Economie
Huile d’olive: comment repérer la fraude à l’heure des premières mises en vente?
03/12/2025 - 14:41
Ouiam Faraj
Alors que plusieurs moulins à huile à travers le Maroc viennent d’ouvrir leurs portes pour commercialiser les premières quantités d’huile d’olive, l’abondance de l’offre et les variations de prix selon la qualité et la région marquent cette période. Mais une inquiétude persiste: celle du risque de fraude. Les consommateurs s’interrogent sur les critères de qualité à respecter dans la production.
Comment distinguer une huile d’olive saine d’une huile falsifiée? La question revient au moment où les familles marocaines commencent à s’approvisionner en un produit considéré comme un pilier de la table marocaine, mais aussi comme l’un des produits agricoles les plus emblématiques et économiquement importants.
Des étapes déterminantes
La qualité de l’huile d’olive dépend d’une série d’étapes cruciales: le moment de la récolte, les conditions de transport et de stockage des olives, puis les conditions d’extraction, de filtration et de conservation. “Tout manquement dans cette chaîne affecte directement le goût et les propriétés nutritionnelles de l’huile”, explique Zakaria Al Asri, président de la coopérative Zaytounat Al Atawiya.
Dans une déclaration à SNRTnews, il souligne que le premier critère de qualité reste la propreté: “Il faut débarrasser les olives de leurs feuilles et bien les laver avant de les broyer”. Il insiste également sur l’utilisation d’équipements en inox afin d’éviter tout contact avec le fer, susceptible d’altérer le produit.
La propreté du moulin et le délai entre la récolte et le broyage jouent, eux aussi, un rôle déterminant. Le producteur, basé à El Kelaa des Sraghna, estime qu’il ne faut jamais dépasser trois jours avant le broyage: “L’idéal est de passer directement de l’arbre à la pierre”, affirme-t-il.
Abondance du produit, mais la confiance avant tout
Côté consommateurs, un malentendu persiste: beaucoup pensent que la couleur reflète la qualité. “En réalité, elle dépend simplement du type d’olive, verte ou noire”, précise Al Asri. Le critère le plus fiable reste le goût: l’huile ne doit pas présenter de saveur fermentée, signe d’un broyage tardif.
La confiance entre vendeur et acheteur demeure donc essentielle. Les spécialistes recommandent d’acheter auprès de coopératives reconnues et autorisées par les autorités compétentes.
Même constat chez Mohamed, producteur au sein d’une coopérative de la région Béni Mellal-Khénifra. Selon lui, la campagne actuelle se distingue par une forte disponibilité. Mais il prévient: la fraude peut prendre plusieurs formes, notamment le mélange de l’huile d’olive avec des huiles végétales moins chères, ou la commercialisation d’huiles anciennes. D’où la nécessité d’une vigilance accrue.
Les producteurs contactés par SNRTnews affirment que les prix ne dépassent pas 75 dirhams, avec des variations selon la région et la qualité.
Des méthodes de fraude multiples
Selon Bouazza Kherrati, président de la Fédération marocaine des droits du consommateur, plusieurs techniques de falsification existent: mélanger l’huile d’olive avec de l'huile de table, ajouter des colorants ou des substances modifiant l’odeur et le goût, ou encore mélanger une huile nouvelle avec une huile ancienne de moindre qualité.
Il évoque aussi l’ajout de feuilles d’olivier ou d’herbes pour donner une couleur plus verte, ainsi que la falsification des étiquettes concernant le pays d’origine ou la date de péremption.
Kherrati dénonce un secteur marqué par la "désorganisation", en raison du nombre important de moulins opérant dans l’informel, rendant difficile tout contrôle. Il appelle à généraliser l’agrément sanitaire afin de protéger les consommateurs.
200.000 tonnes attendues cette année
Le responsable met également en garde contre les ventes massives d’huile d’olive sur les réseaux sociaux, sans aucune forme de contrôle, ce qui représente un risque sanitaire. Il préconise un renforcement des inspections, une sévérité accrue envers les contrevenants et une sensibilisation des consommateurs à l’importance d’acheter des produits fiables et certifiés.
Pour la campagne en cours, la production nationale d’huile d’olive devrait dépasser 200.000 tonnes, et celle des olives atteindre 2 millions de tonnes, contre 950.000 tonnes l’an dernier, selon des données de la Fédération marocaine de production oléicole.
Les oliveraies s’étendent aujourd’hui sur 1,2 million d’hectares, représentant 65% de la superficie arboricole du pays.
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