Art & Culture
Festival Gnaoua : une nuit de mémoire et d'émotion en hommage à Maâlem Mustapha Bakbou
27/06/2026 - 11:34
Khaoula Benhaddou | Hamza BAMMOUIl est des soirées où la musique dépasse le simple spectacle pour devenir un véritable acte de mémoire. Au Festival Gnaoua et Musiques du Monde d'Essaouira, l'hommage rendu vendredi 26 juin au regretté Maâlem Mustapha Bakbou a offert l'un des moments les plus touchants de cette 27ᵉ édition. Une célébration à la hauteur de celui qui fut l'un des plus grands gardiens de la tradition gnaouie.
La soirée d’hommage s'est ouverte par la projection d'un film retraçant le parcours exceptionnel du maâlem, disparu le 8 septembre 2025. Ce documentaire a réuni les témoignages émouvants de Neila Tazi, de Mohamed Derham, membre fondateur de Jil Jilala avec lequel Mustapha Bakbou a écrit et composé plusieurs chansons, ainsi que de Maâlem Abdesslam Alikane. Des images d'archives ont également replongé le public dans les débuts du maître aux côtés de Jil Jilala et de Nass El Ghiwane, avant qu'il ne s'impose comme l'une des figures majeures de tagnaouite.
Quand le guembri raconte l'absence
Sur scène, les sonorités profondes du guembri ont résonné comme un dialogue avec l'absent. Réunis autour de l'héritage de Maâlem Mustapha Bakbou, Maâlem Abdesslam Alikane, Hamza Baqbou, Maâlem Abdelkbir Marchane et Maâlem Mohamed Kouyou ont offert bien plus qu'un concert : un moment de transmission, de fraternité et d'intense émotion, où chaque note semblait faire revivre l'un des plus grands maîtres de l'art gnaoui.
L'émotion était palpable dès les premiers accords. Les regards, les silences et les accolades entre les artistes traduisaient bien plus que la nostalgie. Ils racontaient la transmission d'un héritage, la force d'une fraternité et le profond respect voué à celui qui a marqué plusieurs générations de musiciens.
Le moment le plus poignant est sans doute venu avec la prestation de Hamza Baqbou. En reprenant le flambeau de son père, le jeune maâlem a livré une interprétation d'une grande pudeur et d'une rare intensité. À travers son jeu de guembri, son chant et sa danse, c'est toute une mémoire familiale et artistique qui s'est exprimée, suscitant une vive émotion parmi le public.
Autour de lui, les maâlems ont uni leurs voix et leurs guembris dans une communion rare. Plus qu'un concert, cette rencontre s'est transformée en une véritable cérémonie de transmission, rappelant que l'héritage gnaoui se nourrit autant de la mémoire des anciens que de l'engagement des nouvelles générations.
Venu nombreux, le public a accompagné chaque morceau d'applaudissements nourris, comme pour remercier celui dont l'esprit semblait encore habiter la scène. Beaucoup avaient les larmes aux yeux, conscients d'assister à l'un des moments les plus marquants de cette édition du festival.
À Essaouira, où la tradition gnaouie continue de dialoguer avec les musiques du monde, cette soirée a rappelé que certaines présences ne disparaissent jamais vraiment. Maâlem Mustapha Baqbou n'était plus sur scène, mais son répertoire et son héritage vibraient dans chaque note, portés par ceux qui poursuivent aujourd'hui son œuvre.
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