Société
Le syndrome des ovaires polykystiques: Un trouble hormonal féminin silencieux
20/09/2025 - 10:52
Halima Aamir | Mohammed Fizazi
Dans une petite salle d'attente d'un cabinet de gynécologie à Casablanca, Salma (30 ans) feuillette nerveusement les résultats de ses analyses médicales. Depuis des mois, elle souffre de cycles menstruels irréguliers, d'une prise de poids inexpliquée, d'une pilosité faciale importante et d'une fatigue constante. Elle pensait qu'il s'agissait simplement du stress des examens ou d'un déséquilibre passager, mais une amie lui a conseillé de consulter une gynécologue.
Salma ne savait pas que les symptômes qu'elle éprouvait pouvaient être un signe de syndrome des ovaires polykystiques (SOPK). "Au début, j'ai cru que c'était lié au stress de mes études", a-t-elle déclaré à SNRTnews, "mais après des mois de douleur et d'irrégularités, j'ai consulté une gynécologue et j'ai découvert que je souffrais de ce syndrome, dont je n'avais entendu parler que sur les réseaux sociaux."
Salma n'est pas un cas isolé. Selon des gynécologues et obstétriciens, des milliers de filles et de femmes au Maroc souffrent du SOPK sans le savoir, en raison d'un manque de diagnostic précoce ou d'une faible sensibilisation aux symptômes.
D'autres témoignages
Hanane (28 ans), employée à Casablanca, raconte son histoire : "Je me réveillais parfois la nuit à cause d'une douleur intense dans le bas-ventre, comme de fortes crampes. Je pensais que c'était dû au stress ou à une mauvaise alimentation, mais la douleur est devenue insupportable et quotidienne, jusqu'à ce que je passe des examens et que je découvre que j'avais le SOPK."
Quant à Maryam (30 ans), mariée depuis deux ans à Mohammédia, elle n'aurait jamais imaginé que ses difficultés à tomber enceinte puissent être dues au SOPK, avant que son médecin ne le lui confirme et ne lui propose un plan de traitement combinant sport et médicaments.
Un trouble hormonal silencieux
La Dre Laila Alaoui, gynécologue à Casablanca, explique que le syndrome est un trouble hormonal qui provoque la formation de petits kystes sur les ovaires et un dysfonctionnement de l'ovulation, entraînant des cycles menstruels irréguliers et, dans certains cas, des difficultés à concevoir.
"Les symptômes peuvent inclure une prise de poids, une pilosité excessive sur le visage ou le corps, des règles abondantes et prolongées, et de l'acné, mais ils ne se manifestent pas avec la même intensité chez toutes les femmes", précise-t-elle à SNRTnews.
La Dre Alaoui met en garde contre le fait de négliger ce syndrome, car cela peut augmenter le risque de diabète de type 2, d'hypertension artérielle, de troubles du cholestérol et de maladies cardiaques, en plus de ses effets psychologiques liés à la dépression, à l'anxiété et aux difficultés de conception.
Le traitement commence par un changement de mode de vie
De son côté, le Dr Omar Benchakroun, gynécologue et obstétricien à Fès, souligne que le traitement varie selon les cas, mais qu'il commence souvent par des modifications du mode de vie, telles que la perte de poids et l'exercice physique, en plus de médicaments pour réguler le cycle menstruel ou stimuler l'ovulation.
Il insiste sur le fait qu'un diagnostic précoce facilite la gestion des symptômes et réduit les complications, notant que le manque de sensibilisation à cette maladie peut la transformer en une affection chronique et en faire une cause directe de difficultés à concevoir.
Le médecin insiste sur l'importance de mener des campagnes de sensibilisation pour informer les femmes sur le SOPK et ses symptômes, et d'encourager les jeunes filles à consulter un médecin si elles remarquent des changements hormonaux anormaux, afin que ce trouble silencieux ne devienne pas un problème de santé chronique.
Données internationales
Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), le SOPK est un problème de santé publique majeur et l'un des troubles hormonaux les plus courants chez les femmes en âge de procréer. Il touche entre 6 et 13 % de cette population, et jusqu'à 70 % des cas ne sont pas diagnostiqués.
L'OMS note également que certaines ethnies présentent des taux de prévalence plus élevés et des complications plus importantes, en particulier celles liées à des problèmes métaboliques comme l'obésité et la résistance à l'insuline.
L'organisation prévient que les effets biologiques et psychologiques du syndrome, en particulier ceux liés à l'obésité, à l'image corporelle et à l'infertilité, peuvent entraîner des problèmes de santé mentale et une stigmatisation sociale accrue.
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