Economie
HCP : tout savoir sur le niveau de vie de la population
21/06/2024 - 22:08
Khaoula Benhaddou
Le Haut-Commissariat au Plan vient de rendre publique les résultats de l’Enquête Nationale sur le Niveau de Vie des Ménages de 2022. Cette enquête qui s’inscrit dans le cadre des enquêtes structurelles menées par le HCP a été réalisée à l'échelle nationale auprès d’un échantillon de 18.000 ménages, représentant les différentes couches socioéconomiques et les régions du Royaume. Voici les grandes lignes
Succédant aux enquêtes réalisées en 1991, 1999 et 2007, cette quatrième édition a été réalisée afin de prendre en compte les variations saisonnières et les événements socioreligieux influant sur les comportements de consommation et les revenus des ménages. La collecte des données s'est étalée sur une période d’un an, du 15 mars 2022 au 14 mars 2023.
Cette enquête d’envergure a pour but d'appréhender les dynamiques socio-économiques sous le prisme de l’évolution du niveau et de la structure des dépenses de consommation et des revenus des ménages. Les résultats obtenus permettent ainsi d'analyser de manière détaillée l'évolution du niveau de vie, du modèle de consommation, ainsi que des phénomènes de pauvreté, de vulnérabilité et d'inégalités sociales aux niveaux national, urbain, rural et régional.
Evolution des dépenses de consommation
A en croire cette enquête, le niveau de vie des marocains s’est globalement amélioré entre 2014 et 2022, marqué par une progression entre 2014 et 2019, suivie d'une décélération entre 2019 et 2022.
En chiffres, le niveau de vie moyen des ménages marocains, évalué à travers leurs dépenses de consommation, s’élève, selon le HCP, à 83.713 DH par an au niveau national, à 95.386 DH dans les villes et à 56.769 dans les zones rurales.
Ce montant global des dépenses recouvre l’ensemble des biens et des services consommés par les ménages, qu’ils soient achetés, autoconsommés, ou reçus comme dons ou salaire en nature. Il inclut également le loyer estimé que paieraient les ménages propriétaires ou logés gratuitement s’ils étaient en situation de location.
Toujours selon la même source, le niveau de vie moyen par personne est passé de 15.876 DH par an en 2014 à 20.389 DH en 2019 et à 20.658 DH en 2022.
Sur une base mensuelle, la dépense moyenne par personne a évolué de 1.323 DH en 2014 à 1.699 DH en 2019 et à 1.722 DH en 2022.
En milieu urbain, la dépense annuelle moyenne par personne (DAMP) est passée de 19.513 DH en 2014 à 24.497 DH en 2019, pour atteindre 24.898 DH en 2022.
En revanche, en milieu rural, après avoir enregistré une augmentation de 10.425 DH en 2014 à 13.357 DH en 2019, la DAMP a connu une légère baisse à 13.010 DH en 2022.
L’enquête précise que près des deux tiers de la population (69,9%) à l’échelle nationale disposent d’un niveau de vie inférieur à la dépense annuelle moyenne par personne (DAMP).
Cette proportion diffère entre les milieux urbain (59,5%) et rural (88,6%). Par ailleurs, la moitié de la population marocaine a un niveau de vie inférieur à 14.710 DH à l’échelle nationale.
Les dépenses loisirs et cultures en baisse!
Face à l’inflation et à la cherté, les dépenses des marocains ont connu entre 2014 et 2022 un grand changement marqué principalement par la baisse des dépenses d’équipements ménagers et de culture et loisirs
Dans le détail, le groupe "Loisirs et culture" a enregistré une baisse annuelle moyenne des dépenses associées, en termes réels, de -11,9%, passant de 329 DH à 109 DH.
Ce n’est pas tout, d’autres groupes ont également enregistré une régression comme est le cas pour les "Equipements ménagers" qui a enregistré une baisse de -2,1%, passant de 568 DH à 473 DH.
Les dépenses dans le secteur de l’enseignement ont également baissé de -1,8%, passant de 745 DH à 638 DH.
Même constat pour les dépenses réservées au Transport qui est passé de 1.379 DH à 1197 DH ainsi que pour l’Habillement qui est passé de 590 DH à 582 DH.
Si ces secteurs ont connu une baisse remarquable, d’autres groupes de dépenses ont enregistré une progression entre 2014 et 2022.
Ainsi, la DAMP de l’hygiène a pratiquement doublé sur cette période, passant de 483 DH à 814 DH, soit un accroissement annuel moyen, en termes réels, de +6,2%.
Sans surprise, le secteur de la Communication (Internet, équipements et services téléphoniques…) a enregistré un accroissement annuel des dépenses associées de +5%, passant de 353 DH à 541DH.
Le secteur de l’Habitation et d’énergie a également enregistré un accroissement de +2,9%, passant de 4.083 DH à 5252 DH.
Les Soins de santé ont également connu un accroissement de +2,5%, passant de 986 DH à 1.224DH.
Le secteur de l’alimentation a également connu un accroissement de +1,1%, passant de 7.190 DH à 7.887 DH.
Dans ce sens, l’enquête du HCP précise que dans la structure budgétaire des dépenses des ménages, la part des dépenses allouées à l'alimentation a connu une légère inflexion à la hausse, passant de 37% en 2014 à 38,2% en 2022, en contraste avec la tendance à la baisse observée depuis desdécennies.
En dépit de cette hausse, le poids des dépenses alimentaires demeure en deçà de celui enregistré en 2007 (40,6%).
Toujours selon la même source, plus le niveau de vie s’améliore, plus la part du budget alloué à l’alimentaire diminue, passant de 50% pour les 10% de la population les moins aisés à 30% pour les 10% les plus aisés en 2022, contre 50% et 26% respectivement en 2014.
Inégalités sociales
Sans surprise, l’enquête du HCP rappelle que les contrecoups majeurs de la pandémie COVID-19, de l'inflation et des années récurrentes de sécheresse sur le bien-être socioéconomique des ménages ont amplifié les disparités sociales et territoriales.
Ainsi, selon l’enquête du HCP, cinq régions concentrent près de trois quart de la dépense totale des ménages (74%). Il s’agit de "Casablanca-Settat" (25,8%), "Rabat-Salé-Kenitra" (15,9%),"Marrakech-Safi" (11,6%), "Tanger-Tétouan-Al Hoceima" (11,2%) et "Fès-Meknès" (9,5%). Ces mêmes régions participaient pour 73,4% à la dépense totale des ménages en 2001 et pour 74% en 2014.
Les disparités entre les milieux urbain et rural se sont nettement creusées dans les régions de "Casablanca-Settat", passant de 1,9 fois en 2014 à 2,1 fois en 2022, "Guelmim-Oued-Noun", de 1,4 à 1,6 fois, et "Béni Mellal-Khénifra", de 1,5 à 1,7 fois.
Toujours selon la meme enquête, la pauvreté extrême au Maroc a été pratiquement éradiquée. En effet, moins de 0,3% de la population marocaine vit au-dessous de ce seuil en 2022, 0,04% en milieu urbain et 0,68% en milieu rural
Au total, l’effectif de la population pauvre au niveau national est passé de 623 milles en 2019 à 1,42 millions en 2022, enregistrant ainsi une hausse annuelle moyenne de 33,7% sur cette période.
Ce n’est pas tout, dans la meme année, le classement des régions selon l’incidence de la pauvreté absolue montre que cinq régions présentent un taux de pauvreté supérieur à la moyenne nationale (3,9%). En tête de liste se trouve la région de « Fès-Meknès », avec un taux de 9%, suivie par les régions de « Guelmim-Oued Noun » (7,6%), « Béni Mellal-Khénifra » (6,6%), « Darâa- Tafilalet » (4,9%) et « L’Oriental » (4,2%).
La région de "Fès-Meknès" compte également le plus grand nombre de personnes vivant dans la pauvreté (401 milles personnes), représentant 28,3% du total des personnes pauvres. Elle est suivie par la région de "Béni Mellal-Khénifra" (12,3%) et de "Marrakech-Safi" (11,1%). Au total, ces trois régions concentrent près de 52% de la population en situation de pauvreté absolue
En ce qui concerne la perception des ménages de leur niveau de vie, plus de 70% des ménages éprouvent des difficultés à couvrir leurs dépenses, 80% parmi les moins aisés et 45% parmi les plus aisés
Interrogés sur la situation financière de leurs ménages, au cours des 12 mois précédant l’enquête, plus de 8 ménages sur dix (83,7%) déclarent arriver à couvrir leurs dépenses, dont 70,1% arrivent à le faire avec difficulté et 13,6% sans difficultés, 4,2% arrivent à épargner, 4,4% puisent dans leurs réserves et 7,6% s’endettent pour subvenir à leurs dépenses.
La cherté de la vie, l'émergence de nouveaux besoins, la perte d'emploi et la sécheresse sont, selon l’enquête, les principales raisons de la détérioration du niveau de vie.
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