Société
Gestion de l'eau: Marrakech érigée en exemple face à la chaleur extrême
26/06/2026 - 17:03
Wydad El Houari
Face à l'accélération du dérèglement climatique dans le bassin méditerranéen, la stratégie d'adaptation de la cité ocre retient l'attention internationale. Érigée en exemple par le média espagnol "AS", la métropole marocaine s'impose comme un laboratoire d'innovation urbaine face à l'urgence environnementale.
Alors que les températures estivales battent des records à travers le bassin méditerranéen, les métropoles mondiales déploient des solutions concrètes pour protéger leurs habitants et préserver leurs ressources. L'agence météorologique espagnole (AEMET) annonce d'ailleurs des températures supérieures aux normales saisonnières sur la quasi-totalité de la péninsule ibérique, une tendance appelée à s'intensifier. C'est dans ce contexte que le journal espagnol AS a mis en lumière l'exemple de Marrakech, qui a développé une approche originale et efficace axée sur la réutilisation des eaux usées pour faire face au stress hydrique et aux vagues de chaleur.
Le médias ibérique rappelle que Marrakech subit historiquement des étés implacables, avec des températures dépassant régulièrement les 40 degrés Celsius. Loin de subir ce climat extrême, la "ville ocre" a choisi de s'y adapter avec ingéniosité. La mesure phare de cette stratégie repose sur la réutilisation des eaux usées traitées. Plutôt que de puiser davantage dans des réserves hydriques déjà sous tension, les autorités municipales orientent ces eaux recyclées vers l'irrigation des terrains de golf, des parcs urbains, des jardins publics et de la palmeraie. Le bénéfice est double : préserver les ressources en eau douce tout en maintenant et en développant les espaces verts urbains.
L'enjeu est considérable. Des études scientifiques démontrent que la présence d'arbres en milieu urbain peut abaisser la température ressentie jusqu'à 12 degrés Celsius en période estivale. Un levier naturel, sobre et efficace, que Marrakech exploite pleinement.
Pour le Maroc, ces mesures ne relèvent pas du simple confort, mais d'une nécessité vitale. En 2023, le pays a traversé la pire vague de chaleur de son histoire, avec des températures records dépassant les 50 degrés Celsius dans les régions du sud, sur fond d'une sécheresse persistante depuis sept ans. Face à cette réalité, Rabat a engagé une politique nationale ambitieuse : diversification des sources d'approvisionnement grâce au développement des usines de dessalement, réduction de la dépendance aux réserves naturelles et promotion d'une consommation plus rationnelle. Des orientations qui s'inscrivent dans une vision à long terme, saluée par la communauté internationale.
Au-delà de la gestion de l'eau, cette stratégie vise également à contenir la consommation d'énergie. Selon les données de l'Agence internationale de l'énergie (AIE), la climatisation représentait déjà 7 % de la consommation énergétique mondiale en 2022, un chiffre appelé à croître à mesure que les étés s'intensifient. En maintenant des espaces urbains plus frais par des moyens naturels, Marrakech réduit mécaniquement la pression sur les réseaux électriques et la dépendance à la climatisation artificielle — deux défis majeurs que les villes méditerranéennes, au nord comme au sud, doivent relever conjointement.
Le cas de Marrakech illustre la capacité d'une ville du Sud global à transformer une contrainte climatique en levier d'innovation. Là où la pénurie d'eau aurait pu paralyser, elle a stimulé la résilience. Là où la chaleur aurait pu décourager, elle a accéléré l'adaptation. Alors que plusieurs métropoles européennes cherchent encore leurs marques face à des étés de plus en plus hostiles, le Maroc offre un exemple concret, reproductible et efficace. Un modèle que l'Espagne, pourtant voisine et confrontée aux mêmes défis climatiques, commence à observer avec attention et, selon AS, avec une certaine admiration.
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