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L'échec du vaccin français symbolise-t-il le déclin scientifique de la France?
29/09/2021 - 17:00
Lina Ibriz
La crise sanitaire mondiale a mis à l’épreuve le développement scientifique et médical des pays du monde, et la course au vaccin anti-Covid a rendu évident l’écart entre différents pays en matière de recherche scientifique. Alors que les vaccins développés par les laboratoires américains, chinois, britanniques, russes et allemands dominent la course, la France, quant à elle, a pris beaucoup de retard. Dans tous les cas, c’est ce qu’a confirmé le laboratoire français Sanofi en annonçant l’abandon de la phase III des essais pour son vaccin qui "arrive trop tard sur le marché". L’échec du vaccin alerte-t-il, en réalité, sur un échec de la recherche scientifique en France, qui, elle aussi, commence à prendre du retard ?
À travers son supplément "Science & médecine", Le Monde revient sur l’état des lieux de la recherche scientifique en France. L’analyse pluridimensionnelle révèle la réalité de la recherche scientifique au pays des Lumières et les causes de son "déclin scientifique".
Citant le dernier rapport de l’Observatoire des sciences et techniques (OST), Le Monde rappelle que bien que la France demeure l’un "des pays les plus intensifs en recherche", le pays "bouge moins vite que le monde". En effet, face à la forte augmentation des publications des pays émergents, la France a enregistré entre 2005 et 2018 le deuxième plus fort recul (- 34 %), selon le même rapport.
Malgré cette régression, l’Hexagone maintient sa position parmi les dix pays qui publient le plus. Tout de même, sur le plan qualitatif, Le Monde rappelle que le pays "n’est que seizième sur un indicateur de qualité élaboré par l’OST qui prend en compte le centile des publications les plus citées, derrière la Belgique, la Suisse ou le Danemark".
L’insuffisance des moyens
Plus les moyens alloués sont importants, plus l’effet positif sur l’innovation sera grand, c’est une règle générale dans le monde de la recherche scientifique et technique. Or, en France, les moyens financiers représentent l’un des grands problèmes qui entravent le travail des scientifiques. L’enveloppe publique française dédiée à la recherche en biologie-santé se réduit tandis que le budget total alloué à la recherche stagne (voire ralentit légèrement) à des niveaux faibles en comparaison de ses voisins européens, relèvent les notes du conseil d’analyse économique sur "Innovation pharmaceutique : comment combler le retard français ?" publiées en janvier 2021. En termes d’investissement dans la recherche, la France dépasse tout juste les 2 % de son PIB, dont 18 % seulement sont dédiés à la biologie-santé. Par ailleurs, les crédits publics en recherche et développement pour la santé ont diminué de 28 %.
Ce même point est mis en lumière par Le Monde qui souligne que "si on se concentre sur la part publique de ces dépenses, avec moins de 0,8 % du PIB, la France se situe au dixième rang de l’Union européenne". En parallèle, la France ne peut même pas compter sur ses entreprises pour atteindre ses objectifs, car leur contribution est aussi inférieure à celle de d’autres pays, elle ne représentait que 0,76% PIB en 2018, selon les données de l’Organisation de coopération et de développement économiques.
Une recherche scientifique orientée vers le passé ?
La réalité est que la recherche scientifique en France reste orientée vers "les sciences du passé", comme l'a formulé Le Monde. Cela expliquerait donc pourquoi la France n’a pas pu s’imposer dans la course au vaccin anti-Covid. En 2005 déjà, un rapport de l’Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) alertait sur le retard enregistré par la France dans les domaines des biotechnologies.
Depuis, cette réalité n’a pas changé. Un rapport publié par l’OPECST en juillet 2021 vient corréler la même constatation. La France s’est classée à la seizième place du point de vue de l’Indice mondial d’innovation 2019 dédié à l’innovation médicale et à la 18ème place pour l’innovation contre la pandémie de Covid-19, relève le même rapport.
À ce niveau, le problème de financement se pose encore une fois. La recherche française en sciences biologiques et santé paraît sous-financée en comparaison des autres pays en tête de la recherche mondiale, rapporte l’OPECST.
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