Société
La triche aux examens du baccalauréat: des méthodes de plus en plus sophistiquées malgré les mesures de dissuasion
31/05/2025 - 13:33
Morad Karakhi | Mohammed Fizazi
La triche lors des examens du baccalauréat au Maroc connaît une évolution constante, portée par les avancées technologiques qui facilitent l'apparition de nouvelles méthodes permettant aux candidats de communiquer avec des personnes extérieures à la salle d’examen. Malgré les mesures adoptées par le ministère de l’Éducation nationale, du Préscolaire et des Sports, ainsi que les efforts des services de sécurité, ces pratiques persistent chaque année
Les dispositifs utilisés pour tricher exploitent les technologies les plus modernes. Parmi eux figure l'appareil "VIP PRO", doté d’écouteurs sans fil connectés au téléphone via Bluetooth, permettant une communication à distance. D’autres moyens incluent des montres électroniques programmées avec des résumés de cours, grâce à leur grande capacité de stockage, ainsi que des lunettes "intelligentes" équipées de caméras discrètes et d’écouteurs miniatures, utilisées pour photographier les feuilles d'examen et recevoir les réponses à distance.
Le jeudi 29 mai 2025, à Agadir, deux candidats ont été arrêtés en flagrant délit de triche à l’aide d’équipements électroniques sans fil connectés à des réseaux de communication. L’enquête a permis de découvrir un appartement où deux enseignants du privé et deux étudiants universitaires fournissaient, contre rémunération, les réponses aux examens. À Al Hoceïma, un individu soupçonné de gérer des groupes WhatsApp destinés à transmettre des réponses moyennant des virements financiers a également été interpellé.
Selon l’expert en technologies éducatives Abdelrahim Lih, ce phénomène trouve ses racines dans un changement profond des valeurs au sein de la société. Il observe un affaiblissement des valeurs positives comme l’honnêteté et l’effort, et une banalisation du mensonge et de la fraude. Il estime que ce contexte engendre une perte de repères moraux, poussant certains élèves à considérer la triche comme un droit légitime pour réussir.
Lih souligne également les lacunes des programmes éducatifs en matière d’éducation morale et critique le caractère traditionnel des méthodes d’enseignement, qui favorisent la mémorisation au détriment du raisonnement et de la curiosité. Le développement massif de la technologie complique encore le phénomène, avec l’usage de smartphones, de montres connectées, de tablettes et d’ordinateurs portables dans les salles de classe et d’examen.
Pour endiguer cette tendance, M. Lih plaide pour une action en profondeur, impliquant famille et école dans la promotion des valeurs éthiques. Il recommande aussi une réforme des programmes scolaires pour intégrer les dimensions éducatives, ainsi que des campagnes de sensibilisation illustrant les conséquences de la triche et valorisant les parcours basés sur l’effort et l’intégrité.
De son côté, le ministère de l’Éducation nationale met en œuvre un ensemble de mesures préventives: campagnes de sensibilisation dans les établissements scolaires, affichage des outils interdits dans les centres d’examen, renforcement de la surveillance avec des équipes mobiles et fixes équipées de détecteurs d’appareils électroniques. Le processus de sécurisation comprend également l’analyse des risques associés à chaque étape, notamment la reproduction, le stockage et la distribution des sujets.
La législation marocaine considère comme tricherie toute pratique frauduleuse pendant les examens menant à l’obtention d’un diplôme national. Cela inclut l’usage de faux documents, le remplacement de candidats, la divulgation ou la réception d’épreuves, ainsi que l’échange d’informations ou la détention de matériel non autorisé, même hors fonctionnement.
Les sanctions prévues vont de six mois à cinq ans de prison, avec des amendes allant de 5000 à 100.000 dirhams, ou l’une de ces deux peines.
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