Economie
Le Maroc, élève moyen de la transition énergétique
23/04/2021 - 18:58
Ghita Ismaili
Le Maroc a reculé dans l’indice mondial de la transition énergétique, fourni chaque année par le Forum économique mondial. Il est désormais 66e au monde, sur 115 pays notés. Que signifie ce nouveau classement ? Qu'est-ce qui doit encore être fait par le Maroc dans ce domaine ?
Le Forum économique mondial (Word economic forum, WEF) a dévoilé mercredi son indice de transition énergétique (Energy transition index, ETI) pour l’année 2021, contenu dans le rapport "Favoriser une transition énergétique efficace". L'ETI "soutient les décideurs avec une base factuelle transparente sur les progrès et les lacunes de la transition énergétique, sa complexité et son interdépendance avec les éléments sociaux, politiques, environnementaux, économiques et institutionnels", indique-t-on dans le rapport.
L’indice évalue la performance du système énergétique de chaque pays en fonction de trois "priorités clés" : "la capacité de soutenir le développement économique et la croissance, l’accès universel à un approvisionnement énergétique sûr et fiable, et la durabilité environnementale tout au long de la chaîne de valeur énergétique".
15 places perdues
Au niveau mondial, la Suède, championne en la matière, est toujours première au classement, suivie par la Norvège et le Danemark, alors que les pires élèves sont le Zimbabwe (115e), Haïti (114e) et la Mongolie (113e). Les pays "dont la demande énergétique augmente, comme la Chine (88e), l'Inde et les pays d'Afrique subsaharienne", ont eux enregistré les plus importantes avancées, mais leurs scores ETI "restent toutefois faibles en termes absolus".
Si en 2020, le Maroc était 51e sur 115 pays notés par le WEF, il a perdu 15 places au classement de cette année. Avec un score de 57 sur 100, le royaume occupe à présent le 66e rang, juste devant les Philippines (67e) et la Chine (68e) et derrière le Vietnam (65e) et les Emirats arabes unis (64e). Il arrive cependant à dépasser plusieurs pays de la région dont l’Égypte (76e), l’Algérie (79e) et la Tunisie (88e).
La transition énergétique fait référence à une transformation des modes de production et de consommation de l'énergie. "C’est une composante essentielle du développement durable pour minimiser la production de CO2. Les énergies fossiles, c’est-à-dire les hydrocarbures, le pétrole brut, le gaz naturel et le charbon, qui dégagent énormément de gaz carbonique ce qui accentue l’effet de serre et de là impacte le climat. C’est pour cela que c’est important de transiter vers les énergies qui produisent moins de gaz carbonique, dont les énergies renouvelables", souligne Mehdi Daoudi, consultant en énergie et développement durable, joint par SNRTnews.
Le Maroc "s’est fixé comme objectif d’atteindre un taux des énergies renouvelables dans la puissance installée électrique de 42% en 2020 et de 52% en 2030 d’énergies renouvelables, c’est-à-dire celui de l’installation des usines de production de ces énergies renouvelables. Mais la production de ces dernières est nettement inférieure à ces estimations. C’est pour cela qu’est mal classée", poursuit notre interlocuteur.
Encourager l'électrique
"Lorsqu’on parle d’énergies, cela signifie la consommation de l’énergie globale, soit tout ce qu’on consomme comme carbures, charbon ou électricité", poursuit-il. Or, "la composante électricité ne représente aujourd’hui que 18 à 20% de la consommation énergétique globale au Maroc. Les gros secteurs de la consommation de ce type d’énergies sont le transport et le butane", explique notre interlocuteur.
Selon l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE), la puissance installée électrique aurait atteint 10.557 MW à fin 2020, avec une part des énergies renouvelables d’environ 36,8% seulement. Pour Mehdi Daoudi, qui avait par ailleurs participé à l’élaboration d’une étude sur le sujet avec le Conseil économique social et environnemental (CESE), le Maroc doit impérativement encourager la consommation électrique pour une meilleure transition énergétique.
"Avec le CESE, nos recommandations concernaient le développement de la consommation de l’électricité au Maroc puisque les énergies renouvelables ne produisent que de l’électricité. Dans nos cuisines, nous utilisons le butane qui représente une composante énergétique très importante avec 2,5 millions de tonnes par an. Il faut transiter progressivement de la consommation du butane vers l’électrique au niveau des bâtiments et de la consommation du gasoil ou de l’essence vers les voitures électriques", estime-t-il.
Un pilote pour la transition
Récemment, le ministre de l’Énergie, des mines et de l’environnement Aziz Rabbah a assuré au Parlement que la "prochaine décennie sera celle du développement durable et des énergies renouvelables". Mais pour y arriver, il faut une "cohésion entre les différents acteurs et ministères. Chose que nous n’avons pas à l’heure actuelle", plaide encore notre source.
"Nous n’avons pas de pilote pour la transition énergétique. Normalement, ça devrait être le ministère de l’Énergie, mais tout lui échappe pratiquement : le transport, l’ONEE, l’industrie, le bâtiment… Nous avons besoin d’un coordinateur à l’échelle nationale pour concevoir et mettre en œuvre cette transition énergétique", soutient Mehdi Daoudi, citant l’exemple de la France qui a "créé un ministère de Transition énergétique pour jouer ce rôle de coordinateur".
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