Société
Des "offres choc" aux risques réels: quand les réseaux sociaux deviennent un supermarché clandestin
10/10/2025 - 13:04
Khaoula Benhaddou
L’Observatoire marocain pour la protection du consommateur tire la sonnette d’alarme face à la prolifération d’offres alléchantes de produits alimentaires à prix cassés sur les réseaux sociaux. Derrière ces promotions spectaculaires se cachent des pratiques dangereuses mettant en péril la santé des consommateurs.
Avec la montée en puissance de plateformes comme TikTok et Instagram, de nombreux vendeurs profitent de la visibilité qu’elles offrent pour écouler leurs marchandises. Parmi ces produits: des conserves, huiles, produits laitiers et autres denrées alimentaires vendus à des tarifs défiant toute concurrence — parfois jusqu’à 70% moins chers que leur prix habituel. Une enquête de terrain menée par l’Observatoire révèle toutefois que ces produits de provenance inconnue sont souvent périmés ou proches de leur date limite de consommation.
Ces pratiques ont été principalement observées dans les grandes villes du Royaume, notamment Casablanca, Rabat, Tanger, Marrakech et Fès. Souvent présentées sous l’argument de "liquidation de stock" ou "offre limitée", ces ventes alimentent un marché parallèle non régulé, échappant à tout contrôle sanitaire et fiscal.
Une fraude maquillée en promotion
Si la méthode du "prix choc" — consistant à afficher des remises massives pour susciter l’achat impulsif — est une technique marketing connue, elle est ici détournée pour écouler des produits non conformes. L’Observatoire marocain pour la protection du consommateur dénonce une dérive dangereuse qui relève désormais de la fraude et de la mise en danger de la santé publique.
Face à l’ampleur du phénomène, l’organisme indique avoir saisi les autorités compétentes, notamment le ministère de l’Industrie et du Commerce, l’ONSSA et le parquet, afin qu’elles prennent les mesures nécessaires. Il affirme également se réserver le droit d’engager des poursuites judiciaires contre les responsables de ces ventes illégales.
Des pratiques illégales et risquées
Interrogé par SNRTnews, Ouadia Madih, président de la Fédération nationale des associations du consommateur (FNAC), confirme la gravité de la situation.
"Ces commerçants ou pages de vente en ligne opèrent dans l’illégalité. Les consommateurs ne doivent pas les encourager ", avertit-il.
Le militant insiste sur la nécessité de vérifier la fiabilité du vendeur avant tout achat en ligne; "Il faut connaître la marque, le site ou le vendeur, et s’assurer qu’une adresse réelle figure sur la page. Cela permet de garantir la conformité du produit et d'avoir un recours en cas de problème".
D’ailleurs, la Fédération reçoit de nombreuses plaintes de consommateurs floués; "Plusieurs personnes signalent avoir reçu des produits périmés ou ne correspondant pas à la description. Dans certains cas, le vendeur disparaît après la livraison, bloquant le client. Ces vendeurs sont des ferracha électroniques."
Le rôle clé du consommateur
Malgré les campagnes de sensibilisation menées par les associations, les arnaques persistent. "Nous avons investi beaucoup d’efforts pour alerter les citoyens sur les dangers d’acheter sur les réseaux sociaux sans connaître le vendeur, mais les mauvaises habitudes ont la vie dure", regrette Ouadia Madih.
Il recommande enfin une précaution essentielle; "Lors d’un achat en ligne, il vaut mieux éviter le paiement anticipé. Le consommateur doit recevoir, vérifier le produit, puis payer."
Entre fausses promotions et vraies menaces, les réseaux sociaux sont devenus un terrain glissant pour les consommateurs. Tant que les contrôles n’y seront pas renforcés, chaque “bonne affaire” pourrait bien se transformer en poison numérique.
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