Politique
Dans la perspective des élections: Les réseaux sociaux donnent-ils une voix aux jeunes?
07/04/2026 - 12:12
Khaoula Benhaddou
À l’approche des échéances électorales, une question s’impose: les jeunes passeront-ils du virtuel aux urnes? Likes, partages et hashtags se traduiront-ils par un engagement réel et massif?
Dans un entretien accordé à SNRTnews, Ali Lahrichi, doyen de l’Institut des sciences politiques, juridiques et sociales de l’Université Mondiapolis, dresse le portrait d’une génération ultra-connectée, mais encore peu présente dans les structures politiques traditionnelles.
Comment définissez-vous la participation politique virtuelle des jeunes aujourd’hui?
Si l’on part du principe que la participation politique est l’activité par laquelle les citoyens entrent en contact avec la vie politique, on peut dire qu’aujourd’hui, à travers le monde virtuel et les nouveaux outils informatiques, les jeunes ont davantage accès à cette vie politique. Que ce soit via les plateformes, les réseaux sociaux ou d’autres supports, ils peuvent s’informer, exprimer leurs opinions, débattre, voire se mobiliser. On observe d’ailleurs de nombreuses formes de mobilisation en ligne.
Mais peut-on parler d’une participation politique en profondeur ou institutionnalisée? À mon avis, non. Il s’agit certes d’une participation facilitée par de nouveaux outils, qui permettent aux jeunes d’accéder à l’information et à certaines formes d’action politique, mais son impact réel reste limité.
Elle n’est pas suffisamment structurée ni institutionnalisée pour conduire à un engagement plus profond, notamment au sein des partis politiques.
Est-ce que les réseaux sociaux renforcent vraiment la participation politique, ou est-ce une illusion d’engagement?
Ce sont les deux à la fois. Oui, les réseaux sociaux peuvent renforcer la participation politique. Ce sont des outils qui permettent aux jeunes d’avoir une idée de la vie politique et d’exprimer leur voix… Cependant, sur le plan institutionnel, leur impact reste limité. On a parfois l’impression qu’il s’agit d’une illusion d’engagement.
Justement, la mobilisation en ligne se traduit-elle réellement par une participation dans les urnes?
Si l’on se contente de liker un profil politique, une vidéo ou une manifestation, quel est l'impact réel sur la vie politique? Quel est le poids de ces actions le jour du choix des représentants, au niveau local ou national?
Est-ce que liker ou lancer un hashtag autour d’une action politique ou d’un discours d’un secrétaire général d’un parti se traduit réellement dans la vie réelle? À mon sens, aujourd’hui, non.
Certes, nous manquons de statistiques précises, mais les tendances sont parlantes. Si on a 16 millions d’inscrits, le taux de participation tourne autour de 50%, soit un niveau équivalent d’abstention. À cela s’ajoutent près de 8 millions de non-inscrits. Ces derniers peuvent être très actifs dans le monde virtuel, sans pour autant disposer d’une carte d’électeur. Il y a là un phénomène important à analyser.
Pourquoi une partie des jeunes privilégie-t-elle l’expression en ligne plutôt que l’engagement partisan classique?
C’est une question qui concerne toute la société. Pourquoi une partie des citoyens ne s’engage-t-elle plus politiquement? Pourquoi ne se rend-elle pas aux urnes pour choisir ceux qui vont les représenter ou produire les lois pendant cinq ans, que ce soit au niveau national ou local?
Les jeunes disposent aujourd’hui de nouveaux moyens d’expression qui n’existaient pas auparavant. Ils passaient autrefois par les canaux des facultés ou des quartiers. Désormais, ces outils leur permettent de s’ouvrir sur le monde et d’observer les réactions d’autres jeunes ailleurs.
Mais il faut aussi tenir compte d’une perte de confiance envers les acteurs politiques. Les jeunes utilisent donc ces moyens pour s’exprimer — à travers des hashtags ou des suivis — sans s’impliquer en profondeur dans la vie politique et cela freine réellement.
Certes, c’est une bonne chose de voir que les jeunes participent virtuellement, mais elle doit se traduire concrètement dans la réalité politique, notamment le jour du vote.
La participation est essentielle: elle permet de légitimer ceux qui siègent et de limiter la corruption en garantissant davantage la sincérité électorale. Plus la participation est élevée, plus la sincérité du scrutin est assurée. Il est donc nécessaire que les partis politiques ouvrent davantage leurs portes.
Justement est ce que les partis politiques marocains ont-ils réussi à s’adapter à ces nouvelles formes de mobilisation?
Il existe une forme de récupération par les partis politiques, mais cela peut être positif s’il s’agit d’intégrer les jeunes issus du monde virtuel.
Il faut leur donner de réelles opportunités pour intégrer dans les partis politiques pas seulement en tant qu'acteurs passifs, mais en tant qu'acteurs actifs, en tant que candidats.
Les jeunes doivent pouvoir être candidats et accéder à des responsabilités. Cette ouverture permettrait également de limiter le népotisme politique. Il ne s’agit pas seulement de privilégier des profils liés à des réseaux familiaux, mais d’élargir l’accès à tous.
Les partis doivent prendre conscience que la majorité des citoyens est composée de jeunes, et qu’il est indispensable de les intégrer pleinement.
Faut-il encadrer davantage la communication politique sur les réseaux sociaux à l’approche des élections?
Oui, il faut l’encadrer, mais dans un cadre légal. La participation politique comprend deux formes: une participation conventionnelle, comme le vote, et une participation non conventionnelle, comme la mobilisation.
Aujourd’hui, cette mobilisation permet de faire émerger des voix qu’il faut écouter. Toutefois, elle doit respecter la loi. Un jeune qui produit du contenu politique n’est pas un journaliste. Il relève du droit commun, notamment du code civil et du code pénal. Il ne doit pas se substituer au travail journalistique, mais il doit pouvoir s’exprimer dans le respect des règles.
Encadrer ne signifie pas restreindre. Il s’agit plutôt de garantir le respect des opinions, d’éviter l’insulte ou la diffamation, et de favoriser une expression constructive. Dans ce cadre, la participation des jeunes peut devenir une véritable richesse pour la société.
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