sur le site medRxiv, le variant brésilien est 2,6 fois plus transmissible que la souche de référence.
Et un variant marocain...
Le professeur Azeddine Ibrahimi a annoncé la découverte du premier variant marocain de la Covid-19 à Ouarzazate. Baptisé «B.1.528», ce variant du SARS-COV-2 a été classé comme un génome 100% marocain.
"Le dispositif mis en place par le ministère de la Santé a permis la détection et la confirmation de la circulation du variant britannique et sa propagation dans 7 régions du royaume. En effet, le séquençage du génome complet a permis la confirmation de la présence de mutations signatures du variant britannique", avait annoncé, dimanche 4 avril, le ministère de la Santé dans un communiqué, en réaction aux déclarations du professeur Ibahimi.
"À ce jour, 89 souches B.1.1.7 ont été assignées, et aucun autre variant préoccupant n’a été confirmé au Maroc", a expliqué le département de Khalid Ait Taleb, qui se voulait rassurant, mais appelait à la vigilance.
"Le variant marocain n’a aucune implication clinique ou épidémiologique. Ce variant n’est ni plus contagieux, ni moins contagieux, ni plus grave, ni moins grave", avait déclaré Tayeb Hamdi, médecin et chercheur en politiques et systèmes de santé à SNRTnews, précisant qu’"on ne peut même pas comparer le variant marocain aux variants britannique, sud-africain ou brésilien. On le compare seulement à la souche dominante parce qu’il est similaire à celle-ci. C’est un variant qui n’a pas beaucoup d’intérêt, si ce n’est pour la communauté scientifique ".
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