Economie
L’économie bleue: levier stratégique de développement durable
16/06/2025 - 10:52
Morad Karakhi | Mohammed Fizazi
L’économie bleue est l’un des concepts modernes centrés sur l’exploitation durable des ressources marines, dans le but de promouvoir le développement économique, préserver les écosystèmes marins et garantir un équilibre entre croissance et environnement. Compte tenu de sa position géographique stratégique et de ses deux façades maritimes, le Maroc s’impose comme un acteur clé dans ce domaine
Le pays dispose d’un potentiel maritime considérable : les zones côtières contribuent à plus de 50 % du produit intérieur brut et des emplois, selon des données de la Banque mondiale. Ses côtes riches en ressources naturelles offrent d’importantes opportunités de création d’emplois et de renforcement de la résilience face aux changements climatiques.
Dans ce contexte, le président français Emmanuel Macron a salué, lors de la séance inaugurale du sommet "L’Afrique pour l’océan", tenue cette semaine, l’engagement "fort" et "clair" de Sa Majesté le Roi Mohammed VI en faveur du développement d’une économie bleue en Afrique. Le président français a salué à cet égard la teneur du message adressé par SM le Roi Mohammed VI aux participants, dont lecture a été donnée par la Princesse Lalla Hasnaa, Représentante de SM le Roi. Ces mots, a-t-il dit, "sont tout à la fois forts et clairs sur la stratégie à conduire et (…) que nous partageons".
Selon l’économiste Omar Kettani, le Maroc possède des atouts stratégiques lui permettant de jouer un rôle de premier plan dans l’économie bleue, grâce à son littoral de plus de 3.500 kilomètres, sa diversité de ressources marines, notamment les poissons pélagiques comme la sardine, et son emplacement géographique. Il souligne que l’initiative atlantique lancée par le Maroc pour faciliter l’accès des pays enclavés aux océans renforce la position du Royaume comme acteur régional majeur.
M. Kettani évoque également les perspectives prometteuses dans le domaine de l’énergie marine, notamment en ce qui concerne les réserves de gaz naturel au large des côtes marocaines, ainsi que le projet stratégique de liaison électrique sous-marine entre le Maroc et le Royaume-Uni. La construction de nouveaux ports, tels que celui de Dakhla Atlantique, devrait également favoriser le développement des activités économiques liées à l’économie bleue, en facilitant les échanges commerciaux entre l’Afrique et le reste du monde.
Sur le plan touristique, Kettani propose la mise en place de liaisons maritimes entre la Méditerranée et l’Atlantique afin de dynamiser les économies locales des zones côtières.
De son côté, l’économiste et universitaire Mohamed Jadri considère l’économie bleue comme un enjeu stratégique majeur pour le Maroc, en raison de ses multiples dimensions : pêche maritime, aquaculture, construction navale, transport maritime commercial et touristique, énergie marine et exploitation des ressources minières des fonds marins. Il préconise une approche globale de développement incluant le renforcement des infrastructures portuaires, comme les ports de Nador, Dakhla et Tanger Med, afin de positionner le Maroc en tant que plateforme logistique mondiale.
M. Jadri met également en avant le potentiel de coopération régionale et internationale, conditionné par le développement des infrastructures maritimes et des industries associées. Il insiste sur la nécessité de développer l’aquaculture, secteur encore confronté à des défis, notamment en matière de formation de ressources humaines qualifiées. Le développement du transport maritime touristique est aussi recommandé pour relier les villes côtières et soutenir la dynamique touristique.
Un rapport du Conseil économique, social et environnemental met en lumière l’importance de l’économie bleue comme levier de croissance face aux changements climatiques et à l’épuisement des ressources terrestres. Il appelle à l’adoption d’une vision nationale globale et durable, fondée sur la justice sociale et l’investissement dans le potentiel maritime du pays. Le rapport recommande notamment de placer l’économie bleue au cœur du nouveau modèle de développement, à travers l’exploitation durable des ressources marines et le développement de secteurs porteurs tels que le tourisme côtier, le transport maritime, le dessalement de l’eau, les énergies renouvelables et les biotechnologies.
Il souligne également l’importance d’investir dans les infrastructures maritimes, de valoriser le capital humain par l’éducation, la formation professionnelle et la recherche scientifique, tout en appelant à l’adoption de politiques intégrées conciliant développement économique et préservation de l’environnement. Enfin, le Conseil préconise la mise en place d’une gouvernance efficace fondée sur la coordination entre les acteurs, l’élaboration d’une feuille de route nationale et le renforcement de la coopération régionale et internationale pour tirer parti de la position stratégique du Royaume.
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