Société
L’artisanat à Laâyoune: des mains qui tissent l’identité du Sahara marocain
11/11/2025 - 18:05
Youness Oubaali | Hamza BAMMOUDans la ville de Laâyoune, se racontent des récits de succès autour de l’artisanat, et de l’économie sociale et solidaire, des femmes et des jeunes qui ont trouvé dans l’aiguille et le fuseau un moyen de vie, d’affirmation et d’appartenance. À Laâyoune, "Dar Draâ" et "Dar Nasij" sont devenus des institutions de l’artisanat identitaire, pas simplement des pièces de tissu à porter.
Il y a quelques années, la Draâ, vêtement sahraoui authentique, était importée de Mauritanie. Aujourd’hui, la ville de Laâyoune abrite la première usine spécialisée dans la fabrication de la draâ hassanie: un projet qui a fusionné rêve et réalisation, et qui est devenu une destination pour les artisans et ceux en quête d’emplois et d’une vie digne.
Le patrimoine et l’authenticité
Bachir Taqi, président de la coopérative porteuse du projet "Dar Draâ", précise que cette évolution s’est réalisée grâce au soutien de la direction régionale de l’artisanat et des institutions locales, depuis la création de la coopérative en 2011.
Dans un entretien avec SNRTnews, il indique que le travail se fait désormais avec des équipements de pointe. Dans l’atelier, on trouve quarante ouvriers — du Maroc et de pays africains comme le Mali, la Côte d’Ivoire, le Sénégal et la Mauritanie, qui ont trouvé un emploi, pour prendre en charge leurs familles. Ces ouvriers ne cessent de faire preuve de créativité.
Grâce à des machines modernes capables de tisser 12 draâs en même temps, l’atelier a su combiner modernité et identité, technologie et esprit du Sahara.
Et avec l’entrée des femmes sur la ligne de production, la productivité a augmenté et les marchés se sont étendus vers différentes régions du Maroc. Les produits de Laâyoune sont vendus même en Europe grâce au marketing numérique.
Cependant, ce succès n’est pas sans difficultés; "les matières premières sont importées de Mauritanie, d’Allemagne et de Chine, ce qui fait du coût un des grands défis", souligne Taqi
La femme au cœur du développement
Non loin de "Dar al-Draâ", "Dar Nasij" bourdonne de l’activité de dizaines de femmes qui tissent à la fois tissus et rêves. Là, soixante jeunes femmes ayant suivi la formation en progression professionnelle ont été intégrées au marché du travail via des coopératives féminines qui ont formé une union performante et sont devenues un modèle de réussite.
Naïma Al‑Anzi, présidente de l’une de ces coopératives précise qu’elles ont profité de "la formation, de l’encadrement et du soutien logistique. Aujourd’hui, elles constituent une main-d’œuvre qualifiée, et des machines modernes ont été fournies par la direction régionale de l’artisanat et par PhosBoucraa Foundation".
Grâce à cette dynamique et cet esprit de travail, certaines femmes sont capables de lancer leurs propres projets et c’est justement l’objectif de l’économie sociale et solidaire.
Du patrimoine aux horizons africains
Dans une déclaration à SNRTnews, Mohamed Salem Boudija, directeur régional de l’artisanat à Laâyoune, affirme que ce secteur joue un rôle central dans les équilibres économiques et sociaux, qu’il contribue à la paix sociale, et qu’il reflète avec excellence les composantes de la culture hassanie comme pilier fondamental de l’identité marocaine authentique.
Il souligne que le tournant majeur est survenu en 2015 avec le programme Royal du développement des provinces du Sud, qui a alloué 92 millions de dirhams à l’artisanat et à l’économie sociale, ce qui a permis de créer un institut spécialisé dans les arts de l’artisanat, de construire des centres de l’artisanat féminin, de lancer des programmes de formation continue et de marketing technique.
Aujourd’hui, la région de Laâyoune-Sakia El Hamra est en train de devenir un modèle de développement intégré, où modernité et authenticité se mêlent, où les ateliers créent des opportunités pour les jeunes, les femmes, et même des travailleurs de l’Afrique subsaharienne qui ont trouvé à Laâyoune une nouvelle terre d’accueil.
Ce qui se passe dans les ateliers de tissage, de couture et à Dar al-Draâ n’est pas simplement un travail manuel, mais un acte culturel et humain profond. Chaque fil tissé porte en lui l’histoire de ceux qui ont surmonté les difficultés, et chaque draâ cousue incarne un héritage profondément ancré dans l'identité hassanie.
Articles en relations
Société
Société
Société
Art & Culture