Economie
Le Maroc et l’adoption du dirham numérique : explications du Wali de Bank Al Maghrib
18/03/2025 - 20:19
Youness Oubaali
Le Wali de Bank Al-Maghrib, Abdellatif Jouahri, a révélé qu'un travail est en cours sur la création d'un "dirham numérique", dans le but d'assurer une inclusion financière qui réduirait l'utilisation du cash.
Lors d'une conférence de presse tenue après la réunion du Conseil de Bank Al-Maghrib, ce mardi 18 mars 2025, Abdellatif Jouahri a expliqué que certains pays ont déjà travaillé sur le sujet et d'autres ont avancé considérablement, tandis que le Maroc a commencé à s'y pencher depuis un certain temps. Désormais, c'est une priorité pour Bank Al-Maghrib après avoir achevé ses travaux sur les cryptomonnaies, ayant élaboré un projet de loi et vu le ministère de l'Économie et des Finances créer un comité pour l'étudier.
Bank Al-Maghrib a révélé, dans son communiqué de la réunion de ce mardi, que le besoin en liquidité des banques a diminué pour atteindre en moyenne 128,7 milliards de dirhams en janvier et février 2025, grâce à la régularisation volontaire de la situation fiscale des particuliers. Toutefois, il est prévu que ce besoin augmente à nouveau pour atteindre 143 milliards de dirhams d'ici la fin de 2025 et 162 milliards d'ici la fin de 2026.
Cependant, Bank Al-Maghrib n'a pas encore commencé à étudier les répercussions de l’adoption du dirham numérique sur les équilibres macroéconomiques. Pour l’instant, l'objectif principal est d’abord de définir la finalité de la création de cette monnaie numérique, qui, selon Jouahri, est de cibler la réduction du recours au "cash".
À ce sujet, Jouahri a souligné que certains pays ne cherchent pas à réduire l’utilisation du cash car ils ne l’emploient déjà plus, mais travaillent plutôt sur l'amélioration de leurs marchés financiers avancés via la monnaie numérique. En revanche, le Maroc cherche à définir une approche pour créer une inclusion financière permettant aux petites et moyennes catégories d'accéder au secteur financier et bancaire, réduisant ainsi la dépendance au cash.
Il a poursuivi en expliquant qu'une fois cette inclusion financière atteinte, une phase technique sera entamée pour déterminer la méthode de mise en œuvre. Actuellement, le Maroc collabore avec la Banque mondiale et le Fonds monétaire international pour bénéficier d'un soutien technique.
Il a précisé que ces deux institutions ont déjà travaillé avec le Maroc sur les cryptomonnaies et l’accompagnent aussi dans une première phase visant à définir l'objectif de l’adoption du dirham numérique.
Jouahri a révélé l'existence d'une expérimentation entre le Maroc et l'Égypte afin d'examiner la gestion des transferts de fonds de la diaspora en utilisant une monnaie virtuelle, avec l’appui technique de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international.
Il a expliqué : "Pourquoi l'Égypte ? Ce n'est pas parce qu'il y a beaucoup de Marocains là-bas, mais parce que l'Égypte est à un niveau similaire au nôtre. Si nous nous tournions vers un pays européen, l'objectif serait différent, car, comme je l’ai dit, nous cherchons à assurer l’inclusion financière, tandis qu’eux visent à développer leurs marchés financiers."
Il a affirmé que les conclusions de cette expérimentation technique permettront d’évaluer le déroulement du processus. Une fois les problématiques résolues, les impacts sur la politique monétaire et la stabilité financière du Maroc seront examinés si le pays décide d’aller dans cette direction.
Enfin, il a conclu que l’adoption du dirham numérique constitue un objectif à moyen ou long terme, car cela nécessite la mise en place d’une culture, de technologies et de formations adaptées.
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