Société
Les enfants et le Ramadan: ce que dit la pédopsychiatrie
18/03/2025 - 11:33
MAP
Dans cet entretien à la MAP, Dr Houda Hjiej, pédopsychiatre, explique l’importance du facteur psychologique dans la capacité de l’enfant à jeûner et prodigue quelques conseils pour aider les petits à concilier Ramadan et scolarité, sans stress ni frustration.
1- A partir de quel âge un enfant peut-il pratiquer le jeûne, ne serait-ce que pendant quelques heures?
Jeûner d’un point de vue psychologique, c’est avoir la capacité de supporter la faim et la frustration face à la non satisfaction de la pulsion orale consistant à se nourrir. Dans ce sens, la capacité d’un enfant à résister au plaisir de manger et à différer la satisfaction de ce besoin, qui a une double fonction biologique et pulsionnelle, dépendra de sa maturité psychologique et du sens qu’il va donner à cet acte de jeûner. Souvent les enfants le font par imitation des adultes qui les entourent et leur capacité à s’y tenir ne dépend nullement de l’âge biologique mais de la motivation derrière l’acte de jeûner et de la valeur de cet acte pour eux. Sur le plan biologique, par contre, il est déconseillé de laisser jeûner les enfants de moins de six ans mais de les accompagner pour des petits moments d’espacement dans les repas de durées courtes et contrôlées.
2- Face au jeûne, la prédisposition physique, mais aussi psychologique des enfants n’est pas la même. Si certains sont enthousiastes, d’autres sont angoissés à l’idée de ne rien manger pendant des heures. Comment les accompagner sur le plan psychologique pour franchir le cap et réussir leur première expérience de jeûne?
Comme on vient de le préciser, le facteur psychologique joue un rôle important dans la capacité de l’enfant à jeûner. Si l’enfant est biologiquement prêt pour le faire, la manière de vivre cette première expérience va dépendre de la valeur donnée par son environnement à l’acte de jeûner et des explications apportées par les parents concernant le déroulement du jeûne. C’est pour cela que dans nos sociétés il existe des rituels qui accompagnent les premiers jeûnes des enfants et qui ont comme fonction de valoriser l’acte de jeûner et de motiver les enfants à accomplir cet acte. Ces rituels symbolisent pour l’enfant que l’acte de jeûner le fait accéder à un statut de "balighe" (pubère) ou "rashid", c’est-à-dire celui qui a fini son développement et donc qui s’approche du statut d’adulte, très convoité en général par les enfants.
3- Ramadan arrive ces dernières années en pleine saison scolaire. Quels sont les conseils à suivre pour bien gérer une journée de jeûne et d’études et en minimiser les effets (stress, anxiété, somnolence, manque de concentration …)?
En effet, les parents doivent veiller à ce que les enfants et surtout les adolescents respectent les règles d’hygiène de vie de façon encore plus stricte pendant le Ramadan, notamment en ce qui concerne le sommeil et la répartition équilibrée des repas ainsi que leur contenu. Il est important d’insister sur l’importance que les enfants gardent un rythme de veille, c’est-à-dire un sommeil qui ne diffère pas trop de leurs habitudes en dehors du mois du Ramadan. Souvent les enfants et surtout les adolescents veulent suivre les rythmes des adultes pendant ce mois de jeûne, ce qui peut être à l’origine d’un épuisement cognitif majeur impactant les apprentissages des enfants.
Propos recueillis par Meriem RKIOUAK
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