Société
Dématérialisation des procédures: les pharmaciens alertent sur une réforme précipitée
07/04/2025 - 17:01
Mohammed Fizazi | Youness Oubaali
L’annonce de la mise en œuvre, dès juin prochain, d’un nouveau système de dématérialisation des procédures de soins suscite de vives inquiétudes parmi les pharmaciens marocains, qui redoutent une orientation des patients vers certaines officines, ainsi que des avantages indus pour certains laboratoires pharmaceutiques
Dans un communiqué, la Confédération des syndicats des pharmaciens du Maroc (CSPM) souligne les nombreuses difficultés techniques et organisationnelles qui entravent la mise en œuvre de cette réforme.
Un système d’information intégré a été conçu pour centraliser, traiter et exploiter l’ensemble des données liées à l’écosystème de santé. Ce dispositif sera encadré par une convention de partenariat entre le ministère de la Santé et de la Protection sociale, le ministère de l’Économie et des Finances, et la CNSS, en vue de garantir la convergence des efforts et l’efficience financière dans la mise en œuvre de ce système à l’échelle nationale.
Des appels à la concertation et à l’inclusion
Dans une déclaration à SNRTnews, Mohamed Lahbabi, président de la CSPM, a expliqué que le système repose sur l’attribution d’un code-barres au patient. Le médecin l’utilise pour générer une ordonnance numérique, que le pharmacien scanne pour valider la transaction et enclencher la procédure de remboursement.
Ce fonctionnement suppose toutefois une adaptation préalable du cadre juridique et technique, ainsi qu’une formation appropriée des professionnels concernés. M. Lahbabi insiste sur la nécessité d’impliquer les pharmaciens dès les premières phases de cette réforme, afin de garantir une mise en œuvre fluide et efficace.
Les pharmaciens s’inquiètent en outre d’une éventuelle obligation de recourir à des logiciels payants, alors que nombre d’entre eux utilisent encore des solutions internes ou des outils simples comme Excel. Pour éviter toute inégalité d’accès, la CSPM préconise la création d’un portail national gratuit, accessible à l’ensemble des officines, à l’image des plateformes "Ma CNSS", "Damancom" ou celle de la Direction générale des impôts. Ce portail garantirait la transparence, l’équité et le bon déroulement de la réforme.
La Confédération salue également, dans son communiqué, l’engagement pris par la CNSS d’opter pour une démarche participative associant les syndicats de pharmaciens. Des réunions sont prévues dans les semaines à venir pour identifier les défis à venir et proposer des solutions concrètes, dans l’intérêt du patient et de l’efficience du système de santé.
Des inquiétudes multiples
Pour sa part, Jad Alabouch, membre du Conseil national de la CSPM, a précisé que plus de 12.000 professionnels sont concernés par cette réforme. Celle-ci prévoit que le patient – en particulier s’il est atteint d’une maladie chronique – se rende dans une pharmacie avec un document de prise en charge délivré par la CNSS ou la CNOPS, lui permettant de ne payer qu’une partie des frais dans le cadre du tiers payant.
Seules les officines ayant signé une convention pharmaceutique avec le ministère de la Santé seraient habilitées à participer à ce dispositif. Or, selon M.Allabouch, des expérimentations antérieures ont montré les limites du système, en raison d’obstacles logistiques, juridiques et financiers. Il alerte également sur le risque que certains patients soient orientés exclusivement vers des pharmacies liées à des laboratoires ayant conclu des accords spécifiques, échappant à tout contrôle public.
La CSPM appelle ainsi à la mise en place de garanties claires, notamment en définissant les termes des conventions encadrant le système, afin d’éviter la reproduction d’erreurs passées. Alabouch affirme par ailleurs que les responsables de la CNSS sont conscients des blocages et ouverts aux revendications des pharmaciens, tout en insistant sur la nécessité de former les professionnels pour accompagner ce changement.
Il renvoie également aux recommandations formulées par le Conseil de la concurrence dans un rapport antérieur, qui plaidait pour une généralisation et une régulation des conventions de tiers payant, dans le but de faciliter l’accès aux traitements, notamment pour les patients atteints de maladies graves ou chroniques. L’objectif étant d’éviter que les assurés aient à avancer des frais et qu’ils ne s’acquittent que du reste à charge non couvert par leur organisme de gestion.
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