Art & Culture
Le jury du FIFM s’exprime: Intelligence artificielle, inspirations et conseils aux jeunes cinéastes
29/11/2025 - 13:30
Khaoula Benhaddou | Mohammed ChafiLa 22e édition du Festival international du film de Marrakech a pris un nouvel élan ce samedi matin avec la traditionnelle conférence de presse du jury.
Face à une salle comble, les cinéastes, acteurs et producteurs qui composent cette année le jury officiel ont répondu, avec franchise et parfois humour, aux questions des journalistes venus des quatre coins du monde.
Au début de la conférence, les membres du jury ont exprimé leur gratitude et leur fierté de prendre part à un festival devenu un rendez-vous incontournable pour les cinéphiles.
Le réalisateur sud-coréen et président du jury Bong Joon HO a confié qu’il souhaitait participer au festival depuis plusieurs années "Le Festival de Marrakech est important pour moi. Il y a quelques années, un film sud-coréen encore peu connu à l’époque a remporté le Grand Prix lors d’une édition où Marion Cotillard siégeait dans le jury présidé par Martin Scorsese. Ce prix a permis au film d’être découvert et de devenir très célèbre."
Et d’ajouter: "La particularité de ce festival, c’est qu’il permet de révéler de jeunes talents et de mettre en lumière leurs premières réalisations, et cela n’a pas de prix." Le président du jury a également invité les jeunes cinéastes à préserver la flamme des débuts "Dans un premier film, le réalisateur fait preuve d’une grande folie et d’une audace qu’on ne retrouve pas forcément par la suite. C’est cette folie qui fait la magie du cinéma. Je suis ici pour voir cette audace et sentir cette énergie."
Pour sa part, la réalisatrice française Julia Ducournau a précisé qu’en tant que membre du jury, elle refuse d’endosser la posture de la critique "Je viens à l’aveugle pour découvrir les films et interroger le sens même du cinéma"
Même approche pour l’actrice Jenna Ortega, qui a confié n’avoir visionné aucune bande-annonce, "C’est la première fois que je suis membre d’un jury, c’est très important pour moi. Notre rôle est de nous enfermer dans une salle obscure pour découvrir les films en compétition, profiter de chaque scène et de chaque émotion. C’est juste magnifique", a-t-il déclaré".
L’intelligence artificielle, entre méfiance et curiosité
Les membres du jury ont été interrogés sur un sujet d'actualité : l’impact de l’intelligence artificielle sur le 7e art. Les réponses ont été nuancées. Certains y voient un outil "prometteur mais encore mal compris", tandis que d’autres insistent sur la nécessité de préserver "l’âme humaine" au cœur de la création.
Pour la majorité du jury, l’IA peut accompagner mais jamais remplacer. "L’IA peut être un allié pour accomplir certaines tâches techniques, mais elle ne remplacera jamais la sensibilité d’un acteur. Notre premier rôle est de défendre l’humanité", a affirmé la réalisatrice et scénariste Céline Song, qui a trouvé un écho approbateur dans la salle.
Jenna Ortega a été plus directe: "L’intelligence artificielle ne pourra jamais remplacer l’être humain. La magie du cinéma, c’est l’émotion. Un robot ne peut pas interpréter cela. On aime le cinéma pour ses émotions, ses erreurs et ses imperfections. En tant qu’actrice, je veux exprimer mes sentiments face à la caméra sans artifice. L’IA ne pourra jamais remplacer un acteur ni la créativité humaine".
Pour Julia Ducournau, "LIA doit rester un outil. À aucun moment elle ne doit remplacer l’interaction humaine. Certes, elle peut être tentante pour réduire les charges pour certains producteurs, mais cela ne doit pas se faire au détriment des techniciens et des acteurs. Ce n’est absolument pas correct".
Des inspirations puisées dans la vie, l’art et le voyage
Interrogés sur leurs inspirations, le ton devient des membres du jury plus intime. Chacun évoque les sources qui nourrissent son imaginaire : les grands maîtres du cinéma, la littérature, les voyages ou encore les expériences personnelles.
Le réalisateur marocain Hakim Belabbes est revenu sur son enfance à Bejaad, où il se réfugiait dans le seul cinéma du village "Dans cette salle obscure, j’ai découvert les films de Bollywood et d’Hollywood. Ils ont façonné mon regard et nourri ma sensibilité artistique"
Un jury uni dans sa diversité
Malgré des parcours, des cultures et des sensibilités très différentes, le jury de cette 22e édition s’est montré profondément uni autour des valeurs qui font l’identité du FIFM : l’ouverture, le dialogue et la célébration du cinéma mondial.
Cette conférence de presse, rythmée par des éclats de rire, des réflexions profondes et une passion sincère pour le 7e art, annonce une sélection 2025 qui sera examinée avec attention, exigence et enthousiasme.
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