Société
Lueur d’espoir pour les patients qui attendent une greffe de foie
29/11/2022 - 19:10
Khaoula Benhaddou
La culture du don d’organe peine à se frayer un chemin au Maroc. Seules quelques tentatives viennent donner espoir aux milliers de personnes qui attendent leur tour pour recevoir un petit bout d’organe qui sauvera leur vie. La dernière tentative a eu lieu à l’Institut national d’oncologie relevant du CHU Ibn Sina de Rabat où une équipe de médecins a mené avec succès une transplantation hépatique à partir d’un donneur vivant apparenté.
Donner un petit bout d’organe pour sauver une vie est un acte noble et courageux. Malgré la noblesse de ce geste, peu de personnes prennent l’initiative, freinée par les idées reçues, la peur mais aussi par les prix exorbitants des interventions.
Un autre frein bloque le chemin des patients: la rareté des donneurs. Ce n’est pas le cas pour cette maman âgée de 42 ans qui a vécu un miracle en septembre dernier.
Grâce au courage et à la générosité de sa fille âgée de 22 ans, cette patiente qui souffrait d’une insuffisance hépatique terminale reprend normalement le cours de sa vie comme l’explique Pr Mohsine Raouf, chef de service de chirurgie Oncologique digestive à Institut national d’oncologie: "nous avons réalisé en fin septembre notre deuxième transplantation hépatique à partir d’un donneur vivant apparenté. Cette intervention a permis à une patiente de 42 ans souffrant d’une cirrhose en phase terminale de recevoir la moitié du foie de sa fille âgée de 22 ans. Les deux femmes se portent bien et sont régulièrement suivis par l’équipe médico-chirurgicale et infirmière de l’Institut" . Avec ce don, la maman et sa fille ont scellé un nouveau lien éternel.
Le choix d’un donneur est vivant se justifie selon Pr Raouf, par "la pénurie des donneurs cadavériques". "C’est une intervention délicate, coûteuse et qui nécessite une expertise que nous sommes en train d’acquérir" ,souligne le spécialiste qui rappelle que cette activité de transplantation hépatique à partir d’un donneur vivant s’inscrit dans le cadre d’un programme de transfert d’expertise multidisciplinaire entre le Centre hépato-biliaire de l’hôpital français Paul Brousse et le CHU Ibn Sina de Rabat.
Le spécialiste rappelle qu’une première transplantation à partir d’un donneur vivant avait été réalisée avec succès par la même équipe en mars dernier, grâce au don d’un fils pour sa mère atteinte de cirrhose au stade terminal:"Nous avons réalisé à ce jour deux opérations et il nous reste deux autres qui seront programmés à partir de janvier 2023. Ce projet est entièrement financé par la fondation et cela rentre dans le cadre du transfert d’expertise pour que nous puissions réaliser la cinquième opération d’une manière autonome".
Un communiqué de l’Institut national d’oncologie précise que de nombreux "couples" receveur-donneur apparentés référés des différentes régions du Royaume sont en cours d’évaluation par les équipes spécialisées.
Une opération lourde mais aussi coûteuse!
Pour Pr Mouhssine Raouf, les opérations de greffe nécessitent une grande expertise: "il s’agit d’interventions lourdes. A titre exemple, la dernière opération qu’on a réalisée sur cette dame âgée de 42 ans a duré 12 heures. Nous avons commencé à 8h du matin et nous n’avons terminé qu’à 20h. Deux équipes ont pris part à cette intervention pour faire l’ablation du foie et la transplantation mais je tiens à rappeler que le Maroc a les compétences nécessaires pour réussir ce genre d’opération".
Loin des compétences, les familles sont surtout freinées par les frais exorbitants de ces interventions "ce genre d’opération revient souvent très chère. En Turquie par exemple, l’intervention peut coûter aux alentours de 700.000 DH. Au Maroc, nous sommes mobilisés pour la réaliser avec des équipes 100% marocaines, l’opération qui est pris en charge, se fera aux alentours de 300.000 DH maximum".
Le recours au don vivant permet d’offrir une chance d’accès à la transplantation hépatique aux patients atteints d’insuffisance hépatique chronique ou aiguë dans un contexte de pénurie du don d’organe issu de personnes décédées au Maroc. Dans ce sens, le Pr Raouf lance un message aux familles "j’encourage les citoyens et à les familles à s’inscrire sur le registre. De cette façon, nous aurons des donneurs cadavériques qui pourront sauver des vies de patients qui souffrent de maladies de foie ou de reins. Je lance également un message pour les donneurs vivants pour passer à l’acte surtout qu’on a l’expertise qu’il faut et que cela coutera moins cher qu’à l’étranger".
Pour rappel, seul 1.200 donneurs potentiels sont inscrits sur le registre national du don. Un chiffre qui reste en deçà des attentes des patients et de leurs familles, et qui ne répond pas au nombre sans cesse croissant de patients qui décèdent faute de don.
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