Société
Grève des avocats : les tribunaux tournent au ralenti en l’absence des robes noires
06/01/2026 - 15:06
Youness Oubaali
Les tribunaux ont ouvert leurs portes ce mardi 6 janvier, mais sans l’un de leurs acteurs clés. À la Cour d’appel de Casablanca, les audiences se sont déroulées dans une atmosphère inhabituelle, marquée par l’absence quasi totale des avocats, en raison d’une grève nationale lancée par l’Association des barreaux du Maroc.
Dès les premières heures de la matinée, magistrats, greffiers, témoins et accusés étaient présents. Les salles étaient prêtes, les dossiers déposés, mais les bancs réservés aux avocats sont restés vides. Malgré cette situation, les juges ont procédé à l’appel des affaires, consignant les absences et reportant certains dossiers, tandis que d’autres audiences se sont tenues de manière strictement formelle.
Cette ambiance inhabituelle est due à la grève menée par les avocats, en réponse à l’appel de l’Association des barreaux du Maroc contre le projet de loi n° 66.23 portant organisation de la profession d’avocat, dont l’examen est prévu au Conseil de gouvernement ce jeudi 8 janvier 2026.
Dossiers et accusés sans avocats
Dans une affaire pénale très médiatisée, un propriétaire de salles de sport a comparu avec quatre investisseurs. Après vérification des noms et l’enregistrement de l’absence de certaines plaignantes, le suspect, poursuivi pour émission de chèques sans provision, trafic humain et trafic de drogue a été reconduit en détention après une audience expéditive.
Si le personnel administratif n’a pas rejoint le mouvement de protestation et a assuré une présence normale, le fonctionnement global des juridictions s’est trouvé perturbé, notamment au niveau de la rédaction et de l’impression des documents. Seules certaines opérations urgentes, comme les délais de paiement, ont été maintenues.
Dans les couloirs habituellement animés, le calme était frappant. Aucun avocat en robe noire, peu d’échanges, et des bureaux de magistrats instructeurs presque déserts, illustrant l’impact concret de la grève sur le quotidien judiciaire.
Une mobilisation contre le projet de loi sur la profession
Ce mouvement intervient en réaction au projet de loi n°66.23 relatif à l’organisation de la profession d’avocat, dont l’examen est prévu au Conseil de gouvernement ce jeudi. Les avocats dénoncent un texte qui porte atteinte aux fondements de leur métier.
Dans une déclaration à SNRTnews, le secrétaire général du Barreau de Casablanca, Youssef Abdelkaoui, a qualifié cette grève d’"escalade" face à un projet qui, selon lui, porte atteinte à l’honneur, à la dignité et à l’indépendance de la profession. Il affirme également que la version actuellement en circulation diffère de celle initialement concertée avec le ministère de la Justice, et qu’elle comporte des dispositions controversées jamais validées par les instances professionnelles.
Parmi les principaux points de discorde figurent l’instauration de conditions académiques plus strictes pour l’accès à la profession, l’imposition de limites d’âge, la multiplication des examens, ainsi que le lien entre l’exercice professionnel et le paiement de taxes et cotisations, susceptible de bloquer l’activité des avocats en cas de litige administratif.
L’Association des barreaux du Maroc n’exclut pas une prolongation de la grève ou le recours à d’autres formes de protestation, en fonction de l’évolution des discussions avec les autorités compétentes.
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