Politique
Jean-Marie Heydt: "L’Espagne a tout à gagner à rétablir une forte liaison positive"
21/03/2022 - 19:43
Imane Benichou
L’Espagne a adopté vendredi une nouvelle position sur la question du Sahara reconnaissant le plan d’autonomie marocain comme étant "la base la plus sérieuse et la plus durable’’. Pour l’observateur des politiques internationales, Jean-Marie Heydt, la rupture aurait porté un préjudice "plus fort" du côté espagnol notamment sur les dossiers migratoire, économique, et énergétique.
Jean-Marie Heydt, auteur franco-suisse et enseignant-chercheur a déclaré à SNRTnews que "l’Espagne, membre de l’Union européenne, a tout à gagner à rétablir une forte liaison positive et constructive au nom de l’Europe, avec son voisin méditerranéen".
"Poursuivre cette rupture aurait porté un préjudice plus fort du côté espagnol notamment en ce qui concerne les grands dossiers (gestion migratoire, économique, industrielle, énergétique, etc.)", a poursuivi l’observateur des politiques internationales.
Heydt a alors rappelé l’importance du Maroc comme un "pont entre l’Afrique et l’Europe". "Ce pont est essentiel, car il est sans nul doute bâti avec de solides piliers espagnols", a-t-il affirmé, expliquant que les relations entre le Maroc et l’Espagne ne relèvent pas d’un simple voisinage, mais "d’un profond rapport fraternel, d’un vécu commun de très longue date où se mêlent des peuples avec leurs cultures, leurs religions, leurs savoir-faire et de nombreux autres points communs…". "Il n’était donc pas pensable, pour tout observateur politique, que cette rupture diplomatique puisse perdurer plus longtemps qu’une année", a-t-il encore noté.
L’aspect fondateur de cette nouvelle relation est vraisemblablement, selon Heydt, la reconnaissance de l’actuelle posture marocaine, précédemment considérée comme dépendante tel un "petit frère" à l’égard de son "grand frère" espagnol. "La spectaculaire évolution du Royaume chérifien de ces vingt dernières années modifie les rapports où désormais les deux pays ont la capacité de dialoguer d’égal à égal", a-t-il souligné.
L’auteur du livre «Mohammed VI, la vision d’un Roi : actions et ambitions», a fait observer que parmi les signes récents, lors du discours royal de l’été dernier, le Souverain avait affirmé que le Maroc "(…) a changé parce qu’il n’accepte pas que ses intérêts supérieurs soient malmenés". "Ceci signifiait que Sa Majesté ne saurait dorénavant se suffire d’une simple révocation de la ministre des Affaires étrangères du gouvernement espagnol comme excuses auprès du Royaume", a-t-il poursuivi.
Une position "déterminante"
La position espagnole est "déterminante" pour la question du Sahara marocain, a commenté Jean-Marie Heydt. "Qui de mieux que l’Espagne, ancienne puissance administrative, connait l’histoire et ses tenants et ses aboutissants… ?", s’est-il interrogé.
"Il relevait donc de sa responsabilité à ne plus laisser planer le doute et à permettre à ce peuple de connaître enfin la paix et la prospérité, à partir de l’initiative marocaine reconnue comme « (…) la base la plus sérieuse, réaliste et crédible pour la résolution du différend »", a-t-il encore affirmé.
"C’est chose faite et il y a tout lieu de penser que la prochaine étape devrait être la reconnaissance de ce Plan d’autonomie par l’Union européenne, elle-même, sachant que trois pays membres des plus importants: l'Allemagne, la France et l'Espagne l’ont déjà exprimé", a encore ajouté l’enseignant-chercheur.
Vendredi dernier, dans un message adressé à SM le Roi Mohammed VI, le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, a souligné que son pays "reconnaît l’importance de la question du Sahara pour le Maroc". À ce titre, "l’Espagne considère l’initiative marocaine d’autonomie, présentée en 2007, comme la base la plus sérieuse, réaliste et crédible pour la résolution du différend". Sanchez a souligné "les efforts sérieux et crédibles du Maroc dans le cadre des Nations Unies pour trouver une solution mutuellement acceptable".
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