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Jamil Benouahi: à bâtons rompus avec une "exception" dans le football moderne
04/07/2022 - 17:00
Nassim El Kerf
Jamil Benouahi est un Marocain qui fait l'unanimité à Alger. En prenant les commandes de l'Union Sportive Médina d'Alger (USMA) au cours de la saison en succédant à Zlatko Krmpotic, il relèvera un défi fou en menant le club de la capitale à la 4e place du championnat, qualificative à la Coupe de la Confédération (CAFCC). Dans une interview exclusive accordée à SNRTNews, Jamil Benouahi explique sa vision du football et évoque les dessous de cette fin de saison extraordinaire.
Le football a changé. Cette phrase devenue virale sur les réseaux sociaux depuis que Kylian Mbappé a justifié avec les conditions de son nouveau contrat avec le PSG, jugées extravagantes et peu communes par la communauté de ce sport. Pourtant, c'est un fait avéré aujourd'hui. Au-delà des sommes faramineuses qui composent aujourd'hui le paysage footballistique, le sport le plus populaire du monde change avec l'avancement technologique, le développement des plateformes et la grande place gagnée par les statistiques ... mais il existe quelques exceptions qui mettent toujours "la passion" et "l'humain" au centre de leur vision du football.
Jamil Benouahi fait partie de ces exceptions. Sans pour autant renoncer aux applications et aux avantages technologiques qu'offre le football nouvelle génération, l'entraîneur marocain de l'USM Alger continue de tenir un discours centré sur l'émotion et de l'amour du football. Au bord de la ligne de touche, Jamil cumule les allers-retours pour rester au contact de ses joueurs. Ce n'est pas pour rien qu'après chacun de leurs buts, les joueurs de l'USMA se dirigeaient vers leur entraîneur marocain pour le célébrer.
Pour comprendre cette complicité entre Jamil et ses joueurs, il faut faire un court retour en arrière. Au moment de prendre les rênes du club en succédant à Zlatko Krmpotic alors qu'il restait huit matchs à jouer, le technicien marocain a choisi de faire confiance au même groupe d'hommes avec la notion du mérite comme principal critère de sélection. Grâce à ses discours et sa proximité, il a su rallier à sa cause tout son groupe pour réaliser une magnifique fin de saison (7 victoires et une défaite en 8 matchs) et qualifier l'USMA à la CAFCC.
SNRTNews: comment est-ce que vous vous êtes retrouvé à la tête d'un club historique comme l'USMA?
Jamil Benouahi: je suis arrivé en tant qu'assistant de Zlatko qui n'arrivait pas à trouver la bonne formule et qui partira au bout de deux mois à cause d'une crise de résultats, les dirigeants ont opté pour la stabilité technique au moins pour finir la saison. Les joueurs me connaissaient, parce qu'avec le préparateur physique, on faisait déjà le gros du travail, donc c'était plus facile d'assurer la continuité ainsi.
En prenant les rênes du club, vous pensiez faire aussi bien et décrocher une place pour l'Afrique?
C'était mathématiquement possible. Mais l'état dans lequel nous étions ne présageait pas de tels résultats. Il fallait trouver le bon discours pour remobiliser les troupes car à l'USMA nous avons des joueurs de qualité. D'ailleurs, l'équipe nationale algérienne locale (A') compte pas moins de cinq joueurs de notre effectif. La clé était dans la remobilisation de ce groupe pour lui redonner confiance. On a eu quelques matchs références qui ont fait qu'il y a eu une prise de conscience du potentiel (...) en plus, bien sûr, de la magie du football et de l'intervention divine parce qu'il ne fallait pas seulement gagner, mais on devait gagner et attendre les faux pas des concurrents et c'est ce qui s'est passé.
Vous rempilez pour une saison à l'USMA, pour quels objectifs?
L'année prochaine sera différente parce qu'on jouera sur deux tableaux, le championnat et la coupe qui a été annulée la saison dernière à cause de la Covid, en plus de la Coupe de la Confédération où on espère atteindre la phase de groupe pour que ce jeune groupe (moyenne d'âge 24-25 ans ndlr) gagne en expérience. On espère jouer un maximum de matchs en Afrique la saison prochaine, et on verra ensuite comment les choses se présentent. Si on aborde nos matchs avec le bon état d'esprit et de la sérénité, on peut voir si on peut aller au bout, mais ça passe d'abord par les barrages très compliqués où il faut un peu de chance. Mais l'objectif est clairement de gagner au moins un titre.
Parlez-nous de votre victoire au derby, qu'est-ce que ça représente? Et comment vous l'avez vécu?
Le derby face au Mouloudia d'Alger est arrivé très vite. C'était seulement notre deuxième victoire, après une première contre Tlemcen déjà relégué et une défaite à l'extérieur qu'on pouvait éviter (...) J'ai essayé de décharger la pression, peut-être parce que je ne savais pas vraiment ce que ça représentait pour tout le monde et c'est ça qui m'a protégé parce que j'ai pu gérer de manière plus sereine. Après les deux jours de préparation un peu à l'écart, les joueurs ont joué un match d'hommes, disciplinés et courageux. C'était un match référence qui nous a permis de prendre confiance et d'acter la réconciliation avec les supporters qui ont réalisé que leur équipe pouvait bien jouer à ce niveau alors que ce n'était pas le cas tout au long de la saison. C'était quelque chose de fabuleux, c'était mon premier derby et ce sont des souvenirs qui restent gravés à vie.
Vous démarrez parfaitement votre carrière sur le banc. Sincèrement, quelles sont vos rêves et ambitions?
En y pensant, nous sommes en 2022 et je me rends compte que ça fait 10 ans exactement que je suis entraîneur professionnel. C'est un métier à part entière que ce soit au Qatar avec les jeunes, ou encore aux Emirats et mon petit passage au MAS, je m'étais fixé un objectif. C'était d'être entraîneur principal avec un staff à cet âge. C'est chose faite. Je me qualifie de passionné, donc quand je suis sur le banc, peu importe la catégorie je travaille avec la même implication et la même rage et "grinta" (...) Mes ambitions c'est d'abord de tester mes propres limites et essayer de les dépasser et progresser. J'ai des rêves à la mesure de mes moyens. De ce métier ... on en garde les émotions. Mais aussi ce qu'on apprend de tout le monde, des gens qui nous inspirent, ou même de nos joueurs qui nous transmettent beaucoup de choses. Pour l'instant, je suis comme une éponge qui absorbe toutes les bonnes choses qui se passent autour.
Vous avez eu une courte expérience au MAS, pourquoi ça n'a pas marché?
(Soupir) Il faut savoir que le MAS est mon club formateur, ou j'ai grandi avant de partir en Belgique à 18 ans et j'y ai passé toutes mes classes. Pour y revenir, j'ai dû même renoncer à certaines offres car je n'avais qu'une seule envie: insuffler cette envie et cette passion au sein du club et transmettre des valeurs de la manière la plus honnête. Malheureusement, ce n'était pas l'envie de tout le monde et l'entourage n'était pas propice au développement. Je n'ai pas envie de dire que c'était une très mauvaise expérience surtout par rapport à certaines déceptions liées à des personnes, mais j'y ai appris des choses. C'est avec une grande tristesse que j'ai vu de très près dans quel état était mon club de formateur (...) à l'avenir j'espère que le club soit composé de coachs passionnés qui feront progressé les jeunes, parce que la ville et toute la région regorge de talents. Cela permettre au club de retrouver son identité, grâce au profil des jeunes de la région qui n'hésitent pas à se dépasser physiquement et mentalement pour réaliser leur rêve de jouer au MAS.
Si vous devez choisir un moment de la saison passée, ce serait lequel?
Je parlerais plutôt du moment que j'aurais aimé vivre. J'aurais adoré assisté au moment où nos supporters sont passés du désarroi à l'espoir concernant leur équipe, car au final c'est l'impact de ce que nous faisons sur les gens qui m'importe réellement. Je n'y ai pas assisté, mais je l'ai senti et c'était fabuleux surtout que l'USMA est un club très populaire et être parmi ceux qui ont contribué à ce changement, c'est un honneur. On a vécu une superbe saison malgré des problèmes administratifs liés à la présidence (...) mais qui a été entachée par la perte de notre joueur Bilal Benhammouda. Sa mort dans un accident nous a beaucoup touchés, nous avons beaucoup pensé à lui et c'est quelque chose que nous porterons toute notre vie mais qui renforce notre foi en Allah, parce que la vie sera toujours faite de bons et de mauvais moments, mais il faut continuer à avancer.
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