Art & Culture
Forum des droits humains: Essaouira place la jeunesse au cœur du débat
26/06/2026 - 15:11
Khaoula Benhaddou | Hamza BAMMOUEn marge de la 27ᵉ édition du Festival Gnaoua et Musiques du Monde, Essaouira accueille la 13ᵉ édition du Forum des droits humains. Placée sous le thème "Jeunesses du monde : liberté, identité et avenir", cette nouvelle édition réunit, durant deux jours, philosophes, chercheurs, responsables institutionnels, artistes et acteurs de la société civile autour d'une réflexion sur les grands défis auxquels fait face la jeunesse contemporaine.
Libertés individuelles, identités plurielles, intelligence artificielle, changements climatiques, nouvelles formes d'engagement ou encore participation citoyenne : autant de sujets qui rythment les échanges dans une ville devenue, au fil des années, un véritable laboratoire du dialogue interculturel.
Neïla Tazi : "Il n'y a pas de liberté sans jeunesse"
Ouvrant les travaux du Forum, Neïla Tazi, productrice du Festival Gnaoua et Musiques du Monde, a rappelé que les quatre notions qui structurent cette édition – jeunesse, liberté, identité et avenir – sont profondément indissociables.
"Il n'y a pas de liberté sans jeunesse, car c'est la jeunesse qui, à chaque génération, réinvente ce que signifie être libre. Et il n'y a pas de jeunesse sans liberté, car une jeunesse sans liberté n'est plus vraiment une jeunesse : c'est une attente", a-t-elle déclaré devant un auditoire composé d'intellectuels, d'artistes et de jeunes venus de plusieurs pays.
Pour Neïla Tazi, l'identité ne saurait être réduite à un héritage figé. Elle se construit dans le mouvement, les choix et les multiples appartenances qui façonnent les parcours individuels. À ses yeux, le Festival Gnaoua illustre précisément cette capacité à conjuguer enracinement et ouverture sur le monde.
La directrice du Festival a également évoqué les mutations engendrées par la révolution numérique et l'intelligence artificielle. Si ces outils ouvrent de nouvelles perspectives de partage des connaissances, ils ne peuvent, selon elle, remplacer l'engagement collectif.
"Être connecté ne suffit pas. La connexion sans organisation ne produit que du bruit", a-t-elle affirmé, appelant à réinventer les formes d'action associative et citoyenne pour répondre aux attentes des nouvelles générations.
Driss El Yazami : une jeunesse instruite, connectée, mais confrontée à de nombreux défis
Prenant la parole à son tour, le président du CCME, Driss El Yazami, a souligné que le choix de consacrer cette édition à la jeunesse s'imposait naturellement dans un pays où celle-ci occupe une place centrale, tant sur le plan démographique que dans les transformations sociales en cours.
Dans une déclaration à SNRTnews, il a rappelé que les jeunes Marocains constituent "la génération la plus éduquée de l'histoire du Maroc", une génération ouverte sur le monde, connectée et porteuse de fortes aspirations en matière de démocratie, de justice sociale, d'égalité entre les femmes et les hommes et de participation citoyenne.
Pour Driss El Yazami, les aspirations des jeunes Marocains rejoignent celles de nombreuses jeunesses à travers le monde : le désir de mobilité, d'ouverture et d'épanouissement, non pour quitter définitivement leur pays, mais pour découvrir d'autres horizons et enrichir leurs expériences.
Souleymane Bachir Diagne appelle au « combat pour l'universel »
La leçon inaugurale du Forum a été confiée au philosophe sénégalais Souleymane Bachir Diagne, professeur émérite à l'Université Columbia, qui a invité les jeunes à mener ce qu'il appelle un "combat pour l'universel".
Dans un contexte marqué par la montée des replis identitaires, des conflits et des crises environnementales, le philosophe a défendu une conception de l'universel fondée sur le dialogue entre les cultures plutôt que sur leur uniformisation.
Selon lui, la traduction constitue l'une des plus belles métaphores de cette rencontre avec l'autre. "La traduction permet de se connaître", a-t-il expliqué, estimant qu'elle dépasse le simple passage d'une langue à une autre pour devenir un véritable outil de compréhension mutuelle entre les peuples.
Évoquant les défis du XXIᵉ siècle, il a insisté sur l'urgence climatique et les bouleversements provoqués par l'intelligence artificielle, appelant la jeunesse à dépasser les enfermements identitaires.
"Il faut savoir qui l'on est, sans transformer cette identité en identitarisme", a-t-il déclaré à SNRTnews. Selon lui, les défis planétaires ne pourront être relevés qu'à travers une humanité capable d'agir collectivement, au-delà des frontières, des ethnonationalismes et des divisions culturelles.
Les libertés à l'épreuve des tensions contemporaines
La première journée du Forum s'est poursuivie avec une conversation croisée entre Mohamed Mehdi Bensaid, ministre de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication, et Najat Vallaud-Belkacem, autour du thème "Libertés en question : être jeune dans un monde sous tension", animée par Driss Bennani.
Les échanges ont porté sur les multiples défis auxquels sont confrontées les nouvelles générations : liberté d'expression, création artistique, mobilité et participation démocratique.
Animée par Driss Bennani, cette conversation a offert un échange sans détour entre Mohamed Mehdi Bensaid et Najat Vallaud-Belkacem autour de leurs parcours respectifs et de leur engagement politique. Les deux intervenants sont revenus sur leurs premiers pas en politique, les obstacles rencontrés, les responsabilités qu'implique l'exercice du pouvoir ainsi que les désillusions qui peuvent jalonner une carrière publique.
Au-delà de leurs expériences personnelles, ils ont surtout débattu des conditions nécessaires pour redonner confiance aux jeunes dans l'action publique. Les échanges ont mis en lumière l'importance de créer des espaces de dialogue, de renforcer la participation citoyenne et de permettre aux nouvelles générations de faire entendre leur voix, dans un contexte marqué par les crises, la défiance envers les institutions et les profondes mutations sociales et numériques.
À Essaouira, le Forum des droits humains confirme ainsi sa vocation de plateforme internationale de réflexion où se croisent idées, expériences et visions du monde. Fidèle à l'esprit du Festival Gnaoua, il fait le pari que la culture, le dialogue et la jeunesse constituent des leviers essentiels pour construire un avenir plus libre, plus juste et plus ouvert.
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