Economie
M. Toufiq: Le Maroc a structuré la finance participative grâce à la coordination entre Bank Al-Maghrib et le Conseil supérieur des oulémas
03/07/2025 - 12:14
Mohammed FizaziLors du 23ᵉ Forum sur la stabilité financière islamique, tenu ce jeudi 3 juillet 2025, le ministre des Habous et des Affaires islamiques, Ahmed Toufiq, a affirmé que le Maroc a contribué au développement de la finance participative à travers deux institutions majeures: l’institution financière, représentée par Bank Al-Maghrib, et l’institution religieuse, à savoir le Conseil supérieur des oulémas.
Le ministre a précisé que cette coordination a permis aux acteurs bancaires de s’ouvrir aux règles de la jurisprudence islamique, tandis qu’elle a offert aux oulémas une meilleure compréhension des réalités pratiques d’un domaine transactionnel nouveau pour eux.
Il a souligné que l’adoption de la finance islamique au Maroc repose sur la reconnaissance de la légitimité des autres formes de transactions du point de vue des objectifs de la charia et de leur dimension contractuelle. Toutefois, ces opérations, issues de l’héritage de la jurisprudence islamique, sont désignées localement sous l’appellation de "finance participative", afin d’éviter l’idée que seules ces pratiques seraient conformes à l’islam.
Toufiq a mis en avant le rôle fondamental du Conseil supérieur des oulémas, seule instance habilitée à émettre des fatwas au Maroc, en tant qu’organe constitutionnel présidé par le Commandeur des croyants. Il a précisé que les opinions individuelles exprimées au nom de la liberté d’expression ne peuvent être considérées comme des fatwas.
Au sein de ce Conseil, la Commission des fatwas et sa sous-commission dédiée à la finance participative ont élaboré un cadre réglementaire couvrant l’ensemble des produits, qu’ils soient bancaires, financiers ou liés à la takaful (assurance participative). Cette sous-commission a émis 194 avis de conformité à travers 421 réunions scientifiques, au cours desquelles 196 études et documents ont été présentés par ses membres, en plus de 191 recherches spécialisées portant sur les aspects juridiques, pratiques et comparatifs.
Le ministre a rappelé la contribution historique des musulmans aux sciences et à la civilisation matérielle, ainsi qu’à l’innovation dans les échanges commerciaux, accompagnée d’un développement juridique adapté. Toutefois, il a souligné qu’un tournant historique survenu au XIXᵉ siècle, marqué par des rapports conflictuels avec l’Occident, a entraîné des divergences d’interprétation et de position sur la question de l’adoption ou du rejet des modèles importés, notamment le système bancaire et la question des intérêts.
Toufiq a noté que les musulmans, souvent sans alternative, ont dû intégrer certains éléments du système dominant, tout en soumettant ces emprunts à un examen critique. Il a cité le penseur pakistanais Fazlur Rahman, qui a distingué entre l’usure interdite (riba) et les intérêts bancaires, recommandant le développement économique comme voie pour surmonter cette problématique. Toutefois, certaines tendances politiques au Moyen-Orient ont érigé le système bancaire en symbole d’opposition fondamentale à l’Occident.
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