Société
Harcèlement : sur le banc de la violence
12/03/2021 - 10:35
Khaoula Benhaddou
Le harcèlement s’installe de plus en plus sur les bancs de l’école. Les enseignants et les spécialistes tirent la sonnette d’alarme sur ce phénomène qui laisse des effets néfastes sur la psychologie de l’enfant et sur son développement. Quand est ce qu’on peut parler de harcèlement ? Quel est le profil du harceleur ? Et surtout quels sont les effets de cet acte sur la victime ? Explications.
Une affaire de harcèlement secoue la France depuis quelques jours. Deux adolescents de 15 ans sont soupçonnés d’avoir tué leur amie, âgée de 14 ans. La victime a été retrouvée morte noyée lundi 8 mars dans la Seine à Argenteuil. Selon les enquêteurs, il s’agirait d’un homicide volontaire avec préméditation puisque les deux suspects, un garçon et une fille échangeaient des SMS à ce propos. Les accusés risquent d’écoper 20 ans de prison. Cette affaire lève le voile sur un phénomène qui prend de l’ampleur dans plusieurs pays. Selon une étude de l’UNESCO, un enfant sur trois est victime d’harcèlement.
Des chiffres inquiétants
Le Maroc n’est pas épargné du phénomène. Le ministère de l’Éducation nationale a réalisé, en partenariat avec l’UNESCO, un rapport sur la violence en milieu scolaire. Selon les conclusions de ce rapport, durant l’année scolaire 2012-2013, et sur un échantillon de 203 actes de violence, on recense 35 viols, 16 enlèvements, 7 suicides et 11 meurtres. Selon le même rapport, 52% cas de violence se sont produits au sein de l’école et 54 % aux alentours des établissements scolaires. Ces chiffres inquiétants prouvent que nos enfants sont loin d’être protégés sur les bancs de l’école.
Le ministre de l’Éducation nationale, Saaid Amzazi, a confirmé en novembre dernier l’importance primordiale qu’accorde le royaume à lutter contre la violence en milieu scolaire sous toutes ses formes. Il a souligné la nécessité d’élaborer une charte éthique mondiale des bonnes pratiques sur les plateformes et réseaux sociaux pour la prévention et la lutte contre le cyberharcèlement des mineurs. Il a également appelé à la généralisation des cellules d’écoute et de médiation au niveau des écoles.
Un phénomène dévastateur
Insulte, moquerie, exclusion, et partage de photos humiliantes sur les réseaux sociaux … sont, entre autres, les techniques les plus utilisées pour harceler un élève. "Depuis la reprise des études en présentiel, ma fille fait objet d’actes humiliants. Ses amis de classe se moquent sur sa grande taille. Ils l’ont marginalisé, ne l’invitent plus à leurs évènements et n’hésitent pas à l’insulter devant tout le monde", s’indigne Houda, maman d’une fille de 11 ans. Cette situation n’est pas sans répercussion sur la fille. Celle-ci, ajoute la maman, "a perdu le gout à la vie. Elle est tout le temps triste, n’arrive plus à dormir et ne mange plus rien. Ce qui m’inquiète le plus c’est qu’elle commence à faire pipi au lit".
Un simple acte d’harcèlement pourrait avoir des répercussions plus grave. C’était le cas par exemple pour Ghali, un adolescent de 15 ans qui a essayé de mettre fin à sa vie. "Mes amis de classe étaient très cruels envers moi. L’un d’entre eux a monté toute la classe contre moi pour la simple raison qu’il me trouve plus intelligent que lui", raconte-t-il. Et d’ajouter : "On m’a exclu de toutes les activités de classe. Personne ne m’adressait la parole et je me sentais rejeté. Pire, ils ont fait un montage vidéo où on m’attaquait et qu’ils ont envoyé à toutes les filles de la classe. J’ai voulu mettre fin à ma vie et ma mère m’a sauvé à la dernière minute", s’exclame Ghali qui est actuellement suivi par un pédopsychiatre.
Des répercussions graves
Les effets du harcèlement scolaire sont dévastateurs. Selon des études scientifiques, le harcèlement augmente le taux de cortisone dans le corps ce qui entraîne souvent des troubles de concentration et des difficultés de raisonnement. "Le harcèlement entraîne très souvent des séquelles graves chez la victime, pouvant aller d’états anxieux ou dépressifs à des troubles du comportement en passant par l’échec scolaire. Il peut aussi entraîner des troubles de la mémoire et de la concentration ainsi que des difficultés de raisonnement. Le harcèlement ne forge pas le caractère, il le détruit. Il agit sur l’estime de soi et cause un mal-être absolu", explique Kenza Hokaimi, psychothérapeute.
Qui plus est, le harcèlement peut également causer des "troubles dans la scolarité de l’enfant qui n’est plus en mesure de mobiliser les ressources nécessaires pour capter ou réfléchir. Plusieurs cas de harcèlement ont très mal tourné. Certains enfants se sont même donné la mort", alerte la psychothérapeute.
Le portrait d’un harceleur
Pour les spécialistes, il est difficile de dresser un portrait classique du harceleur. Kenza Hokaimi explique que le portrait du harceleur peut évoluer dans le temps. "Le harceleur est un enfant qui a cumulé tellement de brimades et de violence dans son enfance qu’il est devenu une personne rebelle qui défie les autres", explique-t-elle. Et d’ajouter : "L'agresseur a un certain charisme. Il éprouve un fort besoin de domination et cherche à apparaître comme un enfant dur aux yeux des autres. Souvent, le harceleur a du mal à accepter la différence et voudrait rendre les autres conformes à ce qu’il est. Malgré tous ces éléments, il est difficile de dresser un portrait-robot du harceleur".
Aider les victimes
Face à la gravité de ce phénomène, la psychothérapeute appelle toutes les parties prenantes (les parents, les enseignants et la société civile) à se mobiliser pour assurer une meilleure protection aux enfants et lutter contre le harcèlement. "Il faut établir un climat social positif au sein duquel les enfants perçoivent l’intérêt à s’entraider plutôt que de se descendre. Ensuite, former le personnel de direction, les professeurs ainsi tous les employés de l’école en matière de prévention et de lutte contre le harcèlement. Et enfin, créer des règlements spécifiques au harcèlement et prendre le temps de les discuter avec les écoliers", explique Kenza Hokaimi.
Pour aider les victimes de violence scolaire, la psychothérapeute appelle également l’État et les écoles à créer des centres d’écoutes, et d’aider les enfants à se prendre en main. "La thérapie intégrative vient à la rescousse des harcelés. La complémentarité de cette approche allie une qualité relationnelle et une écoute expérientielle approfondie dans l’aide apportée aux personnes. Il s’agit d'un accompagnement sur mesure pour apprendre aux jeunes à savoir poser des limites et à dire STOP aux comportements déviants", explique notre source.
La spécialiste recommande aussi de faire des séances d’hypnose et d’art thérapie pour aider l’enfant à se libérer des pensées négatives. "L’art thérapie est un moyen d'accompagner le jeune et de lui ouvrir le champ de l’expression des émotions, des difficultés, puis l'accompagne à la mise à distance. L’hypnose peut pour sa part contribuer à accompagner le jeune et à traiter de nombreuses manifestations somatiques", conclut-elle.
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