Société
Maladies cœliaques: quelle réalité au Maroc?
10/10/2022 - 16:14
Mohamed Berrada
Un label national "sans gluten" a été établi le mois dernier au Maroc pour promouvoir les produits alimentaires sans gluten. Karima Haltout Rhouni, présidente de l'Association marocaine des intolérants et allergiques au gluten (AMNIAG), parle d'une action louable mais espère un accompagnement plus global des personnes atteintes de ces maladies.
Un label "sans gluten" existe officiellement au Maroc depuis un mois. Fruit d'un partenariat entre l’Institut marocain de normalisation (IMANOR) et l’Association marocaine des intolérants et allergiques aux gluten (AMIAG), il vise à promouvoir les produits alimentaires sans gluten sur le marché marocain. Le cahier des charges qui sous-tend le label «sans gluten» , a pour objectif la mise en place d’un cadre normatif unifié au niveau national, visant à assurer la conformité des produits concernés par rapport aux exigences sanitaires requises le long de toute la chaîne alimentaire, allant de la production primaire à la consommation finale, afin de mieux satisfaire le besoin des personnes allergiques ou intolérantes au Gluten.
Pour rappel, le Gluten est présent dans toutes les denrées à base de blé, comme le pain et les pâtes, et dans une grande partie des produits issus de l’industrie agroalimentaire.
Karima Haltout Rhouni, présidente de l'AMNIAG, se félicite dans cette interview accordée à SNRTNews de "cette action louable", mais regrette quand même l'absence d'études multicentriques sur la maladie cœliaque au Maroc et appelle le gouvernement à rendre les produits "sans gluten" plus accessibles aux patients souffrant de cette maladie.
SNRTNews: que pouvez-vous dire sur la labélisation «sans gluten» lancée le mois dernier?
Karima Haltout Rhouni: la libélisation "sans gluten" est une action si louable et beaucoup attendue surtout pour les malades cœliaques et allergiques au gluten. C’est un signe distinctif de qualité qui atteste que le produit labélisé répond vraiment aux normes de sécurité sanitaire durant tout le cycle de production du produit. Mais il faut attirer l’attention sur d’autres conditions qui doivent accompagner cette initiative à savoir :
▪ Le respect du seuil du gluten autorisé par l’Organisation mondiale de la santé pour les produits sans gluten.
▪ Le contrôle strict et périodique des produits portant le label sans gluten.
▪ Accorder le droit aux associations des malades cœliaques d'assurer le contrôle, chacune dans sa région.
Quel état des lieux pouvez-vous faire de la maladie cœliaque au Maroc?
Malheureusement, on ne dispose pas d’études de prévalence ni d’études multicentriques sur la maladie cœliaque au Maroc. Mais, on peut à partir de l’expérience de l’unité de gastrologie de CHU de Casablanca, souligner que sur 90 patients, 50% présentent une diarrhée chronique, 65% présentent un retard statural, 64% présentent une anorexie, 41% présentent un ballonnement abdominal, 52% présentent une anémie, 11 sur 14 présentent une atrophie villositaire total. Et je pense donc que ces pourcentages sont très significatifs et parlent fortement de l’état des lieux de la maladie cœliaque au Maroc.
Avons-nous des chiffres sur les personnes atteintes?
Bien que les statistiques ne soient pas facilement accessibles, voir même ne soient pas disponibles, on estime qu’une personne sur cent (1/100) peut développer la maladie cœliaque. La prévalence semble identique au Maroc soit, 350.000 personnes sont des maladies cœliaques. En terme de sexe, la maladie cœliaque touche trois fois plus de fermes que d’hommes. Malheureusement, (seulement) 10 à 20% des cas sont aujourd’hui diagnostiqués, aussi un cœliaque adulte sur deux ne suit pas un régime sans gluten strict. Donc, je vous laisse le soin de tirer la conclusion.
Pourquoi la maladie cœliaque est-elle assez mal connue?
Différentes causes sont à l’origine de ce constat, même si, les choses ont un peu évolué et la maladie cœliaque n’est plus ignorée. La première cause c’est que cette maladie se confond beaucoup avec les maladies qui atteignent le système digestif.
La deuxième cause c’est que la maladie est mal diagnostiquée dans la mesure où le diagnostic suppose la réalisation de deux étapes nécessaires à savoir la sérologie (analyses du sang) et en cas de positivité, la biopsie qui est un examen de l’intestin grêle qui consiste à prélever un échantillon du tissu intestinal.
La troisième cause est purement financière vu que l’Endoscopie ou la biopsie se fait seulement au niveau des CHU et dans quelques cliniques privées. A Tanger, l’endoscopie se faisait à l'hôpital Duc de Tovar et seulement pour les adultes. Ce
n’est que dernièrement, qu’on a pu orienter les malades cœliaques vers le CHU de Tanger. Quant à la sérologie, elle se fait uniquement dans les laboratoires privés. Ces analyses sont chères et ne sont pas à la portée des familles pauvres ce qui constitue un frein à la faisabilité du diagnostic.
Quelles sont les actions que vous menez pour lutter contre la cherté des produits sans gluten et pour les rendre accessibles à toutes les personnes concernées?
Malheureusement, cela relève du ministère de l'Economie et des finances et du ministère de l’Industrie et du commerce. Le premier doit intervenir pour que les produits sans gluten, qui sont des produits en totalité importés de l’extérieur, soient exonérés du paiement des droits d’importation. Le ministère de l’Industrie et du commerce, quant à lui, doit mener des campagnes de sensibilisation auprès des industriels marocains de l’agroalimentaire pour produire des produits sans gluten à des prix abordables. Le ministère de la Santé doit également considérer les produits sans gluten comme des médicaments à en couvrir les frais. Nous avons déjà envoyé des correspondances à ces ministères sollicitant leur intervention et compréhension, mais de notre côté, nos objectifs et missions sont bien clairs et consistent à informer, aider, assister, défendre, coopérer et communiquer pour un meilleur avenir des malades cœliaques.
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