Société
Don d’organes : à quoi sert vraiment le registre?
17/10/2023 - 22:12
Khaoula Benhaddou
Pour de milliers de patients, se faire transplanter un organe est une question de vie ou de mort. Pourtant, le nombre de donneurs potentiels ne dépasse pas les 1200 dans tout le Royaume. Comment encourager le don d’organes? Comment s’inscrire dans le registre des donneurs? Et quelles sont les conditions du don? Éléments de réponses
Comme chaque 17 octobre qui célèbre la journée mondiale du don et de la transplantation d’organes, le débat sur le nombre dérisoire des donneurs revient à la surface et rappelle la souffrance des patients qui attendent désespérément une lueur d’espoir.
Régit par la loi n° 16-98, le don, le prélèvement et la transplantation d'organes humains ne peuvent s'effectuer que dans des conditions strictes et précises.
Ainsi, pour le prélèvement sur une personne vivante, la loi exige que cela "ne peut être effectué que dans l'intérêt thérapeutique d'un receveur déterminé: les ascendants, les descendants, les frères, les sœurs, les oncles, les tantes du donneur ou leurs enfants. Le prélèvement peut être effectué dans l'intérêt du conjoint du donneur à condition que le mariage soit contracté depuis une année au moins".
Pour le prélèvement d'organes sur une personne décédée, la loi stipule que "Toute personne majeure jouissant de ses pleines capacités peut, de son vivant, et selon les formes et conditions prévues à la présente section, faire connaître sa volonté d'autoriser ou d'interdire des prélèvements d'organes sur sa personne après son décès, ou de certains d'entre eux seulement".
Et d’ajouter "La déclaration du donneur potentiel est enregistrée auprès du président du tribunal de première instance compétent à raison du domicile du donneur, ou du magistrat spécialement désigné à cet effet par le président. La déclaration est reçue sans frais après que le magistrat se soit convaincu de la volonté libre et éclairée du donneur potentiel et, notamment, se soit assuré que le legs est effectué gratuitement et au seul profit d'un organisme habilité à recevoir les dons d'organes. Le greffe du tribunal compétent informe l'organisme habilité de l'enregistrement de la déclaration et de son contenu. Le donneur potentiel peut, dans les mêmes formes, et auprès des mêmes autorités, annuler sa déclaration précédente".
En cas de mort cérébrale du donneur potentiel, les autorités compétentes doivent obligatoirement informer sa famille avant le prélèvement de ses organes. Dans le cas d'opposition du conjoint et à défaut, des ascendants et à défaut, des descendants, le prélèvement n’aura pas lieu.
1200 donneurs dans tout le pays!
Depuis sa création en 2000, le registre de donneurs qui se trouve, en principe, dans tous les tribunaux de première instance du Royaume ne contient que 1200 volontaires qui ont exprimé leur volonté d'autoriser des prélèvements d'organes après leurs décès.
Pour Pr Amal Bourkia, néphrologue et présidente de l’Association Reins, l’enregistrement dans le registre de donneurs est un chemin semé d’embuches; "Nous luttons depuis des année pour sensibiliser à la question et changer les mentalités mais nous sommes confrontés à beaucoup de problèmes. A part les freins imposés par la loi, s’inscrire dans le registre de donneurs est un parcours de combattant ".
Et d’ajouter "à part Casablanca où on a réussi à ouvrir un 2e registre, les choses ne bougent pas dans les autres villes. Il y a des citoyens qui ne trouvent même pas le registre dans les tribunaux de 1ere instance de leurs villes et n’arrivent même pas à rencontrer le président du tribunal chargé de les inscrire. C’est vraiment dommage de rencontrer ces problèmes et de priver des milliers de malades à recevoir des organes", se lamente la militante.
Pour sensibiliser les citoyens et les inviter à s’inscrire dans le registre des donneurs, Amal Bourquia qui a fait du don d’organes son cheval de bataille ne cesse d’organiser des débats et des campagnes de sensibilisation en invitant des médecins, des membres de la société civile et intervenants du Conseil des Oulémas.
"Notre but est de venir en aide aux patients qui souffrent en silence et qui sont obligés de subit la lourdeur du dialyse ou de chercher désespérément un donneur à l’étranger avec tout ce que cela comporte de difficultés et de complications", conclut Bourkia.
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