Société
Les parents sont-ils conscients des dangers du sucre ajouté dans l’alimentation des nourrissons ?
22/05/2026 - 10:13
Ouiam Faraj
Le débat autour de la composition de certains aliments destinés aux nourrissons et aux enfants prend de l’ampleur au Maroc, sur fond de mises en garde de spécialistes de la nutrition contre les risques liés au sucre ajouté dès le plus jeune âge.
Cette controverse intervient alors que des associations de protection des consommateurs appellent à revoir les ingrédients de plusieurs produits largement commercialisés sur le marché.
La spécialiste en diététique, nutrition et micronutrition, Khaoula Chah, affirme que l’introduction de sucre ajouté dans l’alimentation du nourrisson, dès le début de la diversification alimentaire entre 4 et 6 mois et jusqu’à l’âge de deux ans, n’apporte aucun bénéfice nutritionnel. Elle souligne qu’il ne s’agit que de « calories vides », dépourvues des vitamines et fibres essentielles à la croissance de l’enfant.
Un impact sur le goût et le comportement alimentaire
Dans une déclaration à SNRTnews, Khaoula Chah met en garde contre l’habituation précoce des nourrissons au goût sucré, qui influence directement le développement de leur sens du goût. Cela pourrait entraîner plus tard ce que l’on appelle une sélectivité alimentaire, poussant l’enfant à refuser les légumes et les aliments naturels au profit des produits sucrés.
Les effets ne s’arrêtent pas là. Selon la spécialiste, le sucre agit également sur l’appétit de l’enfant en procurant une sensation rapide et temporaire de satiété, rapidement suivie d’une baisse d’énergie qui le pousse à réclamer davantage de sucre.
Elle établit aussi un lien entre la consommation précoce de sucre et certains troubles comme les perturbations du sommeil, l’hyperactivité ou encore les changements d’humeur. Des symptômes observés par de nombreux parents sans qu’ils soient forcément associés à l’alimentation.
À plus long terme, Khaoula Chah avertit que l’exposition précoce au sucre augmente les risques d’obésité, de résistance à l’insuline, de diabète et de maladies du foie, sans oublier les caries dentaires susceptibles d’affecter plus tard le développement des dents définitives.
De son côté, l'Organisation mondiale de la santé met en garde contre l’ajout de sucres dans les aliments destinés aux nourrissons et aux jeunes enfants. L’organisation souligne qu’une consommation excessive de sucres libres accroît la densité calorique de l’alimentation et favorise le risque de surpoids et d’obésité, notamment lorsqu’elle débute dès le plus jeune âge.
La spécialiste attire également l’attention sur la dimension émotionnelle de l’alimentation. L’enfant peut développer une relation affective avec les produits sucrés, perçus comme une source de réconfort, et y recourir en cas de stress ou de joie, un comportement susceptible de perdurer à l’âge adulte.
Où se cache le sucre ajouté ?
Khaoula Chah explique que les sucres ajoutés se retrouvent principalement dans les céréales et biscuits destinés aux nourrissons, mais aussi dans les compotes industrielles prêtes à consommer, parfois utilisées comme agents conservateurs dans certains produits.
Elle précise également que ces sucres sont présents dans plusieurs produits laitiers, notamment les yaourts et les « laits de croissance », ainsi que dans les jus, qu’ils soient naturels ou industriels, sans oublier les boissons sucrées et gazeuses.
Dans le même contexte, la nutritionniste déconseille fortement de donner du miel aux nourrissons de moins d’un an. Souvent perçu par certains parents comme une alternative saine au sucre ajouté ou un remède naturel, le miel peut pourtant représenter un danger sérieux pour la santé du bébé en raison de la présence potentielle de bactéries Clostridium botulinum, capables de produire des toxines dangereuses dans les intestins encore immatures du nourrisson.
La question de la double norme
Ces avertissements scientifiques rejoignent les préoccupations exprimées récemment par la Fédération nationale des associations du consommateur, qui a appelé Nestlé à retirer le sucre ajouté de l’ensemble des produits pour enfants commercialisés au Maroc, notamment le produit Cerelac.
La fédération souligne que ce produit, destiné aux enfants à partir de six mois, contient des quantités élevées de sucre ajouté, alors qu’il est commercialisé dans certains pays européens, dont la Suisse, sans sucre ajouté. Une situation qui relance le débat sur la double norme appliquée aux produits destinés à différents marchés.
Pour étayer sa position, la fédération s’appuie sur des données publiées par Public Eye, qui a analysé près d’une centaine de produits Cerelac dans 20 pays africains. Les résultats montrent que plus de 90 % de ces produits contiennent du sucre ajouté, avec une moyenne avoisinant les 6 grammes par portion.
Les céréales infantiles figurent parmi les produits les plus consommés au Maroc, ce qui confère à toute modification de leur composition un impact potentiel important sur la santé d’un grand nombre d’enfants.
En parallèle, Khaoula Chah rappelle que la responsabilité de protection incombe également aux parents, appelés à lire attentivement la composition des produits, à surveiller les teneurs en sucre et à privilégier des alternatives naturelles, comme proposer les fruits entiers plutôt qu’en jus ou préparer des repas faits maison sans sucre ajouté.
Elle appelle enfin les industriels à revoir la composition de ces produits afin de mieux préserver la santé des générations futures dès leurs premières années.
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